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CHRONIQUE (Janvier 1901)

I. ROME ET L’EGLISE

Le ferment du Sacré-Cœur. - Le ferment est jeté dans la masse, il la soulèvera. Nous verrons le siècle du Sacré-Cœur. Partout on voit se lever l'aurore de ce grand jour de grâces.

Milan prépare un grand Congrès des œuvres du Sacré-Cœur pour 1901. On s'y occupera de tout ce qui concerne la propagande de cette dévotion et des moyens à prendre pour rétablir le règne social du Ré­dempteur.

La Réunion des étudiants de la rue de Vaugirard, vient d'inaugurer la nouvelle année scolaire en renouvelant sa consécration au Sacré-­Cœur.

Au Congrès de Lille, on a voté que lors de la consécration de la basili­que de Montmartre, une cérémonie pieuse aurait lieu avec l'assentiment des évêques dans toutes les paroisses de France. Quelle heureuse pensée!

On a aussi renouvelé le vœu des catholiques de voir le gouvernement de la France répondre aux demandes de Notre-Seigneur, en consacrant officiellement la France au Sacré-Cœur de Jésus et en plaçant son image sur le drapeau français.

Le Sainte-Père, par son décret du 16 novembre, nous invite à renou­veler notre consécration au Sacré-Cœur de Jésus dans la nuit ou la jour­née du ler janvier.

II. FRANCE

Réveil moral. - Nous sommes encore sous l'impression de grands actes de foi qui étonnent le monde. C'est Brunetière, qui expose à Lille devant cinq mille auditeurs ses raisons de croire; c'est Paul Bourget qui corrige ses romans pour en effacer toute trace d'incroyance ou de sen­sualité; c'est Jules Lemaître qui fait ressortir, à l'Académie, la supériori­té de l'esprit chrétien pour élever les âmes et les sociétés.

Est-il étonnant après cela que les hommes clairvoyants se demandent avec satisfaction, si nous n'assistons pas à un grand réveil moral. C'est ce que faisait dernièrement un historien justement estimé, M. Paul Al­lard, bien connu par ses savantes études sur l'Eglise des Catacombes et sur les premiers siècles chrétiens.

Dans une remarquable étude, publiée dans le Correspondant du ler oc­tobre, cet écrivain, d'un jugement, tout à la fois calme, ferme et droit, se demande si déjà ne se fait pas, au moins dans les esprits d'élite, une réac­tion contre ce qu'il y a eu de plus mauvais au XIXe siècle, - contre la négation religieuse, contre l'indifférence morale, contre l'orgueil intel­lectuel, - et si, à certains symptômes, ne s'annonce pas un réveil des âmes.

Or, la conclusion de cette étude, tout à la fois psychologique et reli­gieuse, est carrément affirmative.

M. Paul Allard entrevoit pour le XXe siècle, une aurore morale et re­ligieuse, analogue à celle dont Chateaubriand a été le brillant précurseur au début du siècle qui touche à sa fin.

Seulement, ce renouveau réparateur sera, d'après l'honorable publi­ciste, bien autrement efficace et durable que la glorieuse poussée chré­tienne qui se produisit, il y a quatre-vingt-dix ans, sous le règne de Na­poléon Ier.

Parmi les divers symptômes qui justifient ces prévisions, l'écrivain du Correspondant signale à bon droit, et en première ligne, le discrédit de plus en plus marqué de la philosophie politique et sociale directement issue de la Révolution française.

Cette philosophie n'a pas été seulement battue en brèche par des esprits et par des controversistes de premier ordre comme Bonald et comme Joseph de Maistre, mais elle a eu en outre à subir, et elle a subi à son entier détriment, l'épreuve décisive d'une critique essentiellement positiviste et expérimentable. Ce fut l'œuvre monumentale de F. Leplay.

Cette épreuve a été si concluante qu'elle a amené des hommes comme M. Renan, à avouer que la législation révolutionnaire, si mal à propos qualifiée de réformatrice, semblait «avoir été faite pour un citoyen idéal, naissant enfant trouvé et mourant célibataire».

De son côté, un philosophe, tout aussi peu suspect, M. Taine, après avoir refait personnellement la même expérience, arrivait à condamner avec la dernière sévérité, «l'esprit classique et simplificateur qui, à la fin du siècle dernier, fit la politique révolutionnaire, la théorie de l'homme abstrait, la conception anarchique et despotique du peuple souverain, le préjugé égalitaire, les constitutions improvisées et rectilignes».

Longue serait la liste des historiens, des moralistes, des littérateurs qui, directement ou indirectement, ont subi l'influence des mêmes idées. Ils ont été, selon l'expression de l'un d'entre eux, Paul Bourget, les apolo­gistes du dehors, et ils ont contribué, à leur manière, à prouver - nous ci­tons toujours Bourget - que «pour les individus comme pour les socié­tés, le christianisme est, à l'heure présente, la condition unique et néces­saire de salut ou de guérison».

Ainsi il demeure établi que le fétichisme révolutionnaire se trouve ré­pudié, réfuté, démoli de fond en comble par ceux-là même qui l'ont éle­vé avec le plus de soin et qui ont observé les institutions et les hommes de l'époque avec des préjugés plutôt favorables qu'hostiles à un régime dont on prétend faire l'arche sainte et inviolable du droit nouveau.

Mais ce n'est pas seulement dans les idées politiques et sociales que s'est produit ce revirement caractéristique. Il plonge, à vrai dire, ses ra­cines, dans un mouvement philosophique, né un peu auparavant, et qui forme l'antithèse catégorique de l'athéisme et du matérialisme du XVIIIe siècle.

Le charlatanisme scientifique dont s'enveloppaient ces doctrines d'abaissement et de mort, est aujourd'hui complètement discrédité: le spiritualisme et avec lui le christianisme, qui en est l'expression concrète et achevée, triomphent sur toute la ligne.

Ce n'est pas qu'il s'agisse de méconnaître ou d'amoindrir les merveil­leuses découvertes qui sont venues de nos jours étendre et élargir le champ de la science; mais, comme le remarquait dernièrement encore, M. Brunetière à Lille, la science est restée absolument impuissante à ré­soudre les plus grands problèmes qui intéressent l'humanité: l'origine et la fin de l'homme, la loi morale et les conditions de l'ordre social.

Les plus belles intelligences reconnaissent que la révélation chrétienne peut seule donner aux âmes et aux sociétés, la paix et l'ordre dans la lu­mière et la vérité.

III. AUTRES PAYS

Madagascar. - Les progrès de la foi catholique sont considérables à Madagascar. L'île était sur le point d'être acquise au protestantisme, quand la France l'a occupée. La cour était protestante. Les protestants avaient toutes les faveurs. Le peuple courait à leurs écoles.

Aujourd'hui, toute la faveur est au catholicisme. C'est que, pour ces Malgaches, le protestantisme c'est l'Angleterre, et le catholicisme c'est la France. Les deux vicariats apostoliques comptent 200.000 catholi­ques, et beaucoup d'entre eux sont revenus du protestantisme. Les éco­les catholiques sont remplies et les écoles protestantes sont désertées, malgré les frais énormes de la propagande protestante. Puisse l'action religieuse n'être pas entravée par la politique!

Mgr Crouzet, vicaire apostolique du Madagascar méridional, vient de rentrer à Madagascar après six mois de séjour en France. Il a trouvé sa mission dans une situation prospère, avec deux nouvelles stations chez les Bares et chez les indigènes de Tulléar.

Avant de quitter la France, il a communiqué aux lecteurs des Missions Catholiques un projet qu'il nourrissait depuis longtemps, celui d'élever à Fort-Dauphin, dans le sud de l'île, une église à saint Vincent de Paul. On sait, en effet, que le fondateur des Lazaristes avait, le premier, en­voyé ses vaillants missionnaires évangéliser la grande terre, et qu'en moins de vingt-cinq ans, une cinquantaine de ces apôtres succombèrent à leurs pénibles travaux.

Déjà, en 1895, lorsque la France alla reprendre possession de Madaga­scar, un triduum célébré à Paris dans l'église où reposent les reliques de saint Vincent de Paul, mit l'expédition sous la protection de ce grand saint.

L'église Saint-Vincent-de-Paul, de Fort-Dauphin, exigera pour sa construc­tion, environ 30.000 francs. Mgr Crouzet fait appel aux catholiques français qui répondront à la généreuse et patriotique pensée du vaillant prélat.

Abyssinie. - M. Coulbeaux, lazariste, est la colonne de la mission d'Abyssinie. Il y a passé de longues années et il a la confiance de Méné­lik. Il est venu voir le Saint-Père et ses amis de France. Il va retourner à son poste avec des pouvoirs plus étendus. Le Pape en fera, dit-on, son lé­gat. Le difficile est de gagner là-bas évêques et archimandrites schismati­ques. Ils sont jaloux de leur autorité.

Les missionnaires seront aidés par un clergé indigène bien formé.

La mission catholique d'Abyssinie possède, depuis quatre ans, un grand séminaire à Alitiena. Cette année, le nombre des élèves est de soi­xante. Plusieurs prêtres ont été ordonnés à la Trinité dernière. L'un d'eux, Abba Pietros, a été emmené par Mgr Crouzet à Madagascar.

Ce lazariste abyssin fait à lui seul, parait-il, plus de besogne que trois missionnaires français auprès des Malgaches. La similitude de races, de ca­ractère, de mœurs et de couleur, rend plus facile envers lui la confiance de ces gens qui, de prime-abord, sont intimidés en face des Européens.

Il y a donc ainsi, comme le fait remarquer dans une lettre, M. Coul­beaux, lazariste au séminaire abyssin d'Alitiena, une pépinière de prê­tres pour l'évangelisation de Madagascar, aussi bien que pour la conver­sion de l'Abyssinie.

Perse. - La visite du Schah de Perse à Paris a appelé l'attention sur la Perse. Nos lecteurs aimeront de savoir où en est là-bas le règne de Jésus-Christ.

La foi fut portée en Perse dès les premiers temps du christianisme, mais des persécutions effroyables l'avaient presque anéantie au Ve siè­cle. Les Perses avaient alors la religion de Zoroastre et le culte du feu; mais ils furent presque tous gagnés par le mahométisme. La Perse est aujourd'hui un empire musulman de huit millions d'habitants. Il y rè­gne une certaine civilisation, un commerce actif et même une certaine culture littéraire.

Il y reste encore quelques centaines de mille hérétiques nestoriens. Au commencement du siècle dernier, les jésuites avaient dans l'empi­re trois missions florissantes à Sirvan, à Erivan, à Ispahan, et plusieurs autres ordres religieux, dominicains, carmes, capucins, évangélisaient le reste de l'empire. Il y avait de nombreux fidèles. Vers 1770, une persé­cution contraignit les missionnaires à fuir et les catholiques à partir pour l'exil, après avoir vu toutes leurs églises détruites.

Deux missionnaires rentrèrent en Perse le 10 mars 1827, à Chosrew. Ils furent l'objet de dénonciations calomnieuses, traduits devant les tri­bunaux, poursuivis de diverses manières; mais enfin la présence d'un ambassadeur français prépara, comme le faisait remarquer M. Eugène Boré en 1840, «une ère de sécurité et de paix, en mettant terme aux per­sécutions du passé». Les Lazaristes arrivèrent à cette époque; ils ne trou­vèrent pas plus de trois à quatre cents catholiques de tous rites. Eux aussi connurent les difficultés et les épreuves de tout genre; mais enfin des jours plus calmes reparurent, et depuis 1852, la mission a pu se dévelop­per en paix, assurée de la bienveillance du gouvernement. M. Monteil, qui avait été professeur au Grand Séminaire de Cambrai, sut gagner les bonnes grâces du shah.

C'est en 1874 que fut créé la délégation apostolique de Perse détachée de celle de la Mésopotamie et du Kurdistan.

Le shah reconnut officiellement Mgr Cluzel comme délégat, et l'en­toura de marques de considération.

Le vénérable prélat évangélisait la Perse depuis une quarantaine d'an­nées, quand il mourut au mois d'août 1882. Il eut pour successeur, Mgr Jacques Thomas, qui fut chargé de remettre à Mouzaffer-ed-dine, alors hé­ritier présomptif du trône, les insignes de grand croix de l'ordre Pontifical de Pie IX. Comme Mgr Cluzel, le nouvel archevêque fut très bien accueilli par sa Majesté persane. Mgr Montéty succéda en 1891 à Mgr Thomas.

Aujourd'hui, le délégué apostolique de la Perse est Mgr François Lesné, de la congrégation des Lazaristes; comme ses prédécesseurs, il est honoré de la haute bienveillance de sa Majesté persane. Au milieu des tristesses de l'heure actuelle, et lorsque tant de sang chrétien coule sur les plus lointains rivages, il est doux de jeter les yeux sur un Etat asiatique où, sous la protec­tion officielle des souverains, l'Eglise catholique peut poursuivre, dans la paix, ses pacifiques travaux. La mission de Perse compte, à la fin de ce siè­cle: 1 évêque, 15 missionnaires, 65 prêtres indigènes, 34 religieuses euro­péennes, 1.841 élèves dans ses 45 écoles; elle entretient 3 hôpitaux, 2 collè­ges, et possède 87 églises ou chapelles, et environ 60.000 catholiques.

Aidons nos missionnaires par la prière, afin qu'ils ne soient pas dévo­rés par le prosélytisme du schisme russe.

Belgique. - Les catholiques s'étaient laissés devancer à Gand. La coopération socialiste a pris là une influence énorme. Ses profits alimen­tent sa propagande. Les catholiques ont compris qu'il fallait se servir des mêmes moyens qui n'ont rien que de légitime. Ils ont fondé une coopé­rative. Elle prospère. Elle vient de tenir son assemblée générale: Le rap­port dénote un état florissant de la Société, malgré la hausse du charbon et la crise industrielle qui ont limité les besoins des ouvriers.

Le nombre des coopérateurs est aujourd'hui de 633. Il y a en outre 700 participants qui se fournissent à la Société sans jouir de ses avanta­ges, mais profitent d'une assurance sur la vie et d'une pension de vieil­lesse servie gratuitement.

On ne saurait trop favoriser cette coopérative à Gand. Non seulement elle aidera à la propagande, mais elle arrêtera l'essor de sa rivale trop prospère, et elle ne tardera pas à la faire reculer.

CHRONIQUE (Février 1901)

I. ROME

Le siècle du Sacré-Cœur. - Le Pape ne s'est pas contenté de l'acte d'hommage au Rédempteur qu'il avait fait faire dans toutes les églises du monde entier la nuit du 1er janvier, il a voulu, le jour de l'Epiphanie, consacrer le siècle nouveau au Sacré-Cœur de Jésus.

Peu de rois auront eu cette année la sagesse d'imiter les Rois Mages et de se consacrer à Jésus-Christ. Le pape les a suppléés. Comme Pontife et comme Roi, il a offert le siècle nouveau au Sacré-Cœur.

La cérémonie fut extrêmement imposante. La grande basilique avait pris un aspect inaccoutumé. Des rideaux voilaient le jour à toutes les fe­nêtres, et des bouquets de lampes électriques suspendus aux voûtes en­voyaient leur lumière mystérieuse à travers les grandes nefs. Le chœur était illuminé avec la profusion des fêtes, par des lustres et des bougies électriques. ,

La foule était plus recueillie que de coutume. Elle réunissait bien tren­te mille fidèles, pèlerins et membres de toutes les associations, confréries et corporations chrétiennes. Le Pape avait voulu consacrer au commen­cement du siècle le mouvement social dont il est l'instigateur.

Léon XIII s'avança sur sa sedia, ému et radieux. On chanta les belles litanies du Sacré-Cœur. C'était la première fois qu'elles avaient pareil honneur. Puis on donna la bénédiction du Saint-Sacrement.

Tous ceux qui étaient là n'oublieront pas une si belle journée.

Paroles du Pape. - Tout le monde a lu et médité la merveilleuse let­tre du Pape au cardinal Richard. Quelle bonté et quelle condescendance pour la pauvre France!

Le Pape prend en mains la défense des Congrégations religieuses. El­les font partie de l'intégrité de l'Eglise. Le concordat ayant garanti la li­berté de l'Eglise a par là même autorisé les Congrégations religieuses. N'ont-elles pas d'ailleurs pour but le bien de la nation? Elles prient, elles se dévouent à toutes les œuvres, elles vont porter dans les missions le prestige de la nation qui les envoie.

Les sectaires ne comprendront pas cela, mais le Pape met sa confiance dans le bon sens des hommes sérieux et modérés.

Le Pape a pris encore la parole en recevant le pèlerinage anglais. Il a rendu justice à l'esprit sincèrement libéral du gouvernement anglais en­vers les catholiques dans ses immenses Etats, et il a exprimé l'espoir fon­dé que ce siècle verrait le retour de la grande nation au catholicisme. Nous nous unissons à ses vœux et à ses prières.

II. FRANCE

L'hommage au Sacré-Cœur. - Il y a eu dans toutes nos paroisses de France un mouvement de foi pour la fin du siècle et nous espérons que le jubilé va être une nouvelle occasion d'un sérieux réveil.

Quelle bonne pensée a eu-le Saint-Père d'inviter tous les fidèles à con­sacrer la première heure du siècle à un acte religieux! Les familles chré­tiennes auraient pensé à offrir une prière à Dieu dans la nuit du 1er jan­vier, mais Léon XIII veut ramener les sociétés à Dieu, il aime la prière publique, la prière sociale et il a demandé que l'acte d'hommage au Ré­dempteur, au Roi des siècles, se fit dans nos églises en présence du Saint­Sacrement exposé.

Dans les pays de foi, en Flandre, en Bretagne, tout le monde y était. Les églises étaient remplies comme dans les grands jours.

A Paris, c'est l'église du Sacré-Cœur qui attirait les fidèles. Des dépu­tés, des écrivains, des magistrats y étaient. C'était la France chrétienne, la vraie France qui se consacrait au Sacré-Cœur. Il y avait là plus que les dix justes que Dieu réclamait à Sodome. C'est un gage de salut. Le Sacré-Cœur nous sauvera, dût-il nous faire acheter le salut par quelque épreuve assez dure.

Le drapeau du Sacré-Cœur: une manifestation en Auvergne. - Nous empruntons ce récit à la Croix d'Auvergne.

Au Pèlerinage de Paray-le-Monial, le R.P. Coubé avait dit:

«Le drapeau du Sacré-Cœur se déploie de plus en plus et conquiert peu à peu son droit de cité parmi nous. On le voit resplendir dans des milliers d'églises, de cercles et de patronages. Sur un vibrant appel de «Pierre l'Ermite», il a pavoisé un grand nombre de villes le 22 juin der­nier. Le 2 septembre, il flottait à 1886 mètres d'altitude sur le pic de Sancy, dominant le massif imposant du Mont-Dore, tandis que les grands vents d'Auvergne emportaient au loin les acclamations et le Credo de la vaillante troupe qui l'y avait porté.

