RAPPORT JOURNALISTIQUE #6

MERCREDI, 21 MAI 1997

En préparation aux discussions capitulaires sur le “projet global", les deux sessions du matin ont été consacrée à écouter deux présentations du P. Robert Schreiter. Membre des Missionnaires du Précieux-Sang, le P. Schreiter, comme l'a mentionné dans sa présentation le P. Jim Schroeder, est un “citoyen du monde". Il a beaucoup voyagé, étudiant des questions relatives à une conscience universelle, l'inculturation et la théologie, et il est l'auteur de plusieurs livres sur ces sujets. Il est membre du conseil général de sa Congrégation, très actif dans le domaine de l'éducation et impliqué dans différentes organisations. Plusieurs confrères le connaissent à cause de son travail comme professeur à la Catholic Theological Union de Chicago.

Dans sa première conférence, il a traité des changements majeurs qui sont survenus dans le monde au cours des 10 dernières années, et de leur influence sur l'avènement d'une toute nouvelle réalité dans laquelle les congrégations religieuses, comme bien d'autres, doivent se redéfinir elles-mêmes, ainsi que leur mission. Il a indiqué quatre causes principales de la “globalisation" de notre monde depuis 1990: 1) la révolution des communications et des technologies, 2) l'effondrement d'un ordre mondial bi-polarisé, après la chute du Mur de Berlin et la fin de la Guerre Froide, 3) la monté d'un capitalisme néo-libéral, 4) l'immigration.

Le P. Schreiter a défini la globalisation comme un “rétrécissement du temps et de l'espace", causé par la vitesse et l'accessibilité des communications (télécopieurs et courrier électronique), et la facilité de déplacer biens et personnes à un coût relativement bas grâce aux avions modernes. Grâce à des systèmes de téléphonie sans fil, affirme-t-il, même des pays très éloignés ont accès aux moyens modernes de communication. Les conséquences de cette révolution ne sont pas encore bien définies, mais il semble bien que cela conduire à une plus grande homogénéisation de notre monde. Les frontières entre états et/ou pays seront moins précises et on ne pourra plus empêcher l'information d'entrer quelque part. On ne pourra plus se préserver des agents de changement, positifs ou négatifs.

La chute du Mur de Berlin, dit le P. Schreiter, a amené la chute d'un ordre mondial auquel nous étions habitués depuis 1945. Cependant, on ne sait pas trop ce qui a remplacé cet ordre. Ce qui est évident, par contre, c'est que a fin de cet ordre mondial a amené une émergence des “particularismes". Des cultures autrefois opprimées réaffirment leur existence, souvent de façon violente.

En même temps que la globalisation peut créer une culture mondiale plus homogène, elle favorise grandement le particularisme. Les cultures locales sont très résistantes, tout particulièrement en matière de religion. Il cite la croissance rapide du fondamentalisme religieux, donnant l'exemple du christianisme et de l'islamisme. De plus en plus, la religion est utilisée comme une arme.

La croissance du néo-libéralisme a permis à certains de s'enrichir, mais par dessus tous, a élargi le fossé entre “ceux qui possèdent" et “ceux qui ne possèdent rien". Selon un rapport publié en 1996, 20% de la population mondiale, au cours des dernières années, a vu sa condition économique s'améliorer, tandis que la situation de l'autre 80% est plus que jamais économiquement faible.

Les mouvements de population augmentent, dit-il, et cela a occasionné de graves conflits locaux (25 millions de réfugiés sont en mouvement chaque année, selon les estimations), ainsi que la création de mégapoles insupportables.

Dans la période de questions-réponses qui a suivi sa présentation, le P. Schreiter a parlé de la façon dont l'Église devrait s'attaquer à certaines questions relatives à la globalisation. L'enseignement social de l'Église, dit-il, est u instrument très important. Jusqu'ici, l'Église s'est préoccupée en détail des droits humains, mais il croit qu'elle devrait se faire entendre davantage sur les affaires économiques. “Les groupes conservateurs sont très habiles à diffuser leur message", dit-il. L'Église catholique peut le faire elle aussi.

Il a également souligné que les SCJ's sont bien placés pour étudier certaines de ces questions. “C'est votre charisme, et non pas une oeuvre commune, qui vous tient ensemble", dit-il. Localement et internationalement, les Prêtres du Sacré-Coeur devraient étudier les ramifications de la globalisation.

La seconde partie de sa présentation voulait plus spécifiquement indiquer comment une congrégation internationale pouvait utiliser les informations qu'il a données. Les congrégations internationales devront étudier l'allocation de leurs ressources. Autrefois, les Pays-Bas et l'Irlande ont donné la grande partie des missionnaires. Mais ces régions ont maintenant peu de vocations. Les pays de l'hémisphère sud ont beaucoup de vocations, mais leurs ressources financières sont limitées.