Dix-huit Croix de province ont arboré le Sacré-Cœur à côté de l'in­strument de notre salut. Ce sont là les deux étendards du Roi des rois: Vexilla Regis, et leur union réalise graphiquement le mot de Léon XIII: En allerum divinissimum signum. Voici notre second et très divin étendard. La foule s'habitue à voir le nouveau Labarum, et l'on prépare ainsi l'opinion à la réalisation du désir exprimé par le Sacré-Cœur d'être peint sur les drapeaux de la France» .

Mais «si importants qu'aient été les hommages rendus par le XIXe siècle expirant au Sacré-Cœur, ils doivent être dépassés, ajoute le P. Coubé, par ceux du XXe siècle. L'avenir est sombre pour la société: le Pape nous affirme qu'il n'y a de salut que dans le Sacré-Cœur. Il faut aller de plus en plus à l'unique Sauveur. Il faut mettre sous sa protection le siècle qui va commencer. Il faut que le XXe siècle soit le siècle du Sacré-­Cœur.. . » .

C'est pour répondre à cette grande pensée que vient d'avoir lieu à Vollore-Ville, une manifestation grandiose, en l'honneur du Sacré-Cœur. M. l'abbé Valeyre, curé de Vollore, connaissant le vœu et le zèle ar­dent de quelques-uns de ses paroissiens et la foi des autres, leur avait proposé de célébrer le premier vendredi de l'année et du siècle par une fervente communion à l'église, puis d'aller en procession arborer le drapeau du Sacré-Cœur au somment du Grun de Chignore, où serait érigée en mê­me temps une belle croix en souvenir de cette journée.

Le projet, on en conviendra, n'était pas banal. Le Chignore a 1100 mètres d'altitude et il est à deux heures de Vollore. En été, l'ascension de cette montagne est un jeu, mais en janvier, le pic n'est pas toujours à la portée de toutes les jambes. On songea bien à tout cela; mais on ne s'y arrêta pas. Il fut décidé que, quelque temps qu'il fit, le 4 janvier, le dra­peau du Sacré-Cœur flotterait au sommet du Chignore.

M. Maurice Dunaud se chargea d'organiser la manifestation. Avec une activité et une tenacité admirables, il faisait confectionner à la hâte une croix en fer de six mètres de haut. Le 3 janvier, veille de la manife­station, il la transportait au Chignore sur un char attelé de cinq paires de bœufs. L'attelage ne pouvant parvenir jusqu'au faîte, la Croix y fut portée sur les épaules de robustes paysans qui s'estimaient justement fers d'un tel honneur.

Le vendredi matin, à 7 heures et demie, l'église se remplissait de fidè­les dont un grand nombre étaient venus de villages fort éloignés. A la sainte messe, célébrée par M. l'abbé Rochon, vicaire de la paroisse, 150 personnes dont une trentaine d'hommes firent la sainte communion; beaucoup d'autres l'avaient faite aux deux messes de minuit de Noël et du Premier de l'An.

La messe terminée, M. l'abbé Camin monta en chaire et rappela les demandes faites par Notre-Seigneur à la France, à Paray-le-Monial: l'érection d'un temple national, la consécration officielle de la France au Sacré-Cœur, et l'apposition de l'image du Sacré-Cœur sur le drapeau français.

Après la messe, l'ascension du Chignore se fit en procession, pénible­ment mais vaillamment.

Au sommet, M. le curé de Vollore revêt le surplis et l'étole et tous se groupent devant la Croix et les drapeaux.

M. l'abbé Camin prend de nouveau la parole.

«L'heure, dit-il, n'est pas aux longs discours. La scène admirable que nous avons sous les yeux est d'ailleurs assez éloquente par elle-même… L'arbre de la Croix était autrefois un instrument d'opprobre; aujourd'hui le monde l'adore… La vertu qui l'a ainsi transfigurée, lui est venue du sang qui coula un jour du Cœur du Fils de Dieu. La Croix qui s'élèvera désor­mais sur ce pic portera le nom de «Croix du Sacré-Cœur». On ne pouvait mieux marquer le triomphe du sang de l'Agneau qu'en lui consacrant un tel monument sous un tel vocable en un lieu où coula jadis le sang de victi­mes impures en l'honneur des faux dieux. Désormais le Chignore sera pour Vollore un Montmartre, la montagne sainte d'où viendra tout secours à qui lèvera les yeux vers elle…

Pour compléter le triomphe du Sacré-Cœur, il faut que chacun s'en­gage à propager son culte et spécialement son drapeau.

Déjà quarante maires du département du Gers ont consacré, en écharpe, dans l'église, leur commune au Sacré-Cœur; dans le jura plusieurs compa­gnies de pompiers ont adopté le drapeau du Sacré-Cœur. La catholique Auvergne restera-t-elle en arrière? Non. Elle fut autrefois la première à prendre la Croix contre les infidèles; elle ne sera pas la dernière à glorifier le Sacré-Cœur; l'acte de ce jour nous a utorisé à l'espérer».

La foule crie: «Vive le Sacré-Cœur! Vive le drapeau du Sacré-Cœur! Vive la Croix! Vive Léon XIII!».

M. le curé de Vollore bénit la Croix et tous les drapeaux; puis on chante le Credo avec beaucoup de piété et d'entrain.

Le Credo achevé, en l'absence de M. le maire à qui son grand âge n'eût pas permis un aussi pénible voyage, M. Henri Dunaud, adjoint, s'avance au pied du drapeau et, d'une voix forte et assurée, lit la consé­cration au Sacré-Cœur.

Après une dernière acclamation au Sacré-Cœur, les manifestants re­descendent de la montagne émus et heureux de ce qu'ils ont vu et enten­du. Deux heures sonnaient à l'église lorsque les derniers rentraient à Vollore.

III. AUTRES PAYS

Belgique: l'hommage au Sacré-Cœur. - En Belgique, l'acte de foi accompli à l'heure où le siècle s'ouvrait revêtit un caractère grandiose. Partout les églises étaient remplies. Les foules étaient émues et recueil­lies. En beaucoup d'églises les pasteurs expliquèrent le sens de cette céré­monie.

A Bruxelles, à l'église de Sainte-Gudule, la manifestation avait un ca­ractère vraiment social.

L'œuvre de l'Adoration, présidée par M. le doyen Van Aertselaer, avait convié les chrétiens de la capitale à consacrer par leurs prières, le siècle nouveau au Sacré-Cœur de Jésus.

C'est en foule que les catholiques avaient répondu à cet appel qui lui-même est l'écho du cri, jeté par le chef de l'Eglise: «Au Sacré-Cœur, le vingtième siècle!».

La cathédrale était remplie jusqu'aux bas-côtés d'une foule compacte où se mêlaient les classes laborieuses et les classes dirigeantes.

Dans le chœur, où était dressé le trône de S.E. le Cardinal­Archevêque, on remarquait les ministres MM. de Favereau, Liebaert, van der Brugghen; duc d'Ursel, président du Sénat; les sénateurs comte de Mérode, Allard, Devolder, Braun, Mgr Kesen; M. de Sadeleer, pré­sident de la Chambre; les représentants Davignon, De Brocqueville, De Jaer, de Bontridder, De Lantsheere, Renkin; comte d'Ursel; L. de Bruyn, Carton de Wiart, Neerinck, Desmaisères, presque tous les con­seillers communaux catholiques de la ville et de l'agglomération; MM. Hachez, Cyr, Van Overbergh, Van Yperzeele de Strihou, les avocats Jolly, De Lacroix, MM. Otto; de nombreux fonctionnaires des divers départements ministériels; des magistrats, toutes les personnalités qui sont à la tête des œuvres catholiques de la capitale.

Des ministres, des sénateurs, des députés, des artistes, des écrivains, des journalistes, des ouvriers, des magistrats, des commerçants, des re­présentants de la noblesse, du peuple et de la bourgeoisie; des riches en paletot fourré, des pauvres en bourgeron de travail confondaient là leurs rangs, abdiquaient leurs prérogatives et leurs distinctions pour n'être plus que des chrétiens devant leur Dieu, et de cette masse anonyme montait une prière pressante vers Jésus-Christ pour qu'il daigne répan­dre sur le siècle qui s'ouvre ses grâces et ses bénédictions.

Du haut de la chaire, le R. P. Lahousse a précisé d'une voix éloquente la signification de cette assemblée d'hommes courbés devant l'autel. S. Em. Mgr le cardinal Goosens a prononcé ensuite une courte allocu­tion dans laquelle il a consacré la Belgique au Sacré-Cœur.

Une procession à laquelle ont pris part tous les assistants, a terminé cette imposante manifestation. Rien n'était beau comme de voir le Saint-Sacrement sous un dais d'or, entouré de lumière et d'encens, escorté par cinq mille hommes au moins.

Noble et consolant spectacle que seule la Belgique, catholique et libre, peut offrir au monde, et la joie s'augmente en songeant que l'après­midi, en l'église de la rue des Sols, une même affirmation de foi avait réuni les dames de la capitale auxquelles s'étaient jointes LL. AA. RR. Mme la comtesse de Flandre et Mme la princesse Elisabeth.

Le mouvement mutualiste en Belgique. - Partout à la campagne les sociétés agricoles, coopératives ou mutualistes, surgissent tous les jours.

Si l'on continue de ce train, à la fin de 1901 plus un seul village ne sera privé de sa société mutuelle.

Des sociétés nouvelles se forment et sollicitent l'affiliation à la Caisse générale d'épargne et de retraite. Jamais peut-être action gouvernemen­tale n'a produit tant d'effet en Belgique que la loi du 10 mai 1900.

A côté des sociétés mutualistes de retraite, une foule d'autres œuvres sociales, telles que coopératives agricoles, bœrenbonden, assurances mutuelles, sociétés ouvrières, etc., se créent et se développent sous l'ac­tion continuelle d'hommes d'œuvres appartenant au clergé et à l'élé­ment catholique. Dans l'arrondissement de Turnhout, en particulier, aucune œuvre de charité ou de progrès n'est enrôlée sous l'étendard li­béral ou socialiste.

L'instruction publique en Italie. - La pauvre Italie se traîne dans l'impuissance. On peut en juger par les considérations suivantes, extrai­tes du rapport sur le budget de l'Instruction publique:

Tout d'abord on y avoue que l'Italie, qui compte 32 millions d'habi­tants, n'a point accompli son devoir en ce qui concerne l'instruction pu­blique. La preuve en est dans le nombre considérable des illettrés. Ce nombre énorme, en 1871, était de 67%. Et au bout de trente ans, pen­dant lesquels l'Italie a eu le temps, non seulement de faire des lois, mais encore de les appliquer et d'en recueillir les fruits, le chiffre des illettrés se monte encore à 44 %.

Et l'union politique ne semble avoir exercé aucune influence heureuse sous le rapport de l'instruction car, tandis que les provinces de Turin, Sondrio, Come, ont vu, dans le cours de cette période, le nombre des il­létrés descendre de 26 à 4%, la province de Cosenza, qui avait 90% d'il­létrés en 1872, en comptait encore 78% en 1898.

Un autre grief contenu dans le rapport a trait à la multiplicité des Uni­versités. Il y en a 17 appartenant à l'Etat, 4 libres et, en outre, trois ly­cées ayant annexé à leurs classes des cours universitaires. Il s'ensuit que ces multiples universités, loin de répondre aux besoins de la population, ne font que grever inutilement le budget.

Elles sont d'ailleurs insuffisamment munies d'instruments de travail et d'appareils scientifiques, et n'attirent pas un nombre d'étudiants as­sez élevé pour stimuler les professeurs et créer l'émulation. On a plu­sieurs fois formé le projet de les réduire, mais les intérêts régionaux l'ont toujours emporté sur le bien général.

Le rapport souhaite, enfin, la cessation de cet état de choses. Et ici je cite textuellement: «Souhaitons-le pour voir disparaître ce spectacle affli­geant: le crime qui domine dans les bas-fonds de la société; dans les clas­ses moyennes, la foule des déclassés demandant des emplois; et l'exode de nos meilleurs jeunes gens, qui quittent nos hautes écoles pour aller compléter leurs études dans les universités françaises, belges ou alleman­des». Ce sont là des constatations qui doivent coûter à l'amour-propre italien. Elles n'en ont donc que plus de prix.

CHRONIQUE (Mars 1901)

I. ROME

La Démocratie chrétienne. - La belle encyclique Graves de communi est datée du 18 janvier, fête de la Chaire de Saint-Pierre à Rome. En réalité, elle a été publiée à Rome le dimanche 27 janvier, le jour où l'Eglise fêtait la Sainte Famille de Nazareth.

Léon XIII s'est toujours complu à donner l'humble maison et l'atelier de Nazareth comme les modèles à étudier pour travailler au relèvement de la classe ouvrière. Dans les belles hymnes de cette fête, dont on lui at­tribue la composition, il nous montre Jésus, Marie et Joseph sanctifiant le travail manuel.

«Jésus grandit dans l'humble atelier de Joseph, dont il s'est fait l'ap­prenti. C'est de son plein gré, qu'il a voulu pour nous racheter offrir à son Père les sueurs de son travail avant de verser son sang sur la croix. Marie par ses soins est heureuse de réparer les fatigues de son Fils divin et de son Epoux bien-aimé. - O vous qui avez connu le travail et la pauvreté, aidez et soulagez tous ceux qui peinent et qui souffrent!».

La fête de la Sainte Famille est vraiment la fête de la Démocratie chré­tienne.

Léon XIII nous rappelle que les conditions pénibles de la classe ou­vrière au temps présent avaient nécessité une action nouvelle de l'Eglise toujours prête à intervenir partout où il y a des souffrances à soulager. Il avait déjà tracé des conditions de cette intervention des catholiques, dans son Encyclique Rerum Novarum.

Il n'avait pas fait choix d'un nom pour désigner ce mouvement catho­lique. Plusieurs ont été proposés. Celui de socialisme chrétien a été bientôt écarté parce que l'expression de socialistes était déjà revendiquée par les énnemis de l'Eglise, de la propriété et de l'ordre social. Restaient les noms d'Action populaire, de Christianisme social et de Démocratie chrétienne.

Le premier n'a guère eu de vogue; il n'avait pas d'adjectif correspon­dant. Le second a été choisi par les catholiques d'Autriche, ils le peuvent garder, si bon leur semble. Le Pape ne le blâme pas.

Le troisième était mis en avant par les catholiques les plus agissants d'Italie, de France et de Belgique; mais il rencontrait une violente oppo­sition. Le Pape l'avait déjà accepté dans son discours aux pèlerins fran­çais en 1898, il confirme aujourd'hui cette acceptation.

Il n'ignore pas les objections qu'on peut opposer à ce choix, il les réfu­te.

1° Les révolutionnaires, dit-on, se réclament de la Démocratie. - C'est vrai, mais ceux-là s'appellent les Démocrates sociaux et nous les Démocrates chrétiens, et leur doctrine diffère autant de la nôtre que la secte du socialisme diffère de la profession du catholicisme.

2° Le mot Démocratie a une signification politique et il implique une préférence pour la forme républicaine. - Il a ce sens d'après son étymo­logie et dans le langage des philosophes païens, soit; mais aujourd'hui une autre signification a prévalu. La Démocratie chrétienne n'est pas autre chose que l'action sociale chrétienne en faveur du peuple. L'Eglise est au-dessus des variations de la politique. Elle s'accommode de la ré­publique en France, en Suisse, aux Etats-Unis, dans l'Amérique du Sud, comme de la monarchie en Espagne, en Belgique, en Autriche. Les formes des gouvernements sont des choses contingentes. Elles ont toutes du bon et dépendent beaucoup des circonstances de temps et de lieu. Les catholiques peuvent être, suivant les pays, républicains, ou monarchi­stes; mais quand l'Eglise donne une direction générale comme celle de l'Encyclique Rerum Novarum, direction qui prend aujourd'hui le nom de démocratie, cette direction doit faire abstraction de la politique pour être applicable à toutes les nations. La Démocratie chrétienne se tiendra donc dans les limites de la vie sociale et économique.

3° Cette dénomination ne donne-t-elle pas à l'action catholique un champ exclusif et restreint? - Nullement. L'Eglise a toujours cherché le bien de toutes les classes. Elle a une tendresse spéciale et un soin particu­lier pour les déshérités. Son divin fondateur lui en a donné le précepte et l'exemple. Les classes supérieures elles-même prêteront pour cela leur concours au clergé et rivaliseront de zèle pour développer cette action populaire dont l'urgence surpasse tout ce qu'on peut dire.

4° La Démocratie chrétienne n'est-elle pas opposée au respect de tou­tes les autorités? - Tous les chrétiens savent trop la soumission et le re­spect qui sont dus à tous les supérieurs. Ils feront les œuvres démocrati­ques sous la direction de leurs supérieurs. Maintenant que le Pape a par­lé et délimité le champ d'action, il n'y aura plus aucune difficulté.

A l'œuvre donc. «La triste nécessité nous crie assez haut qu'il faut agir avec courage et avec union, parce que nous nous trouvons en face de grandes souffrances et de grands périls. Le socialisme grandit, il s'in­filtre partout. Il s'organise dans les réunions secrètes, il agit sur les foules par la presse et par la parole. Il excite et passionne les multitudes. Les plus graves intérêts de la religion et de la société sont en question…».

Il faut donc agir. Les œuvres gagneront à se grouper dans chaque na­tion sous une direction unique, comme celle de l'Œuvre des Congrès en Italie.

Les évêques multiplieront leur force en se réunissant et se concertant. Les prêtres doivent aller au peuple en s'aidant de toutes les ressources de la science, de la prudence et de la charité. Ils n'oublieront pas que la question sociale est avant tout une question morale. Tout en s'efforçant de relever la situation matérielle de la classe ouvrière, ils rappelleront sans cesse aux travailleurs que la modération chrétienne, la tempérance, la douceur et la vie de famille sont des conditions essentielles du bonheur domestique.

Puisse la Sainte Famille de Nazareth bénir la nouvelle campagne d'ac­tion et d'œuvres que la belle Encyclique du Pape ne va pas manquer de provoquer!

II. FRANCE

Les religieux. - La grande lutte pour la liberté de la vie religieuse est pour l'Eglise un grand triomphe moral. Elle se résume en deux mots: la vertu et le dévouement persécutés.

Que de nobles paroles se sont fait entendre! Celle du Pape d'abord, dans son admirable lettre au cardinal Richard; celle de plusieurs évê­ques, et les discours éloquents de M. de Mun, de M. Piou et de vingt au­tres, et les paroles vibrantes de Coppée et de Jules Lemaître.

On réunira sans doute ces discours et ces écrits en un beau volume. Ce sera l'honneur de ce siècle naissant. Ce volume aura tout l'intérêt et tout l'éclat des grandes apologies de Tertulien, de Justin, de Tatien et de Mi­nutius Félix.

On y pourra mettre comme repoussoir les hurlements et les blasphè­mes des socialistes. A l'apologie de M. de Mun en opposera les arguties du légiste Waldeck-Rousseau et cela rappellera le dialogue de Justin avec le juif Tryphon.

Les religieux peuvent être écrasés momentanément. Les grands apo­logistes des premiers temps et leurs clients l'ont bien été aussi; mais la race du Christ ne meurt pas sans retour, elle ressuscite et ses souffrances sont une source de vie.

Nous emprunterons seulement à cette lutte victorieuse des idées chré­tiennes une belle page de Mgr Mignot, archevêque d'Alby, aux séna­teurs et députés de son diocèse.

«Au lieu de traiter en ennemies les congrégations religieuses, au ri­sque d'éterniser un malaise perpétuel dans la conscience publique, ne serait-il pas plus sage de profiter de cette force, en lui donnant, comme à toute autre force légitime, sa place dans le jeu des énergies sociales? Je n'essaierai pas de rappeler ici les bienfaits qui peuvent en résulter: ensei­gnement, prédication, missions, œuvres de charité, d'assistance, hôpi­taux, crèches, léproseries, asiles, orphelinats; mouvement scientifique, expansion coloniale, etc. Tout cela, sans parler d'autres services tout aussi précieux bien que moins connus, est trop présent à votre esprit pour qu'il soit nécessaire d'insister. Il est trop évident que la suppression des congrégations religieuses et de leurs œuvres - œuvres pour lesquel­les on ne saurait les remplacer - amènerait un amoindrissement consi­dérable du patrimoine moral de la France; mais aussi une irréparable at­teinte serait portée au principe de la liberté individuelle et à l'inviolabili­té des consciences…

Quant aux congrégations contemplatives, dont le but est moins sensi­blement appréciable, seraient-elles exclues de la grande famille et pri­vées du droit de vivre en commun? Cela n'est pas admissible, puisque la loi a pour but d'autoriser toutes les associations dont le but n'est pas nui­sible. Sans doute, leurs œuvres n'ont pas un cours recherché dans le commerce, mais n'y aurait-il plus de place dans notre si glorieuse et si chrétienne France que pour des valeurs négociables? Plus de place pour la prière, la pénitence volontaire, pour ces âmes d'élite qui, en vertu de la grande loi de solidarité humaine, de la reversibilité du bien et du mal, maintiennent bien haut le niveau moral de notre pays? On ouvre toutes les portes de nos Instituts aux spécialistes de la science, et l'on fermerait toutes les portes de la France aux spécialistes de la vertu? Non, cela ne se fera pas; cela ne pourra pas se faire, parce que ce serait odieux et qu'il y aura toujours place chez nous pour l'épanouissement de toutes les vertus évangéliques.

Enfin, Messieurs, après tous ces points de vue de détail que je n'ai fait qu'effleurer, je vous supplie de considérer par-dessus tout les intérêts su­périeurs du pays qui a besoin de paix et d'unité. Nous sommes les pre­miers à le reconnaître: en ce siècle de crises, de transformations, d'agita­tions, d'efforts de tous genres, vouloir faire l'unité par l'uniformité des croyances et des idées serait une entreprise chimérique. La seule unité possible, la seule paix désirable est celle qui résultera de la liberté sincè­rement comprise, du respect mutuel loyalement pratiqué. Un tel résultat ne peut être obtenu que par des sacrifices réciproques; il faut que chacun abdique l'idéal abstrait qu'il s'est fait de la vie sociale, et tienne compte des droits, des besoins, des exigences légitimes d'autrui…».

L'action sociale. - Comme le Saint-Père nous le dit, il faut redou­bler de zèle pour l'action sociale. L'encyclique cite les syndicats, les mu­tualités, les secrétariats du peuple. Que nous le voulions ou non, nous sommes en démocratie, et si nous n'allons pas au peuple, nous trahis­sons la cause de Dieu.

A l'occasion de la fondation des Conseils du travail, par le décret Mil­lerand, M. de Mun engage tous les membres de l'Œuvre des Cercles à propager les syndicats. On sait que les patrons et ouvriers syndiqués au­ront seuls part au vote pour les Conseils du travail.

Les syndicats auront autant de voix qu'il y aura de fractions de 25 ou­vriers ou de 10 patrons.

Allons-nous encore nous laisser devancer par les socialistes?

Partout où il y a un commencement d'œuvre et quelques catholiques groupés, formons des syndicats de métiers connexes. Nos catholiques peuvent s'adjoindre des syndiqués qui ne soient pas des catholiques pra­tiquants, pourvu qu'ils soient modérés et tolérants. Le syndicat n'est pas une œuvre confessionnelle.

Pour comprendre l'importance de notre action sociale, lisez ce qu'en pensent nos ennemis.

Voici un extrait du compte-rendu du dernier congrès de la Libre­pensée:

«Troisième séance.

Présidente: la citoyenne Ghilain, doctoresse en droit.

Assesseurs: les citoyennes Bonnevial et Ida Altmann et les citoyens Charbonnel, Furnémont, des Essarts.

Les vœux suivants ont été votés la plupart par acclamation:

Tout en reconnaissant la banqueroute dogmatique et philosophique de l'Eglise, le Congrès croit devoir faire remarquer que l'action politi­que et sociale du parti clérical est de plus en plus énergique. Il invite les adhérents de la Libre-pensée à combattre: 1° les cercles catholiques de jeunes gens; 2° les patronages; 3° les œuvres militaires; 4° les écono­mats; 5° les syndicats ouvriers de renégats; 6° les cercles d'études et les universités populaires et cléricales et généralement toutes les œuvres créées dans un esprit confessionnel:

a) en dénonçant le danger de ces organisations cléricales;

b) en soutenant les organisations laïques déjà existantes: groupes de solidarité, patronages, coopératives, syndicats, universités populaires, mutualités scolaires, œuvres postscolaires, et en provoquant la création d'œuvres nouvelles d'éducation et de progrès démocratique;

c) en rattachant aux sociétés de libre-pensée, souvent réduites à la ré­sistance et à la défensive, des groupes de propagande active…».

Est-ce assez clair? Les libres-penseurs redoutent nos œuvres, c'est qu'elles les entravent. Multiplions-les pour sauver la foi chrétienne.

III. AUTRE PAYS

Angleterre. - L'Angleterre est en deuil. Les catholiques prennent part au deuil national. Ils n'avaient qu'à se louer de la reine Victoria. Elle n'était pas catholique, comme quelques personnes le croyaient. Son protestantisme même était des plus larges et côtoyait le rationalisme: mais elle a été favorable à la liberté religieuse. Sous son règne, le catholi­cisme a fait des progrès immenses dans son vaste empire.

Nous allons en donner la statistique:

L'Angleterre forme une province ecclésiastique, dont le métropolitain est l'archevêque de Westminster. Il a quinze suffragants.

L'Ecosse forme deux provinces ecclésiastiques: l'archevêché de Saint­André et d'Edimbourg, avec quatre évêchés suffragants, et Glasgow sans suffragant.

Le nombre total des prêtres séculiers et réguliers de la Grande­-Bretagne (Angleterre et Ecosse) à la fin de l'année 1898, était de 3.119. A la fin de l'année dernière, le chiffre était de 3.212. C'est donc une aug­mentation de 93 prêtres, dans le cours de ces douze derniers mois.

Les églises et chapelles sont au nombre de 1.854, ce qui atteste une augmentation de 22 lieux consacrés au culte catholique dans la Grande­Bretagne, pendant l'année 1898.

La population catholique de l'Angleterre est de 1.500.000 âmes et cel­le de l'Ecosse de 365.000.

Quant au reste de l'empire britannique, le Catholic Directory nous don­ne des détails curieux:

L'Irlande a 4 archevêchés et 25 évêchés.

Dans les colonies et possessions anglaises, les sièges archiépiscopaux et épiscopaux sont ainsi répartis:

En Europe: 2 évêchés, 1 vicariat apostolique.

En Asie: 7 archevêchés, 20 évêchés, 8 vicariats apostoliques, 5 préfec­tures apostoliques.

En Afrique: 2 évêchés, 9 vicariats et 5 préfectures apostoliques.

En Amérique: 8 archevêchés, 22 évêchés, 3 vicariats apostoliques et 1 préfecture.

En Australie: 5 archevêchés, 13 évêchés, 6 vicariats apostoliques; (il y a soixante ans à peine, il n'y avait dans ce vaste continent qu'un seul prêtre catholique!).

En Nouvelle-Zélande: 1 archevêché, 3 évêchés, 1 vicariat apostolique. Ce qui fait, dans toute l'étendue de l'empire britannique y compris la Grande-Bretagne et l'Irlande, 171 diocèses ou préfectures apostoliques. Le chiffre total de la population catholique répartie dans l'empire tout entier est de dix millions et demi d'âmes.

Quel changement! quel progrès!

En 1814, il n'y avait pas d'évêques en Angleterre. Quatre vicaires apostoliques suffisaient (comme aux pays infidèles). Il y avait à peine 400 prêtres, vivant cachés, osant à peine se montrer et se gardant bien de tout costume distinctif. - On y voyait quelques rares et pauvres chapel­les sans aucun signe extérieur.

Quand, par hasard, une croix osait se montrer sur quelqu'une de ces chapelles, la police la faisait aussitôt enlever par crainte de désordres ou mê­me d'émeute. A l'intérieur, il n'y avait presque aucun ornement. Il était rare d'y voir un office solennel, une bénédiction. La prière se faisait à voix basse; il n'y avait pas de chant. La messe y était dite deux fois par semaine. Et les fidèles ne disaient pas «aller à la messe» mais «aller à la prière».

A cette époque, quand un maître ou une maîtresse de maison invi­taient des catholiques à dîner, ils s'excusaient auprès de leurs autres in­vités de les recevoir avec des catholiques.

Généralement, du reste, le catholicisme était inconnu de la masse du peuple anglais, qui n'y voyait qu'un «amalgame de superstitions, d'ido­lâtries et d'immoralités». Si bien que très justement on a pu dire qu'alors «les Anglais savaient mieux les coutumes des Egyptiens que celles des ca­tholiques».

Newman écrivait en 1852:

«On ne trouvait les catholiques, en Angleterre, que dans les endroits reculés, les ruelles, dans les caves, dans les mansardes ou dans les solitu­des de la campagne, séparés de la foule au milieu de laquelle ils vivaient; on les entrevoyait seulement dans l'obscurité, à travers le brouillard et le crépuscule, fantômes, fuyant ça et là devant les fiers protestants maîtres de la terre; à la fin, ils devinrent si faibles, tombèrent si bas que le dédain fit naître la pitié.

Et les plus généreux parmi leurs tyrans commencèrent à désirer de leur accorder quelque faveur, persuadés que leurs opinions étaient trop absurdes pour faire des prosélytes, et qu'eux-mêmes, si on leur accordait une position un peu plus importante dans l'Etat, ne tarderaient pas à re­noncer à leurs doctrines et à en rougir».

Les catholiques anglais de cette époque s'étaient ainsi habitués à une situation de parias, de dépression morale familière aux peuples depuis longtemps vaincus.

Aujourd'hui il n'est guère de famille anglaise importante qui ne compte un ou plusieurs convertis. Les catholiques sont entrés au Parle­ment: ils ont 47 sièges à la Chambre des Lords et presque toujours quel­qu'un des leurs au ministère, tel lord Ripon dans le cabinet libéral, tel le duc de Norfolk dans le cabinet Salisbury.

Les jésuites ont un collège très florissant à Oxford, les Bénédictins et les prêtres séculiers à Cambridge.

Les dignitaires ecclésiastiques, autrefois proscrits ou ignorés, sont re­connus comme hautes autorités morales. Le Cardinal Manning et ensui­te le cardinal Vaughan ont été invités à siéger à côté des prélats anglicans dans les cérémonies publiques.

L'étiquette paraît même disposée à reconnaître la préséance due au cardinal Vaughan. Les obsèques de Newman et de Manning furent une manifestation nationale. La statue de Manning s'élève sur le terre-plein de l'Oratoire.

Voilà les progrès, en raccourci, de l'Eglise catholique en Angleterre, en moins de soixante ans.

Italie: le phare du Sacré-Cœur. - A Mazzara del Vallo, en Sicile, l'église du Sacré-Cœur a une tour assez élévée pour être vue de tous les côtés. Elle est terminée par une coupole de cristal sous laquelle est un au­tel où est exposé le Saint-Sacrement. On y fait l'adoration perpétuelle. Cette tour s'appelle le phare eucharistique. La foi des populations méridio­nales a seule de ces hardiesses, un peu originales et cependant édifiantes.

CHRONIQUE (Avril 1901)

I. ROME

Les premières communions. - Rome ne connaissait pas jusqu'à présent les premières communions générales et solennelles comme elles se pratiquent en France et en Belgique. Quand un curé avait quelques enfants préparés, il les envoyait à la maison de retraite de Ponterotto, et là après quelques jours de recueillement, où les enfants recevaient une dernière préparation, ils faisaient leur première communion avec fer­veur par petits groupes.

Les premières communions publiques sont devenues nécessaires pour gagner les familles et les enfants eux-mêmes. Une œuvre s'est fondée pour les organiser. Le journal «La Voce della Verità» raconte ainsi ses dé­buts. Les premières communions publiques se continuent à la satisfaction de tout le monde.

Nous espérons que cette œuvre, à laquelle se dévouent plusieurs prê­tres zélés, se répandra de plus en plus à Rome. Il n'y a d'ailleurs pas d'autres moyens pour diminuer le nombre considérable d'enfants qui n'ont pas encore reçu le grand bienfait de la première communion, et qui attendent un billet gratuit pour entrer dans la pieuse maison de re­traite de Ponterotto, spécialement destinée à préparer les enfants pour la première venue de Jésus dans leurs âmes. Et ces pauvres petits, qui sont privés de la communion, parfois jusqu'à un âge très avancé, n'auraient peut-être jamais ce bonheur s'ils manquaient la première communion dans leur paroisse.

Le dimanche 17 février, dans l'église de S. Maria in Traspontina, on pouvait voir une de ces touchantes cérémonies. Il y avait là 42 enfants qui reçurent pour la première fois Notre-Seigneur des mains de Son Emmence le Cardinal Vicaire qui ne refuse jamais d'exercer cet office en faveur des fils du peuple et qui leur adresse toujours, avec une affection paternelle, une petite exhortation adaptée à la circonstance. Il montre bien par là qu'il reconnaît, au moins pour les petits garçons, la nécessité des premières communions faites dans les paroisses.

Ces enfants furent préparés avec un grand soin, pendant dix-sept jours, par des catéchismes et des exercices spirituels; on ne négligea rien pour que la cérémonie se fît avec ordre et solennité.

Après les avoir instruits pendant onze jours sur les principales vérités de la religion, on leur prêcha pendant six jours les exercices spirituels. Le matin du grand jour on fit les processions et les autres cérémonies saintes avec beaucoup de pompe, et après la messe, Monseigneur le Vice-Gérant donna la confirmation à une vingtaine de premiers commu­niants. Les autres l'avaient déjà reçue, car à Rome on donne ordinaire­ment ce sacrement avant la première communion; les enfants le reçoivent entre huit et douze ans. Plusieurs chantres de la chapelle Giu­lia du Vatican firent entendre des chants magnifiques pendant tout le cours de la cérémonie.

Après les doux épanchements de ces petits enfants dans le Cœur de Jésus, on leur servit un bon déjeuner et on leur distribua des petits livres et d'autres objets de dévotion. Et pour éviter une dissipation trop profa­ne, dans cet après-midi du dernier dimanche de carnaval, on les condui­sit à une pieuse représentation privée.

En somme, on fit tout ce qu'il était possible de faire pour le bien et la consolation de ces chers enfants et l'édification de leurs familles et des as­sistants, à la plus grande satisfaction du bon curé de S. Marie in Tra­spontina et de tous ceux qui prêtèrent leur concours pour cette première communion.

On prépare encore deux autres premières communions de ce genre qui se feront l'une à Saint-Laurent au Campo Santo et l'autre à Saint-Vital.

II. FRANCE

Consécration d'une commune au Sacré-Cœur. - Le dimanche 13 janvier, à la clôture de la retraite jubilaire, prêchée par le R.P. Fuzier, du diocèse de Rodez, la consécration de la commune d'Auriac (Avey­ron) au Sacré-Cœur de Jésus a été faite par M. le maire escorté de tout son conseil municipal, et le drapeau du Sacré-Cœur a été arboré à l'égli­se et à la procession solennelle qui clôturait les exercices jubilaires.

PROCÈS-VERBAL DE LA CONSÉCRATION

Nous soussignés, membres du conseil municipal de la commune d'Auriac, reconnaissant que Notre-Seigneur Jésus-Christ a demandé à la France trois choses: un monument national, un drapeau national marqué de son emblème, une consécration nationale du pays au Sacré­-Cœur, nous sommes réunis pour affirmer à l'unanimité notre grand dé­sir de voir le gouvernement de la France répondre aux demandes de Notre-Seigneur Jésus-Christ, par la consécration officielle de la nation au Sacré-Cœur et la reproduction de son image sur le drapeau français.

Attendant ce jour si désiré où la France sera consacrée à son divin Cœur par ceux qui ont autorité pour agir et parler au nom de la nation, nous maire et conseillers municipaux d'Auriac avons consacré officielle­ment la commune au Sacré-Cœur de Jésus, ce dimanche 13 janvier 1901, jour de clôture de la retraite jubilaire donnée dans cette paroisse. En ce jour nous avons arboré dans l'église paroissiale de notre commune le drapeau national portant l'image du Sacré-Cœur.

Acte de consécration de la commune au Sacré-Cœur,

lu par M. le Maire, escorté de tout le Conseil municipal

Divin Jésus, qui avez choisi la France comme votre nation privilégiée, et qui désirez établir votre règne sur elle par l'érection d'un monument national, par la reproduction de votre image sur le drapeau français, et par une consécration nationale du pays à votre Sacré-Cœur, nous voici prosternés au pied de vos autels pour vous apporter, au nom des habi­tants de la commune, notre offrande à l'embellissement du sanctuaire de notre rédemption nationale, qui s'élève sur les hauteurs de Montmartre, pour vous offrir le drapeau français, portant le Sacré-Cœur, et placer nos familles et nos biens sous votre protection.

Dans l'attente du jour béni où la consécration solennelle de la patrie vous sera faite, dans l'église du Vœu national, nous vous proclamons roi de la commune d'Auriac. Nous vous confions la garde de ses habitants et de tous leurs intérêts temporels. Daigne votre Sacré-Cœur nous accor­der l'union, la paix et la prospérité.

Vive le Sacré-Cœur, notre roi et notre protecteur!

Autre exemple encourageant. - La commune de Veyreau, dans l'Aveyron, s'est consacrée officiellement au Sacré-Cœur dans le cours d'une mission prêchée par deux Oblats de Marie, les Pères Jonquet et Rousseau.

Quelle imposante cérémonie!

En présence d'une foule immense, M. le maire entouré de ses conseil­lers municipaux, à genoux devant le très saint Sacrement exposé, a lu la consécration suivante:

Cœur sacré de Jésus, nous, les représentants de l'autorité dans cette commune, élus par le libre suffrage de nos concitoyens, nous voulons ce soir répondre à votre appel, à l'appel de Léon XIII, votre vicaire au mi­lieu de nous, et travailler à la consécration officielle, nationale que vous avez demandée.