Toutes les congrégations, et pas seulement la nôtre, connaissent ce phénomène. Dans vingt ans, la composition même du Chapitre Général sera très différente. Comment allons-nous coordonner les ressources et les traditions des provinces du Nord avec celles des provinces du Sud?

Comment seront affectés le leadership et la formation? Le P. Schreiter croit qu'une plus grande immersion dans le caractère global de la congrégation sera nécessaire pendant la formation. Les religieux devront apprendre une autre langue que la leur pour pouvoir participer pleinement aux réunions internationales. Et ce n'est pas vrai que pour l'anglais. La formation initiale et permanente doit aider le religieux à devenir plus conscient et plus ouvert aux autres cultures.

La formation devra aussi se préoccuper de la préparation de futurs leaders pour la congrégation. Cela prendra une grande importance très bientôt. Habituellement, les leaders se recrutent dans le groupe d'âge de 45-55 ans, mais la plupart des communautés religieuses ont connu beaucoup de départs dans ce groupe. Comment faire face à cette question? D'où viendront les prochains leaders, et comment seront-ils préparés à leur tâche?

Les religieux devront aussi mieux apprendre à vivre en communautés internationales, dit-il, en citant cette expression typiquement dehonienne: “Sint Unum".

La congrégation devra aussi étudier quelle est sa mission dans le monde, et comment celle-ci sera vécue et réalisée.

“Vous avez un charisme très riche, dit-il. Ayez le courage de votre charisme alors que vous élaborez votre projet global."

Défis pour la congrégation

Mardi dernier, dans leurs discussions en groupes linguistiques, les capitulants ont abordé les défis que posent les contextes social, culturel et politique dans lesquels la congrégation est appelée à vivre sa mission. Les rapports de ces discussions ont été lus au cours de la session de mercredi après-midi.

Parmi les questions soulevées, soulignons l'individualisme, la sécularisation, la primauté de l'économie, la corruption généralisée, le néo-libéralisme, le chômage, le défi de rejoindre les jeunes, le départ de nombreux confrères, les relations entre foi et Évangile et la société, le rôle des télécommunications, les mouvements de population, la pollution de l'environnement et la globalisation.

Puis, après un bref rapport sur le travail SCJ en Inde, le P. Bressanelli et ses conseillers se sont prêtés à une session de questions-réponses avec les capitulants. Plusieurs ont questionné le Conseil sur le “Projet Global". “Il s'agit, a dit le P. Bressanelli, d'une idée qui a surgi lors du dernier Chapitre Général, et qu'on a discuté un pu plus au cours de la Conférence Générale de Hales Corners. Au cours de celle-ci, tous les supérieurs provinciaux présents, sauf un, ont accepté que le “Projet Global" soit le thème du présent Chapitre".

Ce que lui-même a en vue quand il parle de “Projet Global", c'est “Nous, la Congrégation". Il faut, croit-il, développer des lignes directrices communes pour mettre ensemble nos ressources et notre personnel. Cela signifie que l'individualisme, au niveau personnel et provincial, doit évoluer pour faire place à une plus grande conscience de ce “Nous, la Congrégation."

Appuyant l'administration générale, un provincial a dit qu'il avait eu des doutes sur le concept de “Projet Global", mais que peu à peu il avait fait sienne cette idée.

En relation avec ce thème, plusieurs ont posé des questions sur le gouvernement: ce projet allait-il entraîner plus de pouvoir au niveau général au détriment des provinces? Un des conseillers généraux a alors répondu que le conseil général ne cherchait pas à avoir plus de pouvoir, mais qu'l voulait plutôt que le Chapitre donne à l'administration générale l'autorité nécessaire pour accomplir les tâches qu'il lui demandait.

“Si le chapitre demande à l'administration générale de réaliser tel projet, il doit aussi lui donner le personnel et les ressources nécessaires", dit le P. Carlos Alberto da Costa Silva. Le chapitre doit voir comment il peut le faire. Dans la situation actuelle, dit u conseiller, le conseil général n'a guère plus qu'une autorité morale dans la congrégation.

Le temps manquant, il fut prévu de terminer cette période d'échanges au cours de la session du lendemain.

Le dernier item à l'ordre du jour concernait les Laïcs Dehoniens. C'était leur dernière journée au Chapitre et on leur a donné un peu de temps pour prendre la parole. Ils attendent avec plaisir la prochaine rencontre des Laïcs Dehoniens, et espère des liens plus étroits avec la congrégation.

“Ce que j'ai entendu et vécu ici m'a convaincue que la congrégation SCJ essaie sérieusement d'être fidèle au charisme du P. Dehon, ce qui signifie aussi fidélité à la Parole de Dieu, à l'Évangile de Jésus-Christ, dans un monde qui crie son besoin d'amour, de paix, de joie et de justice, un monde qui cherche un sens à la vie", a dit Roisin Leech, de la province de Grande-Bretagne/Irlande.

Tous les laïcs dehoniens ont exprimé leur reconnaissance, non seulement pour avoir pu assister au Chapitre, mais aussi pour avoir pu y participer.