Nous proclamons vos droits absolus sur nos personnes, sur nos famil­les, sur la commune.

L'immage de votre Cœur sacré va décorer dès ce soir la place de la lo­calité pour bien prouver à tous que, chez nous, vous êtes le Maître. Cœur sacré de Jésus, nous sommes à vous! Réalisez vos promesses: bénissez-nous! sauvez nous! Le salut sera proche quand le conseil muni­cipal de Veyreau, dont l'exemple n'est pas isolé, aura partout des imita­teurs.

III. AUTRES PAYS

Italie: mise en pratique de la démocratie chrétienne. - Les catho­liques des Marches, viennent de montrer qu'ils veulent marcher en tête du mouvement démocratique chrétien, et qu'ils sont décidés à activer la réalisation de l'Encyclique Rerum Novarum, conformément aux prescrip­tions nouvelles de l'Encyclique Graves de Communi.

Ils se sont réunis en assemblée générale, et après avoir envoyé au Sou­verain Pontife un télégramme, pour lui exprimer leur filiale docilité, ils ont donné leurs soins à deux objets importants: le perfectionnement de leur organisation régionale, et la fondation de deux sociétés nouvelles, sortes de coopératives professionnelles, pour la pêche et pour l'industrie des cocons.

Voici du reste le texte de ce télégramme, véritable programme d'ac­tion immédiate et féconde, auquel nous faisons allusion plus haut:

«… Dans Votre Encyclique Graves de Communi, Très Saint-Père, Vous avez imposé un double devoir aux catholiques: la concorde sous la con­duite des évêques et la lutte contre le socialisme envahissant, lutte dont la forme doit être l'action populaire chrétienne. Ce devoir, vous avez prescrit à l'Œuvre des congrès, par Votre récent télégramme, qu'on le pratique promptement, en évitant les discussions inutiles. Cette pre­scription, nous l'acceptons et, avec l'aide de Dieu, nous la mettons en pratique, en jetant les bases, aujourd'hui même, de deux associations pour la pêche et pour l'industrie des cocons, excitant les comités de la ré­gion à établir promptement les œuvres utiles au bien-être moral et maté­riel des classes populaires».

Conformément à ce télégramme, il a été établi, par les catholiques des Marches, un «office central», à Ancône, afin de faciliter et de coordon­ner les travaux de tous les comités de la région.

En même temps, le même comité régional insistait auprès de tous les co­mités diocésains des Marches, pour que «dans le plus bref délai possible, ces comités entreprissent, suivant les récentes recommandations du Pape, les œuvres propres à défendre et à assister le peuple (quelle opere in difesa e a beneficio del popolo), en s'inspirant d'ailleurs des besoins locaux».

La réponse du Saint-Père, au télégramme que nous reproduisons plus haut, encouragea ces résolutions: «Le Saint-Père, y est-il dit, a accueilli le télégramme du comité régional des Marches, et, en louant les projets qu'on lui a indiqués et qui ont pour but de traduire en pratique les ensei­gnements de la dernière encyclique, accorde volontiers la bénédiction demandée».

Angleterre: les couvents. - Vivez et laissez vivre: c'est la devise sincè­rement libérale des Anglais (Live and let live). Les communautés religieu­ses catholiques sont absolument libres en Angleterre. Il y a bien de vieil­les lois qui les condamnent, mais c'est lettre morte.

Les jésuites possèdent en Angleterre quatre grands collèges: Stony­hurst, Beaumont, Wimbledon et Liverpool. Leurs églises à Londres sont dans les plus beaux quartiers: Hydepark et Westminster. Leurs collèges contiennent environ 6,000 élèves, qui paient chacun 2.500 francs de pension.

Les écoles gratuites catholiques émargent au budget dans les mêmes proportions que les écoles protestantes.

Dans le seul diocèse de Westminster, on compte 118 couvents de fem­mes et 23 monastères d'hommes. Trois cents moines et deux mille cinq cents religieuses jouissent à Londres d'une liberté entière.

Les écoles catholiques de la métropole élèvent gratuitement 30.000 enfants. Elles n'en avaient que 10.000 en 1865.

Les bénédictins, les chartreux, les dominicains, les franciscains, les maristes, les passionnistes, etc. ont des maisons en Angleterre.

Les religieuses tiennent des hôpitaux, des orphelinats, des maisons de retraite, des refuges, etc.

Le nombre des prêtres religieux en Angleterre est d'un millier. Il y a deux ans, les jésuites ont fondé un collège à Oxford et leurs élèves sont admis aux cours universitaires. A Wimbledon, ils préparent des jeunes gens aux examens d'admission à Sandhurst, le Saint-Cyr anglais.

On tolère même à Londres des processions catholiques. L'Angleterre avance vers la vraie liberté à mesure que la France recu­le vers la tyrannie.

Canada: un conflit industriel et une sentence épiscopale. - Il y a quelques mois un conflit s'est élevé entre les patrons et les ouvriers de l'industrie du cuir. Plus sages et mieux inspirés que leurs collègues d'Eu­rope, ces industriels s'adressèrent à Mgr l'archevêque de Québec pour lui demander de résoudre leur litige. Le prélat accepta avec empresse­ment cette proposition, et se mit à l'œuvre avec la sagesse, la charité et l'esprit de justice qui caractérise les œuvres de l'Eglise…

L'effet produit a été excellent. Patrons et ouvriers - protestants et ca­tholiques - sont satisfaits de cette sentence et vont s'y conformer. Après avoir rappelé les principes de l'Encyclique, Mgr l'archevêque de Québec a réglé ce qui suit, pour tout litige qui pourrait se présenter à l'avenir à propos d'augmentation ou de diminution de salaire, des enga­gements ou des renvois des ouvriers, de la durée du travail journalier, des apprentis, de l'introduction de nouvelles machines, et de toute autre cause de conflit.

Comités de réclamation et de conciliation

1° Afin de régler les difficultés autant que possible à l'amiable et promp­tement, les ouvriers constitueront un comité de réclamation, composé de trois membres choisis par eux. Les patrons, de leur côté, constitueront un comité de conciliation composé de trois manufacturiers nommés par ceux-ci.

Les membres de ces deux comités seront élus tous les ans, et les mê­mes seront rééligibles.

Quand un ouvrier aura quelque plainte à faire contre son patron, il la formulera par écrit, la fera signer par deux de ses compagnons de travail et la communiquera au comité de réclamation, avec prière de la transmettre au comité de conciliation. Les membres de ces deux comités examineront conjointement le cas à résoudre, chercheront à amener une entente et, dans le cas où l'entente serait impossibile, le comité de réclamation portera la plainte immédiatement devant le tribunal d'arbitrage.

Quand la plainte viendra directement de la part d'un manufacturier, celui-ci s'adressera directement au comité de conciliation, qui informera de suite le comité de réclamation du grief du patron, afin de venir à una enten­te, puis, si elle n'a pas lieu, le comité de conciliation aura recours au tribunal d'arbitrage.

Tribunal d'arbitrage

2° Ce tribunal d'arbitrage sera permanent et composé de trois membres dont l'un - représentant des patrons - sera choisi par le susdit comité de conciliation, le second - représentant des ouvriers - par le susdit comité de réclamation, et le troisième par les deux premiers arbitres. Si, par ha­sard, les deux arbitres nommés par les comités ne s'entendaient pas sur le choix du troisième, ils demanderont à un juge de la cour supérieure ou à l'archevêque de Québec de le désigner.

L'élection de ces arbitres se fera tous les ans, et les mêmes seront rééli­gibles.

Les arbitres entendront, s'il y a lieu, les parties ou leurs procureurs; ils auront le droit de se faire remettre toutes les pièces se rapportant au li­tige, de citer les témoins, d'appeler des experts et hommes de métier à comparaître devant eux, de faire donner leurs dépositions attestées de­vant un juge de paix, de visiter les ateliers, en un mot, de se procurer toutes les preuves verbales et écrites qu'ils jugeront nécessaires pour l'in­struction de la cause.

Ils devront rendre leur sentence arbitrale dans le plus court délai pos­sible et cette sentence sera finale.

Tant que dureront les débats, le patron ne pourra fermer ses ateliers et les ouvriers ne pourront cesser le travail.

Avec cette manière de procéder, les droits de chacun seront respectés et les relations entre patrons et ouvriers ne cesseront jamais d'être ami­cales. C'est en effet de l'esprit de justice et de charité chrétienne qu'il faut principalement attendre la paix et la prospérité de la société. Archevêché de Québec, le 10 janvier 1901.

CHRONIQUE (Mai 1901)

I. ROME ET L’EGLISE

La Camorra. - La Camorra a fait beaucoup parler d'elle au temps des Bourbons de Naples. C'était une société secrète, dont les agisse­ments étaient mal dissimulés. C'était en somme une société en participa­tion pour l'exploitation du chantage et de l'intimidation. Elle inspirait une telle terreur dans les derniers temps de la monarchie des Bourbons, qu'elle pouvait prélever sans rencontrer de résistance, des taxes sur tous les marchés. Les sommes perçues étaient centralisées dans la caisse de la Camorra, qui distribuait des dividendes et servait des pensions aux veu­ves et aux orphelins. La répression était d'ailleurs rare et difficile, l'ac­tion de la justice se trouvant entravée par toutes sortes de complicités. Au point de vue politique, les Camorristes n'avaient qu'un intérêt, celui de maintenir la faiblesse du gouvernement: ils se trouvaient par là même les alliés des Carbonari, parmi lesquels se rencontraient d'ailleurs un grand nombre de leurs membres.

La Camorra vit toujours à Naples et le gouvernement est impuissant contre elle parce qu'elle a su se mêler et presque s'identifier à la franc­maçonnerie, qui règne et gouverne en Italie.

Les Camorristes se soutiennent, ils se partagent les emplois de l'Etat. Ils font de la concussion à qui mieux mieux. Ils grugent souvent les ban­ques et les caisses de l'Etat et ils échappent ordinairement à toute conda­mnation.

La franc-maçonnerie en France et dans les autres nations n'est qu'une variante de la Camorra. C'est une société en participation. On se parta­ge les emplois de l'Etat et les charges électives et on les exploite. Le Pa­nama, les Chemins de fer du Sud et d'autres entreprises apportent de puissants encouragements.

La Camorra maçonnique n'aime ni l'Eglise, ni l'armée, ni la magi­strature indépendante.

L'Eglise prêche trop la morale, elle est gênante et fastidieuse. L'armée donne trop de force à l'Etat, elle est une école de droiture et de loyauté. Il faut un Etat faible et mal discipliné pour qu'on y puisse pêcher à l'eau trouble. La magistrature est une surveillante dangereuse, il faut la do­mestiquer.

Pour se donner une contenance, la Camorra maçonnique a pris le dra­peau de la libre-pensée. Cela fait bien et cela cache adroitement le but principal de la participation à la curée.

Les alliances sont toujours utiles. La Camorra bourgeoise et maçonni­que a rencontré sur son chemin la Camorra hébraïque et la Camorra so­cialiste. Celle-là a pour idéal l'exploitation des sociétés chrétiennes et pour dieu le veau d'or. Ne valait-il pas mieux s'entendre que de se disputer la curée? L'action israélite et l'action maçonnique se fusionnent dans une harmonie admirble. Les plus fins ne sont pas ceux qui croient l'être: les bons maçons bourgeois se sont livrés à la juiverie qui détient et gouverne toutes les hautes loges. La juiverie est cependant bonne mère, elle laisse une petite part de la curée aux bourgeois de la franc-maçonnerie qui veille jalousement à la garde des libertés hébraïques et qui par surcroît favorise servilement les haines de Ahasvérus contre le Christ.

Et la Camorra socialiste? Il y a chez elle des naïfs, des convaincus, les intellectuels du groupe. Ceux-là croient au communisme et au collectivi­sme. Mais la plupart des chefs sont des politiciens, une vraie Camorra. Ils veulent arriver. Ils partageront avec la Camorra bourgeoise et ma­çonnique ou même la supplanteront. Pour arriver, ils exploitent les souf­frances populaires et mettent en avant les rêveries communistes dont ils se moquent au fond comme d'une guigne.

Les trois Camorra auraient pu se faire la guerre, et cela viendra un jour. Mais provisoirement on s'accorde. On a trouvé un terrain d'enten­te. On refoulera le christianisme, disent les israélites, les chrétiens ont trop de scrupules sur l'usure, sur la spéculation, etc., et puis leur Christ! … On fera la guerre aux cléricaux, disent les francs-maçons, ils sont trop gênants pour les amateurs de la libre morale voltairienne. On embêtera les curés, disent les socialistes, ils ont trop l'air d'être les gen­darmes du capitalisme.

Le pacte durera encore un peu, tant qu'il y aura des curés à manger, puis… on se mangera les uns les autres, comme faisaient girondins et ja­cobins. Les israélites espèrent bien être les plus forts: ils ont l'argent et la presse. Mais les socialistes ont la poigne et… l'appétit, et les juifs pour­ront bien passer un mauvais quart d'heure.

En attendant, on s'entend comme larrons en foire et les catholiques paient les pots cassés.

Il en est ainsi en France, en Espagne, en Portugal, en Italie, etc.

Il faut beaucoup compter sur la Providence qui a des retours subits et inattendus; mais il faut aussi agir et se donner de la peine. Les catholi­ques se sont trop féminisés, depuis le gallicanisme, qui les a écartés de la vie sociale. Le salut est dans l'action sociale des catholiques, dans la dé­mocratie chrétienne.

A propos de la peste. - Nous sommes menacés de la peste en Euro­pe. Elle a fait périr 50,000 personnes à Bombay depuis deux ans. Elle rè­gne au Cap. On a signalé quelques cas à Buenos-Ayres, à Constantino­ple, en Angleterre.

Que Dieu nous en préserve!

On ne reverrait plus d'ailleurs les épouvantables hécatombes du XIVe siècle, parce que l'hygiène publique a fait de grands progrès.

On sait que de 1346 à 1350 la peste coûta la vie en Europe à 26 mil­lions d'hommes, soit un tiers des habitants du continent. Paris y perdit 80,000 âmes. Pour comprendre l'état de l'Europe dans cette période, il faut lire la Peste de Florence par Boccace.

Au XVIIe siècle, la peste recommença, surtout en Italie. Gênes perdit 60,000 personnes; Naples, 400,000 (la moitié de sa population). Rome, dans cette année terrible, en 1636, ne perdit que 14,000 personnes. Sa po­pulation s'élevait alors à 130,000 habitants. C'est que les Papes du XVIe siècle avaient mis Rome dans des conditions hygiéniques supérieures à cel­les de toutes les capitales d'Europe. Ils avaient ouvert de grandes voies qui traversaient toute la ville et le faubourg, notamment le Corso, la via Giulia, la via Sistina, le Borgo Nuovo, la via Ripetta, la via Babuina, la via Quiri­nale. L'aération de Rome était supérieure à celle de Naples, de Gênes, de Marseille, de Paris. Plusieurs des grandes voies allaient droit vers le Nord pour permettre à la tramontane de balayer tous les miasmes.

Plusieurs Papes, de Sixte IV à Urbain VIII, avaient établi et dévelop­pé une canalisation souterraine complète qui rappelait l'admirable systè­me d'égoûts des Etrusques dans l'ancienne Rome.

Mais c'est surtout pour les eaux que Rome est depuis le XVIe siècle dans des conditions merveilleuses. Les vieux aqueducs romains avaient été cou­pés par les barbares dans les divers sièges qu'ils firent de Rome. Les colli­nes qui n'avaient plus d'eau étaient devenues inhabitables. La population s'était portée dans l'ancien Champ de Mars au bord du Tibre.

Nicolas V en 1453 fit restaurer le grand aqueduc de l'Aqua Virgo, construit autrefois par Agrippa pour ses Thermes et qui amène l'eau de 20 kilomètres de distance. Il a son principal aboutissement à la belle fon­taine de Trevi, mais il alimente aussi les belles fontaines des places d'Espagne, Navone et Farnèse. Il ne fournit pas moins de 155,000 mè­tres cubes d'eau par jour.

Sixte-Quint, en 1583, fit amener à Rome l'Acqua Felice qui vient des sources de Colonna, dans les monts Albains et qui aboutit à la fontaine Sixtine. Cette eau rendit habitable le beau quartier des collines.

Paul V rétablit l'ancien aqueduc de Trajan, qui amène l'eau du lac de Bracciano, éloigné de 50 kilomètres, et qui se termine à la belle fontaine Pauline où les eaux se précipitent avec une abondance étonnante.

Enfin l'ancienne Aqua Marcia a été ramenée à Rome par Pie IX en 1870. Elle aboutit à la place de la Station (Termini).

Ces aqueducs donnent à Rome plus de 200,000 mètres cubes d'eau par jour. Les Romains ont dix fois plus d'eau saine et pure que les Pari­siens.

La ville restaurée par les Papes de la Renaissance vit sa population grandir rapidement. Après le fameux sac de la ville par le connétable de Bourbon et l'armée de Charles-Quint en 1527, Rome n'avait plus que 33,000 habitants. En 1600, la population était déjà remontée à 109.000. En 1700, elle comptait 141,000 habitants, et 226,000 en 1800.

Ce qui n'empêchera pas beaucoup de gens de prétendre que les Papes ne savaient pas administrer.

II. FRANCE

Les communes consacrées au Sacré-Cœur. - Pendant que certai­nes municipalités mangent du curé et proscrivent la soutane, sous l'in­fluence de la Camorra socialiste et maçonnique, d'autres se consacrent au Sacré-Cœur. C'est le contraste et c'est la vie.

Nous avons déjà cité plusieurs de ces pieuses et touchantes cérémo­nies. Décrivons-en encore une, il y en a bien d'autres.

Le 10 mars, la Commune de Plessé l'une des plus populeuses de la Loire-Inférieure - puisqu'elle comprend plus de 6000 âmes réparties en trois belles paroisses - se consacrait officiellement au Sacré-Cœur de Jésus.

A cette cérémonie assistaient officiellement, dans la vaste église de

Plessé, toute pavoisée d'étendards aux couleurs nationales: M. le comte de La Rochefoucauld, maire de Plessé, ceint de l'écharpe municipale; M. le baron de la Mothe de Carheil; M. le baron Arnous-Rivière; M. du Rostu; M. le comte de Montaigu, député de la circonscription. L'étendard du Sacré-Cœur dressait majestueusement sa hampe au bras vigoureux de M. Le Gouvello. Sous ses plis, dans une martiale attitude, étaient rangés tous les élus du suffrage universel de la commune.

Cette belle cérémonie laissera dans tous les cœurs les plus doux souve­nirs.

A Montmartre. - Nous lisons dans le Drapeau du Sacré-Cœur, organe bi-mensuel des groupes d'hommes de France voués au Sacré-Cœur et du Cercle catholique de Montmartre:

«… Jetons un regard sur la dernière année de ce XIXe siècle qui vient de finir:

24,719 adorateurs ont passé la nuit devant le Saint-Sacrement, pen­dant cette année 1900. Ce qui fait une augmentation de 1,859 présences, sur les 22,860 de l'annéee précédente.

Le Sacré-Cœur bénit visiblement cette œuvre.

Depuis cinq ans, plus de 100,000 hommes ont passé la nuit d'adora­tion à Montmartre, et si nous remontons à l'année 1881, date de la fon­dation de l'Œuvre, nous arrivons au total de 191,259 hommes.

Que la prière de ces vaillants contribue à faire contrepoids aux péchés de la France!

Conversions. - Après les conversions de François Coppée, de Bour­get, de Huysmans, de Brunetière, celle de Forain caractérise, à son tour, le travail intime qui s'opère peu à peu parmi les «intellectuels».

Les raisons de croire furent diverses: tandis que l'un était ramené vers l'Eglise par le cœur, un autre se laissait conduire par l'esprit; celui-ci re­vient par l'histoire, celui-là par l'art. Mais tous ces chemins mènent à Rome.

Cela semble aux superficiels un accident sans importance; pour ceux qui réfléchissent, il y a là un symptôme dont on ne peut nier la valeur. N'en doutons pas: ces exemples seront féconds; d'autres recrues sont «en route» pour joindre l'armée des croyants.

A l'heure où la haine maçonnique tente un nouvel assaut contre l'Eglise de France, des retours aussi précieux apparaissent, pour la Foi, comme des gages de victoire.

La grande lutte. - Nos législateurs imitent les grands ancêtres de 1791. Les orgies législatives de 1791 ont passé, et en 1800 toute la France redemandait ses prêtres et ses religieux. C'était le vœu unanime des conseils départementaux et communaux.

Il en sera de même en France dans quelques années, mais il restera des désastres irréparables. La foi aura baissé en France pour le plus grand bien de l'anarchie, et l'influence française sera ruinée en Orient et dans tous les pays de missions.

L'Espagne a perdu ses colonies parce qu'elle avait supprimé ses reli­gieux, qui étaient ses meilleurs agents d'influence. Nous envions ce bril­lant succès.

Bismark, qui n'a pas toujours été aussi heureux dans ses conceptions, exprima un jour le jugement du bon sens sur la persécution religieuse. «Je ne crois pas, disait-il, que les législateurs puissent ne pas se soucier de ce que le peuple regarde comme sacré. Je crois, au contraire, que si les législateurs aspirent à guider, ils doivent faire tous leurs efforts pour que le peuple, dans tous les actes de sa vie, s'appuie sur la foi et les bénédictions de la religion, au lieu d'étouffer sous des mesures administratives le respect dû à l'Eglise et à ses institutions, là où elles ont poussé de profondes racines dans la vie du peuple. N'oublions pas que nous vivons dans un temps qui nous a donné des preuves que, là où les libres penseurs qui se disent éclai­rés ont réussi à communiquer aux masses leur indifférence de toute reli­gion positive de sorte qu'il ne reste du christianisme qu'une sorte de mo­rale philosophique bâtarde, il n'y a plus entre les passions criminelles et la paix de la cité que les baïonnettes et la guerre de tous contre tous devient une vérité».

(Discours du 15 novembre 1849)

Notre pauvre parlement a eu quelques belles journées dans cette gran­de lutte oratoire. Quelques députés catholiques et quelques républicains modérés ont relevé l'éloquence parlementaire au niveau d'antan.

Un des discours qui ont été le plus au fond des choses a été celui de M. Lasies, qui a montré sous cette agitation l'action incessante et combinée des protestants, des francs-maçons et des juifs. Il a rappelé les maximes du Talmud qui conseille aux juifs de s'approprier les biens des chrétiens per fas et nefas.

Il ajoutait: « Je tiens le «Talmud» à votre disposition. Vous reprochez encore à l'Eglise catholique son universalité, c'est le plus grand grief que vous faites aux congréganistes. Mais, sans parler des congrégations évangéliques, il y a une autre association qui étend ses ramifications sur le monde entier, c'est l'Alliance israélite universelle, et je m'étonne que le gouvernement ni la commission ne s'en soient occupés dans leur pro­jet. Et cependant cette association offre un certain danger, car sa caisse est mieux garnie que celle des congrégations.

Cette Alliance universelle israélite, M. Zadoc-Kahn la dépeint ainsi dans ses sermons: Elle n'est pas une association de bienfaisance pure, el­le est une force puissamment organisée, elle est la grande création juive des temps modernes…

M. le rapporteur aurait pu s'inquiéter de cette congrégation. Elle donne ses ordres partout, elle poursuit partout le même but; je lis dans un appel adressé en 1868 aux juifs polonais: «Il faut que ce pays (la Gali­cie) devienne notre royaume, chassez peu à peu les chrétiens de toutes leurs positions, concentrez dans vos mains tous les facteurs de la force sociale».

En lisant ces lignes, je me demandais s'il ne s'agissait pas de la Fran­ce, où les juifs ont tout concentré dans leurs mains.

Et plus loin: «Tout ce qui est aux chrétiens doit devenir votre proprié­té. L'Alliance israélite universelle vous fournira les ressources nécessai­res; la réponse à nos appels de fonds dépasse nos espérances; des sommes considérables ont été souscrites».

Je serais dans la vérité en disant qu'il en a été de même pour arracher la France aux chrétiens». (Très bien! très bien! au centre et à droite).

III. AUTRES PAYS

Belgique. - L'action sociale catholique se continue en Belgique. Les œuvres rurales ont pris un développement merveilleux, comme le constatait une enquête récente du ministre de l'agriculture. Les Unions professionnelles, les Syndicats, les Sociétés de crédit et les Sociétés d'as­surances couvrent toutes les campagnes et elles sont presque uniquement l'œuvre des catholiques.

Heureuse nation qui n'a pas comme nous des divisions politiques in­curables!

Le clergé belge se tient au courant du mouvement social. En beau­coup de cantons les prêtres ont organisé spontanément des réunions d'études.

La grande Ligue démocratique a reçu comme une précieuse approba­tion de sa ligne de conduite l'Encyclique Graves de communi. Elle s'est em­pressée d'envoyer à la Nonciature cet acte d'adhésion:

«Ainsi que le demande Notre Très Saint Père le Pape, la Ligue démo­cratique belge s'efforcera d'exercer, comme par le passé, une bienfaisan­te action chrétienne parmi le peuple, tout en demeurant pleinement étrangère aux passions des partis qui ont pour objectif de bouleverser le régime politique établi en Belgique.

Ses membres chercheront plus que jamais à s'abstenir de tous les su­jets de discussion qui blessent et éloignent les esprits, et ils s'efforceront d'affermir l'accord des volontés entre les catholiques de toutes les clas­ses.

Les 700 associations, comprenant 115.000 membres, qui, sans exclu­sion de leurs droits respectifs, sont unies et dirigées par la Ligue démo­cratique belge, continueront, nous osons l'espérer, à marcher dans la voie de l'union et dans celle d'un sage progrès, comme elles l'on fait de­puis deux ans.

Puissent-elles mériter de plus en plus, avec la continuation de la con­fiance de NN. SS. les évêques, les encouragements du Vicaire de Jésus­Christ!».

Le Saint-Père a répondu en envoyant sa bénédiction paternelle.

Conversions aux Etats-Unis. - En Amérique, comme en Angleter­re, les conversions de protestants se continuent régulièrement, et c'est, ordinairement dans la classe lettrée et influente qu'elles ont lieu.

La Catholic Tribune de Dubuque (Iowa) publie une liste de notables convertis entrés dans l'Eglise catholique ces temps derniers.

Voici cette liste:

Le Dr Egbert Muller, un des chefs du spiritualisme allemand; M. Larramore du Maryland;

M. Thomas Cooper, d'Angleterre, un des collaborateurs les plus con­nus du «Dictionnaire de Biographie nationale» de la Grande Bretagne; Le général William Hamby, du Texas;

Le Révérend Andrew R.L. Gunn, un membre très connu du clergé épiscopal et ritualiste de la Jamaïque;

Miss Mary Theresa Hunter, d'une des plus vieilles familles protestan­tes de Plymouth, dans le Massachussetts;

Miss Helen Vaeder, de New-Haven, Connecticut;

Miss Louise Iske, d'Indianapolis, fille d'un ministre luthérien. Ces deux jeunes personnes, très connues dans les cerles mondains de leurs états respectifs, sont depuis entrées en religion, l'une chez les Domini­caines, l'autre chez les sœurs de la Providence;

M. Herbert G. Squires, secrétaire de la Légation américaine à Pékin. La Catholic Tribune annonce aussi la mort de Miss Eugénia Washing­ton qui appartenait à la famille du premier président des Etats-Unis et qui s'était convertie au catholicisme, il y a une trentaine d'années.

Italie: mouvement démocratique chrétien. - Pour mettre en ap­plication l'Encyclique Graves de communi, un grand nombre de Comités démocrates-chrétiens se sont déjà formés, notamment à Rome, à Turin, à Gênes, à Pistoie, à Frascati, etc.

Monseigneur Richelmy, archevêque de Turin et d'autres évêques ont fait leur mandement de carême sur la démocratie chrétienne. Monsei­gneur Richelmy a inauguré les réunions du Comité et lui a donné un chanoine de la cathédrale pour assistant ecclésiastique.

Le mouvement se généralise en Italie. C'était le seul moyen d'entra­ver le socialisme.

L'Italie a toujorus eu une grâce particulière pour comprendre et pour suivre les enseignements du Saint-Siège. Bon nombre de catholiques ju­squ'alors réfractaires au mouvement démocratique y entrent résolument depuis la nouvelle Encyclique. Puissions-nous voir la même conversion en France et en Belgique!

CHRONIQUE (Juin 1901)

I. ROME

Tous démocrates-chrétiens. - Un acte important vient de s'accom­plir. Il fallait mettre en branle les catholiques pour répondre au désir ex­primé pour la centième fois par le Pape dans l'Encyclique Graves de com­muni. Il fallait un acte pour marquer le commencement de l'action qui leur est demandée. Le groupe d'études sociales et le cercle de la jeunesse catholique universitaire ont demandé à l'illustre orateur jésuite, le Père Pavissich, une conférence qui marque la nouvelle étape de l'action démocratique-chrétienne à Rome.

Le Père Pavissich fait autorité à Rome. Il a prêché cette année le carê­me avec un grand succès à l'église du Gesù. C'est un conférencier éméri­te, qui n'a pas craint à Monza de tenir tête dans une réunion publique à un orateur socialiste, le député Morgari.

Le Saint-Père autorisa la conférence qui devait vulgariser les dernie­res directions pontificales et relever le nom et la doctrine de la démocratie-chrétienne dans un milieu où l'on avait jusqu'alors observé avec défiance l'action des jeunes démocrates. Il permit que la conférence ait lieu dans la grande salle de la Chancellerie.

Le cardinal Parocchi présidait la réunion avec sa bonne grâce ordinai­re. La salle était remplie de prélats, d'hommes du monde, de dames et de membres du jeune clergé.

La conférence fut superbe de style, de logique pressante et de vues éle­vées. Elle fut toute vibrante d'esprit apostolique.

Le Père Pavissich montra sans réticences la gravité du péril socialiste et il exposa les devoirs qu'ont tous les catholiques et en particulier ceux des classes supérieures de se mettre immédiatement à l'œuvre de répa­ration et de rénovation sociale.

Dans la seconde partie, il montra comment le Pape ayant accepté la démocratie-chrétienne, il ne convenait pas que les catholiques perdissent le temps à chercher un autre nom; et ce fut un applaudissement enthousiaste quand le Père termina en disant: «En conséquence, nous tous qui combat­tons dans le camp social contre le capitalisme libéral et le collectivisme so­cialiste, nous serons et nous nous dirons tous démocrates-chrétiens».

Nous l'avons dit en commençant, c'est un acte et un grand acte. Cette conférence marque une date dans le mouvement social.

La Compagnie de Jésus avait jusqu'alors montré une certaine réserve vis-à-vis de la démocratie chrétienne. Elle a donné l'exemple d'une grande docilité au Pape dans cette démonstration qu'elle vient de faire à la Chancellerie. Le Père Pavissich la représentait. Plusieurs des mem­bres les plus marquants de la Compagnie assistaient à la conférence. Le Saint-Père avait encouragé ce grand acte, et le Père Pavissich est parti pour répéter sa conférence à Bologne et dans les principales villes de l'Italie. C'est un événement.

Et de fait, comment s'appelleraient ceux qui veulent agir, s'ils ne s'appelaient pas les démocrates-chrétiens? Le Pape, dans l'Encyclique a accepté deux noms chrétiens-sociaux et démocrates-chrétiens. Chrétiens­sociaux, c'est le nom reçu à Vienne et en Allemagne. Démocrates­chrétiens, c'est le nom des agissants dans les pays latins. Laissons à cha­que famille de peuples ses formules favorites.

Pour nous, en Occident, en Italie, en France, en Espagne, en Belgi­que nous voulons agir et ne pas rester dans la catégorie des lâches et des neutres, nous serons et nous nous appellerons les démocrates-chrétiens.

Pour agir, direz-vous, il n'y a pas besoin d'un nom. - Si vous ne le prenez pas, les autres vous le donneront. En vous voyant agir, pour vo­tre honneur on dira de vous: Ceux-là ne sont ni des neutres ni des réfrac­taires, ce sont des démocrates-chrétiens.

La même note, qui a retenti à Rome d'une manière si éclatante et qui va avoir son écho dans toutes les villes d'Italie a déjà résonné aussi non moins solennellement à Turin.

Là, c'est le vénérable cardinal qui a parlé. «Mon désir formel, dit-il dans une lettre apostolique, est que dans mon diocèse tout le monde ad­mette et emploie volontiers le nom de démocratie chrétienne. J'ajoute ceci qui est plus important: tous mes frères et mes fils doivent s'enrôler dans la grande et noble armée de la sainte démocratie voulue par le Pa­pe. Sous un tel chef, c'est une fortune, c'est une gloire de combattre. Si on exécute fidèlement les ordres d'un capitaine aussi expérimenté, la victoire ne peut être incertaine. Jeunes ou vieux, clercs ou laïques, riches ou pauvres, nobles ou plébéiens, tous nous devons être démocrates-chrétiens. Tous par la parole ou par la plume, par le travail ou par l'argent, surtout par la prière, par l'action, par le sacrifice, nous devons hâter l'accom­plissement des vœux du Pape… Avant l'apparition de l'Encyclique Gra­ves de communi, on pouvait peut-être prétexter quelque excuse légitime pour se croire dispensé de participer aux travaux de la démocratie chré­tienne. Maintenant plus d'excuse. Le Pape a parlé si clairement, si pa­ternellement, il a démontré qu'il était si facile à tous de coopérer au juste relèvement des classe populaires, que refuser serait prouver peu de bon­ne volonté…».

Donc, c'est entendu: tous nous devons être démocrates-chrétiens, plus encore par les œuvres que par le nom. Nous devons coopérer de toutes maniè­res, par la parole, par l'action, par l'argent, par la prière, par le sacrifi­ce, au relèvement des classes populaires.

Saint Joachim. - La belle église de S. Joachim, offerte au Saint­Père par les souscriptions du monde entier, est en voie d'achèvement. Ce sera une des plus belles de Rome et une des mieux réussies du XIXe siècle.

Le style est celui des anciennes basiliques, avec une coupole en plus au-dessus du maître-autel. A l'extérieur, elle présente son portique aux nobles proportions avec ses colonnes de granit; la mosaïque de son fron­ton représente les nations catholiques aux pieds du Saint-Sacrement. La coupole en aluminium s'élève légère et gracieuse et fait rayonner ses re­flets d'argent.

A l'intérieur, le bijou de l'église est son trône eucharistique. Il s'élève derrière le maître-autel dans le mystère d'une demi-lumière tamisée par des vitraux aux teintes d'or et d'azur. Il rappelle les splendeurs du lit de Salomon. Il est entouré de colonnes d'albâtre et de marbres précieux.

Chacune des chapelles de l'église est assignée à l'une des nations ca­tholiques et décorée par les souscriptions de cette nation. Quatre chapel­les seulement ont leur décoration terminée. Les Etats-Unis n'ayant pas encore donné de saints à l'Eglise ont représenté les grands patrons qu'ils invoquent, la Sainte Vierge, S. Joseph, S. Michel, S. Georges.

La Pologne a une gracieuse chapelle ornée de peintures historiques où se voient au centre la sainte reine Hedwige en son palais et sur les côtés S. Stanislas, évêque et S. Stanislas, jésuite protégeant les armées polo­naises à la guerre.

La chapelle irlandaise est peinte dans un beau ton clair par Gagliardi.

Le tableau de l'autel représente S. Patrice entouré d'un groupe de saints irlandais; sur les côtés, S. Colomban et d'autres saints.

La chapelle la plus gracieuse est celle de la Hollande. Elle est peinte par Palombi dans le style pieux et riche des préraphaélites. Le peintre a étudié les maîtres de l'école ombrienne, Pinturichio, Botticelli, Gentile de Fabriano. Au tableau d'autel, S. Willibrord est consacré archevêque d'Utrecht par le Pape Serge ler. Au-dessus, S. Servais reçoit du chef de l'Eglise la clef symbolique qui contient une parcelle des chaînes de S. Pierre. Sur les côtés, les martyrs de Gorkum et S.te Ludwine de Schi­dam. Sur les pilastres de l'entrée, les deux grands écrivains mystiques, Thomas a Kempis et Denys-le-Chartreux.

La chapelle française et la chapelle belge attendent les souscripteurs.

II. FRANCE

Les angoisses des fidèles. - L'avenir est bien sombre, les mauvais instincts se développent. On peut tout craindre: persécutions, anarchie sociale, révolution, essais de communisme.

Comme dans toutes les périodes difficiles, les hommes de foi prient et continuent leurs bonnes œuvres. Quelques-uns scrutent les prophéties. L'apocalypse semble placer notre époque au sixième âge du monde, ca­ractérisé par la lettre à l'évêque de Philadelphie, le sixième sceau du li­vre mystérieux, la sixième trompette, le sixième calice.

Cette sixième époque a deux périodes: la période révolutionnaire qui s'achève et la période de la restauration des droits de Dieu.

Pie IX et Léon XIII ont renouvelé la proclamation des droits de Dieu sur l'humanité et sur les nations. Mais comment ces droits seront-ils re­connus et relevés? Quelque grand châtiment providentiel viendra nous assagir. C'est la moisson annoncée par S. Jean: Mitte falcem tuam et mete, quia venit hora.

De pieux écrivains recherchent aussi les prophéties modernes. On rappelle celles des Vénérables Elisabeth Canori et Marie Josèphe des Sacrés-Cœurs; celles de Anne-Marie Taïgi, celles des Vénérables del Bufalo et Clausi. Tou­tes annoncent un grand châtiment prochain. La Vénérable Marie Josèphe des Sacrés-Cœurs nomme formellement la peste, après laquelle S. Michel enchaînerait les démons et l'Eglise aurait une période de paix.

Nous ne voulons nous prononcer ni sur l'interprétation de l'Apoca­lypse ni sur les prophéties privées.

Une seule chose est sage, prier, se convertir, se dévouer à toutes les bonnes œuvres conformément aux directions du Souverain Pontife.

L'éducation de l'avenir. - Les familles peuvent juger de ce que prépare à leurs enfants le monopole universitaire par la révélation sui­vante que nous empruntons au Journal des Débats:

«Connaissez-vous la «Fédérale socialiste révolutionnaire des lycées, collèges et écoles supérieures?». C'est une Ligue fondée il y a quelques mois dans le double but d'unir les socialistes des écoles et de répandre dans ces mêmes écoles les théories révolutionnaires. Et afin qu'aucun doute ne pût subsister sur la portée de ces théories, les promoteurs de la Ligue ont pris soin de les préciser dans un manifeste.

«Considérant que la religion n'est que l'apologie des traditions réac­tionnaires…; considérant que l'idée de patrie ne fait que perpétuer une haine injustifiable entre les peuples…; considérant que le capitalisme ex­ploite le travail…; nous voulons combattre ces trois fléaux de l'humani­té, Religion, Patrie, Capital». Quant aux moyens, ils devront être de deux sortes: la distribution de brochures et de livres bien choisis, et l'or­ganisation de réunions où seront discutées les doctrines.

Point n'est besoin d'insister sur ce qu'il y a d'odieusement ridicule à voir des enfants se lancer dans des discussions dont ils peuvent à peine entrevoir la portée et qui soulèvent des problèmes redoutables. Nous ne voulons pas rechercher non plus quel rôle des professeurs, oublieux de leurs devoirs, s'efforcent parfois de jouer dans de pareilles entreprises.

Il suffit de signaler l'existence de la Fédérale socialiste révolutionnaire des lycées et collèges pour soulever l'indignation de tous les gens sensés et pour montrer que les socialistes, désireux de propager leurs doctrines de haine, ne reculent devant rien, puisqu'ils en viennent à ne plus même respecter la conscience des enfants».

III. AUTRES PAYS

Belgique. - L'Encyclique Graves de communi va être l'occasion d'un beau développement de l'action catholique en Belgique. Plusieurs com­mentaires en ont été donnés dans des revues, des journaux et des bro­chures. Nous avons goûté particulièrement ceux du chanoine de Gryse et du R.P. Vermeersch.

Nous sommes très habitués, remarque avec beaucoup de bon sens M. de Gryse, à voir dans les documents pontificaux faire l'éloge de l'union, de la charité, de la discipline et ainsi de suite. Nous ne sommes pas habitués à entendre inculquer aux classes supérieures, avec la clarté et la solennité qu'y met l'Encyclique, le devoir strict de prendre part à l'action chrétienne populaire, autrement que par des aumônes manuel­les, plus ou moins abondantes. Voici ces graves paroles:

«Il faut surtout faire appel au concours bienveillant de ceux auxquels la naissance, la fortune, le talent et l'éducation assurent dans la société une influence prépondérante. A défaut de ce concours, c'est à peine si l'on peut tenter quelque chose de sérieux, pour promouvoir, comme on voudrait, les intérêts du peuple. Et certes, le but sera atteint d'autant plus vite et plus sûrement que les citoyens les plus distingués seront nom­breux et ardents à y travailler de concert. Que ceux-ci veuillent bien réfléchir qu'ils ne sont pas libres de se préoccuper ou de se désintéresser à leur gré du sort des petits, mais qu'un rigoureux devoir les lie. Nul, dans la société, ne vit pour lui seul: il s'y trouve encore pour le bien commun. Si les uns sont hors d'état d'apporter au bien général leur part contributive, c'est aux au­tres, qui le peuvent, d'y suppléer par une plus large intervention. L'éten­due de ce devoir se mesure à la grandeur des biens reçus.

Plus Dieu s'est montré libéral dans ses dons, plus il sera rigoureux dans le compte à lui rendre. D'ailleurs, ce torrent de maux, qui, s'il n'est détourné à temps, va se déchaîner un jour sur toutes les classes de la société pour les accabler toutes, ne nous avertit-il pas que déserter la cause de la classe souffrante, c'est faire preuve d'imprévoyance pour soi­même et pour la patrie?».

Ou nous nous trompons fort, ou il serait difficile d'alléguer un document pontifical où le devoir des classes supérieures, en matière sociale, soit tracé plus clairement et inculqué plus profondément. Espérons que cette grave parole du Pape n'aura pas le sort de la pierre que l'on jette dans une eau dormante, qui y produit quelques rides concentriques, mais voit se fermer sur elle l'onde douce, et revenir planer sur le tout le silence et l'oubli.

Ou se dévouer ou périr, écrit un correspondant du Bien public, c'est la saisissante conclusion du récent commentaire du R.P. Vermeersch sur l'Encyclique Graves de communi.

Permettez-moi, ajoute-t-il, de revenir, en peu de mots, sur cette solen­nelle alternative en m'appuyant sur le texte même de l'enseignement pontifical.

«Oui, la situation le réclame, le réclame à grands cris, il nous faut des cœurs entreprenants et des forces unies».

Remarquons que le Saint-Père répète le mot, clamat (crie); il insiste donc avec instance.

Et où trouver cette force?

«Dans le concours bienveillant de ceux auxquels la naissance, la fortu­ne (les riches entrent d'abord en ligne de compte) le talent et l'éducation assurent dans la société une influence prépondérante».

A défaut de ce concours, c'est à peine si l'on peut tenter quelque chose de sérieux pour promouvoir les intérêts du peuple», ajoute le Saint-Père plus loin.

Je ne me crois pas autorisé à commenter le texte si lucide de Léon XIII et je passe à une citation suivante.

«L'action chrétienne populaire, doit grandir et s'étendre et il faut qu'elle puisse compter sur des dévouements plus nombreux et disposer de plus de ressources».

Et le Saint-Père dit aux indifférents et aux oisifs:

«Que les citoyens les plus distingués veuillent bien réfléchir qu'ils ne sont pas libres de se préoccuper ou de se désintéresser à leur gré du sort des petits, mais qu'un rigoureux devoir les lie».

Au péril social répond donc un devoir social, qui se mesure, comme l'aumône, par une nécessité ordinaire, une grande nécessité et une né­cessité extrême.

Sommes-nous en la période de crise sociale, que nous traversons, dans la nécessité extrême?

Je laisse parler le Saint-Père et j'abandonne la conclusion à vos lec­teurs.

«Les funestes perturbations tiennent suspendues sur nos têtes leurs épouvantables menaces, surtout en raison de la force croissante des so­cialistes».

Et plus loin: «Le salut de la société est en jeu…».

Or, le Saint-Père demande des ressources et des hommes. Il dit à ceux qui sont en haut: «Descendez pour que ceux qui sont plus bas n'aillent pas jusqu'à s'élever contre toute la classe dirigeante!».

Puis-je finir avec une pensée de mon cher Veuillot?

«Le riche et le pauvre, depuis longtemps, sont devenus ennemis. Comment finira le combat?

Par l'abolition de la pauvreté! Non.

Par l'abolition de la richesse! Pas davantage!

Ce combat finira par le retour de la richesse aux devoirs que Dieu lui impose».

L'Eglise catholique aux Etats-Unis. - Le Catholic Directory, qui vient de paraître à Milwaukee, donne les renseignements suivants sur la situation de l'Eglise catholique aux Etats-Unis à la fin de l'année 1900.

Le nombre des catholiques des Etats-Unis s'élevait à cette époque à 10.774.932. La hiérarchie ecclésiastique comprenait 13 archevêques, dont un cardinal, et 80 évêques; le plus grand diocèse est celui de New­York avec 1.200.000 âmes, le plus petit celui de Charlestown avec 3.500.

On comptait 11.987 prêtres catholiques, dont un tiers, 3.010, appar­tient aux ordres religieux; parmi ceux-ci, les jésuites, les bénédictins, les franciscains et les rédemptoristes sont les ordres les plus importants.

Le nombre des églises était de 10.427.

Le Directory cite 8 «universités» catholiques. Il s'agit plutôt d'athé­nées et d'écoles supérieures dont aucune ne correspond parfaitement à ce que nous appelons en Europe université. Il y avait en outre 76 sémi­naires avec 3.395 élèves, 183 «collèges» (établissements d'enseignement moyen du degré inférieur) et 677 «académies», c'est-à-dire établisse­ments d'enseignement moyen pour filles.

Le nombre des écoles paroissiales était de 3.812 pour 10.427 paroisses; elles étaient fréquentées par 903.980 élèves. En tout, les écoles et établisse­ments d'instruction catholiques étaient fréquentés par 1.055.632 élèves.

On comptait encore parmi les institutions catholiques, 247 orphelinats avec 35.081 élèves et près de 900 autres institutions charitables. L'annexion des Philippines et de Porto-Rico a fait passer sous le gou­vernement des Etats-Unis 7 millions et demi de catholiques, de sorte que le nombre des catholiques vivant actuellement sous les lois de l'Union américaine est d'environ 18 millions et demi.

CHRONIQUE (Juillet 1901)

I. ROME

Les Œuvres à Rome. - Dans le bulletin du Cercle de Saint-Pierre du mois de mars, il y a la Relation, lue dans l'Assemblée générale au commencement du même mois, par le secrétaire du Cercle, sur les œuvres accomplies pendant l'année qui vient de s'écouler. Elles compren­nent principalement l'assistance donnée sous diverses formes aux pèle­rins venus à Rome pour l'Année Sainte: les cuisines économiques, au nombre de six, dans lesquelles on distribua, en tout, 240.000 portions de soupe et d'autres mets; l'œuvre de la Garde-robe pour les pauvres et celle des Dortoirs économiques qui dans plusieurs locaux abritent au moins 250 pau­vres chaque nuit; le Secrétariat du Peuple, l'école de catéchisme, l'oratoire, le patronage pour le dimanche, la préparation des petits enfants à la pre­mière communion, la Congrégation des jeunes gens au Celius, les exer­cices spirituels à Ponte Rotto, la publication de petites feuilles contenant les Evangiles des Dimanches et se distribuant le Dimanche à la messe dans les églises, cette publication s'est même répandue à l'extérieur; les confé­rences du soir, le collectionnement de timbres pour les Missions de l'Erythrée et enfin l'Assistance religieuse, morale et civile dans la campagne ro­maine. Pour cette œuvre, on a rouvert au culte, dans diverses localités de la campagne romaine, quatorze chapelles dont quatre sont desservies aux frais du Cercle, et l'une fut presque complètement rebâtie. Ce sont des exemples de la rare activité du Cercle de Saint-Pierre, et c'est avec joie que nous les signalons à l'admiration de nos lecteurs.

Causes de Canonisation. - Les causes de canonisation actuellement pendantes, près la Sacrée Congrégation des Rites, sont au nombre de 285. Elles s'échelonnent du XIVe au XIXe siècle.

Il y en a 2 du XIVe siècle, 3 du XVe, 16 du XVIe, 70 du XVIIe, 64 du XVIIIe; 130 causes appartiennent au seul XIXe siècle.

Le clergé séculier en fournit 31; le clergé régulier 241 et les simples fi­dèles 12. Parmi ces dernières, nous remarquons celles de la vénérable Jeanne d'Arc et de la vénérable Anna-Marie Taïgi, et aussi les causes de deux reines, Marie Stuart d'Ecosse et Marie Christine de Savoie, reine des Deux-Siciles, morte en 1836.

II. FRANCE

La persécution. - Le Sénat est aussi sectaire que la Chambre, il supprime la liberté religieuse. Les persécutions passent et les libertés re­naissent.

Les défenseurs éloquents n'ont pas manqué à la liberté. Après le Pa­pe, évêques, députés, écrivains, orateurs ont défendu avec autant d'éclat que de logique les droits de Dieu, de l'Eglise et des âmes.

Les religieux voués aux œuvres actives étaient plus faciles à défendre, les bienfaits qu'ils apportent à la société éclatent à tous les yeux. Il est plus difficile de faire comprendre au grand public l'importance des œuvres contemplatives. M. Brunetière l'a fait dans un discours magnifique prononcé à l'Université catholique d'Angers.

Supposez l'Eglise jouissant, dans la vie, de la plénitude d'expansion, a dit à ce propos M. Brunetière, nous n'aurions pas, ou bientôt nous n'au­rions plus l'agaçante question du féminisme. Et la question de la réhabi­litation de l'homme, de la femme surtout après la faute publique, le dé­shonneur, par qui a-t-elle été jamais résolue, sinon par les congrégations religieuses! Et la fameuse question de la solidarité? Pour ne pas pronon­cer d'autre mot à désinence chrétienne, nous voyons de nos hommes d'Etat, et non des moins considérables, qui ont de la solidarité «plein la bouche». Et les mêmes ricanent quand nous parlons des carmélites dont la prière et les austérités couvrent les fautes des autres hommes. Il fau­drait pourtant s'entendre sur les mots.

Il y a solidarité quand les parents mangent le raisin vert et que les en­fants en ont les dents agacées; quand un homme dépense et que l'autre paie à sa place; quand l'aïeul construit et que son travail profite aux petits-enfants et à leurs enfants qui possèdent et habitent la maison. Et tandis que vous n'imaginez pas la plus belle, la plus étendue, la plus sa­lutaire de toutes, celle qui unit entre eux tous les vivants et les vivants avec les morts. Si dans la vie de l'humanité vous proclamez la nécessité et si vous exaltez les bienfaits de la solidarité, de quel droit prétendez­-vous la bannir de la vie de l'Eglise? C'est ce que vous faites pourtant par vos distinctions, en décidant que l'Eglise doit se contenter d'ordres actifs et amputer ses ordres contemplatifs.

La fête de l'Encyclique. - Il y a dix ans déjà que Léon XIII nous a donné l'Encyclique Rerum Novarum. L'apparition de cette Encyclique re­stera comme un des faits culminants du XIXe siècle. Le monde est fait pour le Christ et pour l'Eglise: Omnia propter Christum. Le monde, de gré ou de force, est conduit par l'Eglise. C'est le développement du dogme chrétien qui détermine le vrai progrès du monde. Or, au XIXe siècle, le fait dominant dans l'enseignement de l'Eglise est la détermination du dogme social par les lettres et constitutions de Pie IX et de Léon XIII et en particulier par l'Encyclique Rerum Novarum. Toute la réorganisation sociale, qui se fera au XXe siècle, aura eu son point de départ dans cette Encyclique.

On l'a bien compris là où la vie catholique est intense, comme en Ita­lie et en Belgique. Aussi on vient de fêter magnifiquement à Rome, à Milan, à Gênes, à Bruxelles, à Anvers, à Liège, à Gand, le dixième an­niversaire de l'Encyclique.

Paris a eu aussi une belle réunion qui s'est tenue aux œuvres de Plai­sance, et où on a entendu M. Lerolle, M. Lemire, M. Marc-Sangnier. Cependant la France n'a pas fait assez, ni pour cet anniversaire, ni pendant toute la période décennale qui vient de s'écouler. A qui en re­vient la faute? Le journal «Le Peuple français» essaie une explication qui a du vrai, nous la reproduisons.

«Une chose m'étonnera toujours, c'est qu'un mot d'ordre comme ce­lui que donnait le Saint-Siège ait été négligé par ceux-là même qui avaient mission de le transmettre.

Je m'explique. L'encyclique Rerum Novarum se présentait comme le nouveau code des réformes sociales; elle devait inspirer tous ceux qui, par état, ont la mission d'instruire les sociétés et de promulguer les en­seignements que donne la plus haute puissance morale qui soit en ce monde: les enseignements des papes ont toujours une opportunité incon­testable.

Oh! si vous avez la curiosité d'aller entendre quelquefois, durant le carême, nos prédicateurs, dites-moi, je vous prie, ce que vous en retirez. Tel religieux en vogue nous parle de l'évolution et de ses dangers comme doctrine scientifique; un autre fait l'exposé des dogmes et parle comme un docteur en Sorbonne; celui-ci est fertile en anecdotes et vous raconte des choses qui vous donnent la chair de poule; celui-là vous entretient de dévotions qui ont leur mérite mais que vous connaissez depuis que vous avez l'âge de raison. Dans tout cela où est l'écho de la voix du grand pontife qui réclame des réformes impérieuses pour une société qui mena­ce de tomber en ruines. Elle demeure solitaire. On ne semble pas se dou­ter que le captif de Rome a poussé un cri, et que ce cri est celui de la li­berté. Et nos prédicateurs continuent à charmer nos oreilles par des su­jets qui leur laissent éminemment un caractère d'originalité et de per­sonnalité; aucun ne songe que l'Evangile se continue dans les enseigne­ments des papes et que commenter ce qu'ils disent, serait encore le meil­leur moyen d'assurer la route de l'insubmersible barque que dirige le grand pilote de ce monde.

Si chacun donnait son coup de rame dans le sens de la barre, comme les choses iraient vite!

L'éducation du peuple, comme celle de la bourgeoisie, n'est point fai­te par la prédication; voilà ce qu'il faut reconnaître. Depuis dix ans elle le serait si on avait pris soin de l'instruire sur des principes que Léon XIII lui-même n'a pas dédaigné d'enseigner.

On se plaint du peu d'actualité que présentent généralement les prédi­cations. Pour y remédier, le moyen est très simple. Il suffit d'écouter la voix de Rome et de la faire connaître; il suffit d'être les véritables colla­borateurs de la papauté et non ses admirateurs platoniques».

Paray-le-Monial. - Paray a revu dans ce mois de juin, tout le mou­vement des plus belles années: pèlerinages nationaux de Paris, de Mar­seille, de Lyon, etc.; pieuses processions dans le jardin de la Visitation, ouvert aux pèlerins par la bienveillance de son Eminence le cardinal Per­raud; visites au sanctuaire de Notre-Dame de Romay.

Il y a tant à prier, tant à demander à Dieu pour l'Eglise et pour la France!

Le Sacré-Cœur nous a promis une ère de paix et de grâce sous son rè­gne, mais il faut nous y préparer, et si la pénitence volontaire est insuffi­sante, Notre-Seigneur permettra que nous soyons purifiés par quelques persécutions.

Gardons fermement notre foi et notre confiance. Le Sacré-Cœur de Jésus régnera malgré ses ennemis, malgré nous-mêmes et non défaillan­ces. Efforçons-nous cependant de hâter son règne par notre conversion et notre générosité.

III. AUTRES PAYS

Hollande: le Sacré-Cœur à Bergen-op-Zoom. - Les Pères du Sacré­Cœur viennent de fonder une école apostolique à Bergen-op-Zoom. Elle compte six élèves, pour ses débuts, elle en aura vingt au mois d'octobre.

Bergen-op-Zoom est une gracieuse ville du Brabant septentrional. El­le est située sur une sorte de fiord qu'on appelle encore l'Escaut, mais qui est un véritable golfe maritime.

L'Escaut, dont la source, au pays de Saint-Quentin, a été poétisée par les beaux vers de Santeuil, va donc mêler ses eaux à la mer près de Bergen-op-Zoom. Ainsi l'Institut du Sacré-Cœur, parti de Saint-­Quentin, a déjà poursuivi jusqu'à Bergen la série de ses fondations vers le Nord.

Bergen-op-Zoom est une ville de 14.000 âmes. Elle a diverses usines: fonderie, distillerie, sucrerie. Elle fait un grand commerce d'huîtres. Elle a de belles huîtrières, grands bassins où se fait la culture du crustacé.

Nos lecteurs savent-ils comment se fait la pêche des huîtres? C'est fort original. La ville de Bergen a construit le long de la mer un quai pavé de briques et légèrement incliné, sur lequel les eaux de la mer montent à la haute marée. Avant la marée, les pêcheurs disposent sur le quai des tui­les enduites de chaux. Les huîtres portées par les vagues sont déposées sur ces tuiles et leurs coquilles se soudent à la chaux, elles sont donc pri­sonnières. On les transporte dans les bassins quand la marée a baissé.

Le port de Bergen est assez achalandé. Les bâtiments y entrent et en sortent à marée haute. C'est sur le port, op de Kaai, que les Pères du Sacré-Cœur vont transporter leur école établie auparavant dans la rue de Wouw.

Bergen a été longtemps une place forte. Elle passait pour imprenable. Les Français cependant l'ont prise en 1717, sous Louis XV. Ils étaient commandés par un prince danois, le maréchal de Lowendahl. Elle a en­core une forte garnison hollandaise, et la maison que les Pères du Sacré­-Cœur vont y occuper sur le quai, servait jusqu'à ces derniers jours aux Bureaux de l'Etat-major.

Les anciens remparts ont été transformés en magnifiques jardins, avec pièces d'eaux, arbres séculaires et massifs de fleurs. Aucune ville de 15.000 âmes n'a d'aussi luxueuses promenades. Une petite rivière, la Zoom, fournissait l'eau aux fossés de la ville. Bergen est donc sur la Zoom. Elle a joué sur ce mot pour former sa devise héraldique. Sur la Zoom, cela se traduit librement en latin par supersum, ce qui veut dire: je survis ou je domine, de là la belle et fière devise: Mille periculis supersum ou J'ai' triomphé de mille dangers.

Bergen est plus qu'aux deux tiers catholique. Les protestants ont con­servé cependant la grande église du XIVe siècle, qui est une des plus bel­les de la Hollande, mais ils l'ont adaptée à leur petitesse, en la découpant de manière à y loger deux sectes calvinistes avec leurs salles de prêche et les appartements des pasteurs.

Les catholiques ont une vaste église du XVIIe siècle, modeste de style, riche de marbres et de peintures. Sa plus belle décoration est la grande masse des fidèles qui la remplit le dimanche et qui déborde sur le vaste parvis. Les catholiques de Bergen ne connaissent pas l'indifférence reli­gieuse.

La commission des beaux-arts a restauré, il y a quelques années, une tombe princière du XVe siècle, qui se trouve dans le temple calviniste. L'architecte de l'Etat a rétabli sur la tombe l'ancienne statue de la sainte Vierge. Les calvinistes scandalisés ont laissé longtemps la statue couver­te d'un voile, ils viennent de se décider cependant à lui laisser voir le jour.

Une ancienne chapelle franciscaine sert aussi de temple luthérien. Les catholiques ont de belles œuvres, écoles de Frères et de Sœurs, hospice, orphelinat, cercle d'ouvriers.

Au point de vue artistique, outre la grande église, massacrée par les calvinistes, il y a une curieuse caserne de style gothique du XVe siècle et l'hôtel de ville dans le style de la renaissance flamande du XVIIe siècle.

Le presbytère est un vrai musée, il a plusieurs peintures de l'école de Rubens et de Van Dyck, un Téniers, un Van Ostade et surtout six pan­neaux gracieux de fleurs et fruits peints par Frédricks, qui pourraient ri­valiser avec les Breughel et les Van Huysum. La Hollande a le culte des fleurs dans l'art comme dans les jardins.

La Hollande, comme tant d'autres régions, perd ses costumes origi­naux. Dans un demi-siècle le monde entier sera malade du spleen, causé par l'ennui que donne l'uniformité. Les tailleurs de Londres et de Paris feront la loi jusqu'aux bords du Congo et du Fleuve jaune.

Une province de Hollande a mieux résisté que les autres à l'envahisse­ment des modes parisiennes, c'est la Zélande, ou terre de la mer, la pro­vince composée des îles de Walcheren, Beveland, Schouven, etc., entre les bouches de la Meuse et de l'Escaut. La Zélande est en face de Bergen-op-Zoom, au délà de l'Escaut. Les femmes de la Zélande vien­nent à Bergen pour le marché, j'ai pu y admirer leurs coiffures, dans les­quelles elles mettent toute leur coquetterie. Elles imitent les casques d'or des Césars et les couronnes féodales. Elles varient leurs coiffures d'une paroisse à une autre, avec la fécondité d'imagination d'un Téniers ou d'un Breughel. C'est encore une des curiosités de l'Europe. Ces femmes feront bien de tenir bon et de mettre à l'index les journaux de modes de Paris et de Bruxelles.

Terminons cette note en formant les meilleurs vœux pour le dévelop­pement de l'œuvre du Sacré-Cœur à Berg-op-Zoom. Cette maison nous donnera des missionnaires pour l'Afrique et des apôtres pour les provinces calvinistes du Nord de la Hollande.

La bienveillance du docte évêque de Bréda et du vénérable doyen ju­bilaire de Bergen est pour l'œuvre une garantie de prospérité.

Mauvaises nouvelles de l'Equateur. - Nous empruntons les lignes suivantes à une correspondance de Quito:

Dans sa dernière session notre Chambre avait annulé les deux décrets par lesquels la nation équatorienne avait consacré la République au Sacré-Cœur de Jésus et à Notre-Dame de la Miséricorde.

Il ne faut donc pas s'étonner si, après un pareil vote, presque toutes les Congrégations religieuses enseignantes ont été expulsées. Les fils du grand apôtre du XIXe siècle, les Salésiens de Don Bosco, qui dirigeaient les écoles des arts et métiers ont été arrachés à leur demeure au milieu d'une nuit orageuse, sans avoir d'autres effets que ceux dont ils avaient pu se munir à la hâte. Ils ont été conduits, à pied, à travers des régions montagneuses, escortés par une quarantaine de soldats mécréants à che­val. Un jeune prêtre salésien, le R. P. Melann, est mort de faim et de fa­tigue au cours de ce douloureux voyage, qui a duré un mois.

Les Frères des écoles chrétiennes qui étaient chargés de presque toutes les écoles élémentaires dans les villes et les capucins qui se consacraient aux missions parmi les Indiens civilisés ou semi-barbares, ont, eux aussi, été expulsés du territoire équatorien.

Que peut-on attendre d'autre de la part d'un cabinet où se trouvent deux ex-religieux apostats, dont l'un, Moncayo, fut un des assassins de l'illustre Garcia Moreno, cabinet qui a pour chef un instrument à tout faire de la Franc-Maçonnerie, le brutal général Alfaro?

CHRONIQUE (Août 1901)

I. ROME

La statue du Rédempteur au Vatican. - Nous avons parlé déjà plusieurs fois dans la Revue des vingt monuments élevés sur divers som­mets en Italie par le comité du Solennel hommage au Christ Rédempteur des siè­cles.

Or il est à Rome un sommet sacré où habite le Vicaire de Jésus­Christ, c'est le Vatican. Il ne pouvait manquer d'avoir sa statue. Elle a été inaugurée en la fête du Corpus Domini. Cette statue est l'œuvre du sculpteur Aureli; nous avons pu l'admirer naguère dans les ateliers de l'artiste.

C'est le roi éternel des siècles. Rex Regum et Dominus dominantium, que le sculpteur a représenté; la main gauche du Sauveur tient sur sa poitri­ne le livre aux sept sceaux, tandis que, d'un geste majestueux et souve­rain, sa main droite lève le sceptre royal surmonté du globe terrestre que domine la croix.

Cette statue du roi des siècles est due à une souscription des commer­çants et industriels catholiques du monde entier. L'initiative a été prise par l'«Université primaire romaine des commerçants et industriels ca­tholiques»; l'œuvre a pu être menée à bon terme, grâce surtout au zèle de Mgr Straniero, assistant ecclésiastique de l'association.

Le Pape lui-même avait bien voulu désigner la place ou s'élèverait la statue: au deuxième étage des galeries qui entourent la cour de Saint­Damase, se trouve la loge décorée sous Pie IX par Alexandre Montovani. Ce bras est tout contre la grande salle Clémentine et fait pour ainsi dire partie des appartements pontificaux. Pie IX et Léon XIII vinrent souvent s'y promener. C'est là que Léon XIII a fait placer la statue d'Aureli.

Le Saint-Père a présidé lui-même à l'inauguration. Il a exprimé sa consolation de voir une élite de catholiques lui apporter en réparation de l'incrédulité moderne, au milieu des périls qui entourent la religion, ce don mystique, symbole de leur foi et de leur piété.

Puis il a donné au sculpteur les éloges qui lui étaient dus, et il a eu des paroles pleines de paternelle affabilité pour les commerçants qui lui ont été présentés accompagnés de leurs familles.

Sur le piédestal de la statue, est gravée l'inscription suivante, que le Pape lui-même a bien voulu dicter:

JESU CHRISTO DEO

RESTITUTAE PER IPSUM SALUTIS

ANNO MCMI

MERCATORES CATHOLICI

AUSPICE SODALITATE MERCATORUM

ROMANA PRINCIPE

«A Jésus-Christ notre Dieu, en l'an du salut 1901, les Commerçants catholiques, sous les auspices de l'Association primaire du commerce de Rome».

C'est là un nouveau témoignage de la faveur que l'Eglise a toujours accordée à la vie corporative.

Les démocrates chrétiens d'Italie. - Voilà six mois à peine qu'a paru l'Encyclique Graves de Communi et ses fruits sont déjà manifestes en Italie.

La masse des catholiques et des prêtres italiens a puisé dans les ensei­gnements et les directions du Pape une nouvelle ardeur; l'immense ma­jorité a pris sans difficulté le drapeau de la démocratie chrétienne. Une dizaine d'évêques au moins ont adopté ce même sujet pour leur mande­ment de carême.

La grande œuvre des Congrès et des Comités catholiques laisse une féconde initiative à sa section d'économie chrétienne dont les principaux membres, MM. Toniolo, Medolago et Rezzara sont connus bien au­delà des Alpes.

Ceux-ci ont publié un document important relatif à l'organisation professionnelle. Le président général de l'Œuvre des Congrès, M. Pa­ganuzzi a donné toute l'autorité de l'Œuvre à ce document en l'annon­çant en ces termes dans une circulaire générale: «Il faut que la nouvelle ardeur dont sont animés tous les Italiens depuis l'Encyclique Graves de Communi produise tous ses fruits. Aussi le conseil directif désire qu'on apporte à l'action sociale des soins très particuliers. C'est pourquoi le deuxième groupe permanent «Charité et Economie sociale chrétienne» est chargé de publier des directions précises qui guideront et stimuleront les catholiques italiens, principalement dans ce travail pratique, néces­saire pour traduire en actes les enseignements contenus dans l'Encycli­que elle-même».

Les groupes anciens acceptent donc et favorisent l'action nouvelle de la démocratie chrétienne.

Nous avons parlé déjà de la belle fête de l'Encyclique, célébrée dans la plupart des villes d'Italie par les groupes démocratiques chrétiens. Ajou­tons qu'à Rome un affichage général a doné à cette fête un grand reten­tissement.

II. FRANCE

Les causes de canonisation. - Nous parlions dans notre dernier nu­méro des causes de canonisation aujourd'hui pendantes à Rome et dont la liste vient d'être publiée.

Ajoutons aujourd'hui que la France y a sa large part.

Le grand nombre de pieux personnages que le siècle dernier a vu éclo­re chez nous est un des motifs qui doivent nous inspirer quelque espé­rance relativement à la France si éprouvée de nos jours.

Parmi les causes françaises introduites à Rome en vue de la canonisa­tion, que de noms glorieux!

Ce sont d'abord les seize Carmélites de Compiègne, qui montent à l'échafaud en chantant le Magnificat après avoir demandé la bénédiction de leur prieure. Le couperet de la guillotine interrompt ce chant subli­me, mais les victimes le continuent dans le ciel. Ce sont les Ursulines de Valenciennes, les Filles de la Charité d'Arras, qui montrent dans la mort la même piété et le même courage.

Nous y saluons aussi le saint évêque d'Arles, Mgr Du Lau, les deux la Rochefoucauld, évêques de Saintes et de Beauvais, et leurs compagnons, massacrés aux Carmes, en 1792. Et dans des temps plus rapprochés de nous, les martyrs de la Commune.

Non, la sainteté n'est point morte dans l'Eglise: par-dessus tous les autres pays, la France nous en offre une moisson dont elle a lieu d'être fière.

Une publication faite par Mgr Canori substitut de la Sacrée Congré­gation des Rites, vient à son heure. Elle nous montre l'aube du XXe siè­cle, accompagnée de ce nombre imposant de glorieux martyrs, de saints confesseurs, d'admirables vierges, de simples fidèles arrivant au plus haut degré de la sainteté et faisant cortège au Roi immortel qui guide le monde vers ses sublimes destinées. Abraham aurait obtenu de Dieu le salut de Sodome s'il avait pu y trouver dix justes; pouvons-nous desespe­rer du salut de la France quand elle présente tant de justes au Seigneur?

Le chant grégorien. - Le Pontificat de Léon XIII marquera une re­naissance plus pure que celle de Léon X. Le Saint Pontife n'a pas seule­ment relevé les études philosophiques et théologiques, l'exégèse, l'histoire, la politique chrétienne, l'économie sociale, il laissera aussi une direction pour l'art chrétien. Dans un Bref à l'archevêque de Bologne, il a recom­mandé le retour à l'art si pur et si religieux du XIIIe siècle; aujourd'hui, dans un autre Bref, il encourage la rénovation du chant chrétien le plus pur dont les traditions ont été retrouvées par les Bénédictins.

Voici le texte entier du Bref adressé au Révérendissime Don Delatte, abbé de Solesmes:

Cher Fils,

Salut et bénédiction apostolique.

Nous connaissons et avons loué, en d'autres circonstances, les efforts intelligents que vous avez déployés dans la science de ces chants sacrés qui, d'après la tradition, doivent être rapportés à Grégoire le Grand comme à leur auteur.

De même, Nous ne pouvons qu'approuver les travaux si laborieux et si persévérants que vous avez consacrés à rechercher et à répandre les anciens monuments de ce genre. Les fruits divers de ces labeurs, Nous les voyons contenus dans ces volumes assez nombreux que vous Nous avez adressés à diverses époques et que Nous avons reçus comme un bien agréable présent. Ces ouvrages, Nous l'avons appris, sont désor­mais largement répandus au grand jour, frappent les yeux du public et sont, en beaucoup d'endroits, d'un quotidien usage. Tout le zèle qui est dépensé dans l'illustration et la propagation de ce compagnon et de cet auxiliaire des rites sacrés, doit être loué, non seulement à cause du talent et de l'ingéniosité qui s'y emploient, mais encore - ce qui importe bien davantage - à cause du développement que l'on en espère pour le culte divin.

En effet, les chants grégoriens ont été composés avec beaucoup d'ha­bileté et de goût pour éclairer le sens des mots. Il existe dans ces chants, pourvu toutefois qu'ils ne soient pas mis en œuvre sans art, une grande puissance, une suavité merveilleuse, mêlée de gravité, et qui, pénétrant facilement l'âme des auditeurs, peut très à propos faire naître en eux de pieux mouvements, et y nourrir des pensées salutaires.

Il convient donc que tous ceux, quels qu'ils soient, surtout apparte­nant à l'un et à l'autre clergés, qui se sentent capables d'obtenir quelque résultat dans cette science ou dans cet art, y travaillent avec zèle et hardi­ment, chacun selon son pouvoir. Pourvu qu'on sauvegarde la charité mutuelle, la soumission et le respect qui sont dus à l'Eglise, les travaux d'un grand nombre d'hommes en une même matière peuvent produire beaucoup de fruits, ainsi que le firent jusqu'à ce jour vos propres études.

Comme gage des grâces divines, et aussi de Notre paternelle bienveil­lance, Nous accordons très affectueusement dans le Seigneur la bénédic­tion apostolique à vous, cher Fils, et à vos frères.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 17 mai 1901, en la 24e année de Notre Pontificat.

Léon XIII, Pape

III. AUTRES PAYS

Comment l'Angleterre reviendra au catholicisme. - Les Anglais sont par tempérament conservateurs et positifs. Ils procèdent par évolu­tion. C'est ainsi qu'ils reviendront au catholicisme, pas à pas, lentement et insensiblement.

On ne compte les conversions en Angleterre que par centaines, mais les demi-conversions se peuvent compter par centaines de mille.

La moitié de l'Eglise anglicane a fait déjà une bonne partie du chemin qui la ramène à Rome.

Un journal protestant, le Signal, observait récemment avec terreur les progrès du ritualisme. Il constate que ce ritualisme c'est l'Eglise romai­ne, moins le Pape, avec son prêtre disant la messe, son prêtre confessant, son prêtre remettant les péchés, et il donne quelques chiffres qui le déso­lent.

Pour apprécier l'importance de ces chiffres, il est bon de savoir que l'Eglise anglicane compte 14,000 églises, temples ou chapelles.

En 1882, 9 églises seulement brûlaient de l'encens; aujourd'hui 381 en brûlent.

En 1882, 123 églises célébraient l'Eucharistie tous les jours; aujour­d'hui 613 la célébrent.

En 1882, 336 églises seulement revêtaient leurs pasteurs de vêtements dits ecclésiastiques; aujourd'hui 2,026 leur donnent ce costume.

En 1882, aucune église ne mettait de l'eau dans le vin de la sainte Cè­ne; aujourd'hui 4,030 églises ont adopté cette coutume catholique. En 1882, il y avait 581 églises, qui allumaient des cierges sur l'autel; aujourd'hui il y en a 4,334.

En 1882, il y avait déjà 1,662 églises dont les pasteurs en officiant re­gardaient l'Orient, aujourd'hui il y en a 7.044. Or, regarder l'Orient, c'est se poser en prêtre qui sert d'intermédiaire entre le peuple et Dieu, en prêtre catholique.

Bref, d'une façon ou d'une autre, il y avait en 1883, 2581 églises catholico-ritualistes; aujourd'hui il y en a 8,183.

8,183 sur 14,000: plus de la moitié.

Certes, il existe une différence essentielle entre les ministres ritualistes et les prêtres catholiques qui seuls ont le pouvoir de consacrer le pain et le vin pour en faire le corps et le sang de Notre-Seigneur et de remettre les péchés par une sainte absolution.

De plus, les Eglises ritualistes ne reconnaissent pas encore le Pape, mais, ajoute le Signal, cette dernière différence entre le ritualisme et le romanisme est-elle autre chose qu'une simple inconséquence? L'évêque de Londres vient d'autoriser le Manuel de la confrérie du Saint­Sacrement où il est question de la messe, de la transsubstantiation, de l'adoration du Saint-Sacrement.

L'archevêque de Canterbury signe ses lettre: Jour de l'Annonciation de la Très Sainte Mère de Dieu, toujours Vierge». Les prières pour les morts sont usitées et déjà, paraît-il, des pasteurs et des évêques anglicans se seraient fait donner secrètement l'ordination catholique.

Le Signal conclut que le mouvement, si rien ne l'arrête, pourra bien ramener avant peu l'Eglise officielle dans le giron du «papisme».

Or, pour nous catholiques, n'est-il pas édifiant, au contraire, de voir des âmes, assoiffées de vérité, venir vers nous chercher la consolation que ne peuvent leur fournir leurs églises privées de la grâce d'En-Haut!

Pauvre Autriche. - On lit dans les journaux libéraux: «L'empereur d'Autriche a rendu visite au sanatorium pour femmes pauvres, fondé par la loge maçonnique l'Amitié.

Bien que la franc-maçonnerie soit interdite en Autriche, elle y fonc­tionne néanmoins comme société privée de bienfaisance.

Ainsi qu'en Allemagne, les francs-maçons autrichiens sont pour la plupart des chrétiens, qui constituent un appui solide du mouvement Los von Rom.

L'empereur, dans son discours, a rendu hommage à l'esprit large et tolérant des francs-maçons, et a fait ainsi indirectement la critique de l'attitude de l'archiduc prince héritier, dont on se rappelle la récente équipée cléricale et ultramontaine».

Et voilà comment ce pauvre empereur allant de faiblesse en faiblesse a conduit son empire à la crise qui menace de le disloquer, au grand profit du protestantisme et de l'hérésie.

Australie. - La nouvelle république fédérale de l'Australie n'est pas encore gangrenée par l'athéisme social, le parlement australien vient de décider à l'unanimité que ses sessions s'ouvriraient par la prière. Les mondes nouveaux devront-ils apporter un jour à l'Europe la religion qu'ils ont reçue d'elle?

CHRONIQUE (Septembre 1901)

I. ROME

Les vingt monuments. - L'érection des vingt monuments en sou­venir des vingt siècles chrétiens se continue. C'est maintenant le tour de la province de l'Ombrie.

On va inaugurer bientôt la grande croix en fer sur le mont Catria. La croix est haute de dix-sept mètres et pèse douze tonnes.

Sur la base, on lit l'inscription dictée par Léon XIII lui-même: Jesu Christo Redemptori, reparata salutis anno MCMI, Umbri Picenique regionis bo­realis. - Au Christ Rédempteur en 1901, les habitants de l'Ombrie et du Picenum (les Marches du Nord).

C'est vraiment une belle démonstration que cette consécration de l'Italie au Rédempteur par des monuments qui dominent toutes ses pro­vinces.

L'action sociale catholique. - L'Œuvre des congrès, qui est l'âme de toute l'organisation des œuvres en Italie, a fait sienne, comme nous l'avons dit déjà, l'action démocratique. Le groupe démocratique est de­venu une de ses sections, sous le nom de groupe d'Economie sociale chrétienne. L'Œuvre des congrès accepte les décisions de ce comité et les promulgue. C'est ainsi que dans la province romaine, le président du Comité régional, le comte Soderini, sur l'invitation du groupe démocra­tique, recommandait dernièrement l'organisation des Unions profession­nelles. Résumons ici sa circulaire:

Le comité régional romain, tenant grand compte des désirs exprimés dans la circulaire du onzième groupe de l'œuvre des congrès et comités catholiques en Italie - Economie sociale chrétienne et Charité - et considé­rant à quel point il est nécessaire, étant donné les circonstances des temps, de développer davantage l'action sociale catholique en général, et plus particulièrement la constitution et le bon fonctionnement des Unions professionnelles, vous adresse, en votre qualité de président local du comité diocésain, les recommandations suivantes:

1° Tout en maintenant et en développant toujours davantage la con­stitution des unions rurales, des caisses rurales, des secrétariats du peu­ple et d'autres institutions similaires, pourvoir d'une façon spéciale à l'organisation professionnelle, en suscitant d'abord, s'il est expédient, des réunions préparatoires privées, et ensuite des conférences publiques où des propagandistes expérimentés exposent l'objet et le but que doi­vent se proposer les Unions professionnelles.

2° Se servir, dans cette vue, des statuts professionnels, déjà rédigés par le deuxième groupe, statuts qui seront envoyés sur simple demande faite au président, M. le comte Medolago-Albani, à Bergame.

3° Se rappeler qu'il faut tendre par-dessus tout à assurer une protec­tion sérieuse et efficace aux travailleurs pour ce qui concerne en premier lieu la liberté du contrat de travail, la fixation du salaire et des heures de travail, le repos des jours fériés, - le travail de nuit et celui des femmes et des enfants, - inculquant toujours et à chacun le souci de cette réci­procité de devoirs sur laquelle a plus d'une fois insisté le Souverain Pon­tife dans ses encycliques Rerum novarum et Graves de communi.

Prier respectueusement NN. SS. les évêques de vouloir bien déléguer un ou plusieurs ecclésiastiques, lesquels veillent, comme assistants ecclé­siastiques, à la fondation et au bon fonctionnement des Unions profession­nelles.

Quand ces unions seront fondées, ce sera le cas d'examiner s'il n'y a pas lieu de constituer des ligues catholiques du travail.

Dans la constitution de ces ligues l'on trouvera un modèle et un aiguil­lon dans l'œuvre que, conformément aux conseils et aux directions don­nés par les comités supérieurs de l'Œuvre des congrès, le comité diocé­sain de Rome est occupé à instituer en parfaite union avec le cercle dé­mocratique chrétien et avec toutes les autres associations catholiques lo­cales.

Que l'on ne perde jamais de vue que de telles ligues, précisement par­ce qu'elles s'inspirent des saints principes de la fraternité chrétienne et de la protection des faibles doivent, autant qu'il est en elles, tendre à dé­truire toute oppression et toute mésintelligence entre ouvriers et patrons, protégeant, dans les limites du juste et de l'honnête, les intérêts des deux parties, afin de pouvoir atteindre pacifiquement un but que l'on n'ob­tiendrait guère en recourant aux luttes intestines et aux moyens violents. Que chacun se rappelle que, seul le christianisme enseigne et impose le respect de la dignité humaine, et que c'est seulement en s'attachant sé­rieusement à ses enseignements que l'on peut arriver à la solution de ces problèmes d'ordre moral, social et économique qui, aujourd'hui plus que jamais, s'imposent à l'attention de tous. Remplissons le mandat que, récemment encore, le Pape confiait à notre Œuvre des congrès, et, conscients de la responsabilité que nous confere une telle mission, cher­chons à répondre complètement à la confiance qu'a mise en nous l'augu­ste vicaire du divin Rédempteur des hommes…

Le président du comité régional romain

ED. SODERINI

Nous aussi nous devons tendre à la formation de ces Unions profession­nelles, dont les syndicats, les caisses de crédit et les secrétariats du peuple ne sont que des ébauches. L'Union professionnelle est plus large. Elle est elle-même un syndicat, elle peut et doit organiser le crédit et les assuran­ces, mais elle maintient au premier rang les intérêts moraux de la corpo­ration. Nos lois sur les syndicats doivent être interprétées et au besoin modifiées pour permettre ce relèvement professionnel.

II. FRANCE

L'inquiétude religieuse: aubes et lendemains de conversions. - Le P. Henri Brémond, de la Compagnie de Jésus, vient de publier un beau livre sous ce titre. Il y décrit surtout la conversion de Newman et tout le mouvement religieux d'Oxford.

L'inquiétude religieuse, c'est l'état de toute âme qui n'a pas encore trouvé son repos dans le Christ et dans l'Eglise catholique. Saint Augu­stin disait déjà à Notre-Seigneur: «Mon cœur a été troublé et agité ju­squ'à ce qu'il vous ait trouvé». Brunetière exprimait aussi l'inquiétude de son âme avant qu'elle ait reçu du Ciel le don de la foi.

Mgr Baunard, dans ses beaux livres sur les souffrances du doute et sur les victoires de la foi a décrit l'inquiétude religieuse d'un grand nombre d'âmes d'élite en ce siècle de critique et de doute.

Huysmans et Paul Bourget en ces dernières années ont passé de l'in­quiétude religieuse à la sérénité de la foi.

Ces jours-ci, c'était un autre écrivain, Jules Soury, qui a longtemps jeté le doute comme Renan sur toutes nos croyances chrétiennes et qui exprime maintenant son inquiétude. Il n'est pas encore revenu à la foi, tant s'en faut, mais il regrette d'avoir contribué à ébranler les croyances populaires. Il reconnaît que les âmes qui ont le bonheur de croire puisent dans la religion tous les motifs d'aimer et de faire le bien, la paix inté­rieure et la résignation dans la douleur. Mais laissons-le parler:

«L'honnête homme peut donc, sans feinte et sans hypocrisie, accepter le joug de la religion où il est né. Libre à lui d'interpréter, dans un sens de plus en plus raffiné, les croyances de ses frères et de ses sœurs. S'il est galant homme, il ne scandalisera aucun de ces humbles et de ces petits, qui prient si bien à leur manière. Renan l'a reconnu, non peut-être sans leur envier la joie, la consolation et la force de l'oraison. L'homme qui sait et qui réfléchit ne peut plus se reposer sur aucun dogme d'Eglise pris à la lettre, ni déposer son bâton de pèlerin sous le portique d'aucun tem­ple. Mais, s'il ne prie pas comme ses frères, qu'il prie du moins avec eux, et que, s'il attache un autre sens aux symboles de la foi où il est né, qu'au moins les simples n'en soient pas offensés, eux qui puisent encore presque tous les motifs d'aimer et de faire le bien, la paix intérieure, la résignation à la douleur de vivre, dans ces vieilles disciplines de l'esprit humain, les religions».

Ce sont là les premiers pas d'un enfant prodigue vers le retour. Prions pour M. Soury et lui aussi, dans un avenir prochain, confessera le Christ. Protestants et juifs. - Aujourd'hui, protestants, juifs et francs-maçons en France sont unis contre l'Eglise catholique. Qu'importe aux juifs et aux francs-maçons que les protestants ne partagent pas toute leur haine contre le Christ, pourvu qu'ils combattent l'Eglise romaine. Il n'en fut pas toujours ainsi et M. Soury a exhumé un curieux témoignage de Lu­ther au sujet des Israélites.

«Point de peuple sous le soleil, dit Luther, qui soit aussi avide de ven­geance. Il se croit le peuple de Dieu pour tuer et massacrer les nations». M. Soury résume comme il suit: «l'état d'âme» du fondateur du pro­testantisme à l'égard des ancêtres de Dreyfus:

«Luther a proposé sept moyens pour se débarrasser des juifs; les voici: 1° incendier leurs synagogues; 2 ° démolir leurs maisons; 3 ° leur enlever leurs livres et leurs Talmuds; 4° leur défendre d'enseigner sous peine de mort; 5° leur refuser passage dans toutes les parties de l'Empire, où ils ne sont ni seigneurs de la terre ni indigènes; 6° leur interdire l'usure, et commencer par leur prendre tout l'or et tout l'argent qu'ils possèdent pour le déposer entre les mains du magistrat, car, comme exilés, sans patrimoine ni ressources d'aucune sorte, ils n'avaient rien à l'origine: cet or a donc été volé aux chrétiens : qu'il leur fasse retour; 7° forcer les Juifs et les Juives qui sont jeunes et robustes à gagner leur pain à la sueur de leur front. Que si l'on redoute la morsure de ces vipères, il faut les chasser de l'Allemagne, comme on les a chassés d'Espagne, de France, de Bohême, etc. «En somme, disait Luther, nous ne devons pas souffrir les juifs parmi nous; on ne doit ni boire ni manger avec eux».

Et plus loin:

«Il était si convaincu qu'un juif ne peut comprendre l'Evangile, et qu'au fond ceux qui demandent le baptême se moquent des chrétiens, qu'il lui arriva de dire: «Si un juif venait me demander le baptême, je le conduirais aussitôt après la cérémonie sur le pont de l'Elbe et je le jette­rais à l'eau une pierre au cou».

Si Luther revenait au monde, M. Drumont serait peut-être obligé de lui prêcher la modération.

Toutes ces palinodies de nos ennemis rendent un témoignage éclatant à notre foi.

III. AUTRES PAYS

Belgique: l'Etat hors de l'école. - Pendant que la plupart des Etats de l'Europe appliquent la thèse gallicane et prétendent former l'âme des enfants en dehors de l'Eglise et pour le seul profit de l'Etat, les catholi­ques mènent une campagne en Belgique pour diminuer autant que pos­sible l'action de l'Etat dans l'école.

Ils savent bien qu'en thèse absolue l'Etat devrait être chrétien et con­tribuer à l'éducation chrétienne des enfants, mais nos sociétés actuelles sont divisées. Nous ne sommes pas dans la thèse des nations chrétiennes mais dans l'hypothèse des nations partagées.

Le ministère est catholique aujourd'hui, il sera libéral ou socialiste de­main, et nous irions dans les écoles de l'Etat, de réaction en réaction. Mieux vaut remettre aux familles le soin de l'éducation morale des en­fants. C'est la seule manière d'avoir la paix dans l'école et dans les com­munes. M. Verhaegen a bien exposé au parlement ce qu'il appelle le ré­gime de la liberté subsidiée. Ecoutons-le:

«La solution que j'ai l'honneur de soumettre, comme conclusion de ce discours, aux sérieuses réflexions de mes amis, je l'ai déjà esquissée. Elle ne forme certainement pas un idéal pour les catholiques; elle n'est pas ce que M. Hymans qualifiait de régime de la thèse, c'est-à-dire d'applica­tion de la vérité absolue.

La solution que je préconise est une transaction, mais une transaction parfaitement loyale. Elle consiste en ceci: désormais, les parents seraient appelés à choisir, en toute liberté, l'école où ils enverront leurs enfants. A eux de décider si l'atmosphère de l'école qui a leur préférence sera une atmosphère religieuse ou si elle ne le sera pas, si on enseignera la religion avec la morale ou simplement la morale neutre.

Les écoles qui satisferaient aux prescriptions de la loi en matière de lo­caux, qui donneraient le minimum d'enseignement prescrit par la loi et qui auraient un nombre d'élèves suffisant à déterminer par la loi, se­raient toutes désormais placées sur le même pied, qu'elles soient com­munales ou libres; toutes auraient un droit égal aux subsides des pou­voirs publics, c'est-à-dire de l'Etat, de la province et de la commune.

Les communes pourraient, d'ailleurs, compléter le minimum d'ensei­gnement qui serait prescrit par la loi; elles pourraient instituer l'ensei­gnement simultané et de la morale, moyennant de se mettre d'accord avec les chefs du culte enseigné; d'autre part, elles pourraient se borner, dans certaines écoles, à l'enseignement de la morale neutre si elles croyaient rencontrer ainsi les préférences des pères de famille…

Il faudrait en Belgique que chaque parti fasse ce que je pourrais appe­ler la part du feu; que les catholiques se voient pourvus par la loi des moyens d'élever chrétiennement leurs enfants; que, de leur côté, les libres-penseurs puissent, dans les mêmes conditions, faire enseigner la morale non confessionelle dans des écoles neutres. Voilà, à mon avis, le moyen d'arriver à une entente légale et d'assurer définitivement peut­être la paix scolaire en Belgique. C'est la réalisation pratique du vœu de beaucoup de catholiques: l'Etat hors de l'école!

Ce système a été défendu en partie par l'honorable M. Helleputte à propos des amendements qu'il a déposés en 1895 au projet de loi qui est devenu la loi scolaire actuelle. Il proposait alors de remettre le choix et la direction des écoles primaires aux mains des pères de famille dans cha­que commune.

Ceux-ci auraient, par voie d'élection, constitué des comités scolaires qui auraient remplacé, en matière d'enseignement primaire,les conseils communaux. En dehors des comités scolaires officiels, la liberté aurait pu créer des écoles ayant droit aux subsides de l'Etat et de la province…

Je me permets d'appeler sur ce système l'attention bienveillante de nos amis et de M. le ministre de l'intérieur et de l'instruction publique. La voie, actuellement suivie par nous, c'est un peu celle du tout ou rien: du] our où un gouvernement, professant des opinions opposées aux

nôtres, arrivera au pouvoir, ç'en sera fait de la loi scolaire actuelle: elle sera, sans aucun doute, remplacée par une loi analogue à celle de 1879, ou peut-être par une loi pire encore.

Le régime scolaire que je viens d'avoir l'honneur de développer de­vant la chambre constitue une transaction loyale. Il serait basé sur le re­spect absolu de la liberté et de l'égalité constitutionnelle, et à ce titre, il me paraît de nature à assurer en Belgique, la pacification sur le terrain scolaire. Je le recommande donc à la bienveillante attention de mes amis et à celle du gouvernement».

C'est là, pensons-nous, le régime de l'avenir dans nos sociétés mêlées. On y arrivera en Belgique et ailleurs.

Allemagne: Création d'une université catholique à Fulda. - Le projet de la création d'une université catholique, à Fulda, conçu depuis 1870, paraît devoir se réaliser enfin. On annonce de la meilleure source que le prochain congrès épiscopal qui se réunira au mois d'août à Fulda, s'occupera tout particulièrement de la question.

C'est grâce à la générosité de quelques membres influents du parti ca­tholique allemand - qui ont promis de fortes sommes pour la réalisation du projet - que celui-ci recevra enfin une solution.

Etats-Unis d'Amérique. - L'université catholique de Washing­ton. - Le Catholic News de New-York rend compte de la séance de clô­ture des cours de l'Université catholique de Washington. Nous emprun­tons à son article les détails suivants qui seront lus avec intérêt:

C'est le 5 juin, fête du très saint Sacrement, qu'eut lieu cette solenni­té. Elle fut présidée par S. Em. le cardinal Martinelli, délégué apostoli­que. Parmi les personnages de distinction qui l'entouraient, on remar­quait l'ambassadeur d'Allemagne, le ministre du Japon, le ministre du Mexique et leur suite, ainsi que plusieurs membres du haut clergé de Baltimore et des autres diocèses voisins.

Mgr T. J. Conaty, recteur de l'université, ouvrit la séance par le compte rendu de la situation financière de l'Université. Il résulte de son exposé que le capital qu'elle possède s'élève à la somme de 900.000 dol­lars (4,500,000 francs). Ce capital est placé en valeurs productives d'un intérêt annuel.

Le revenu de ce capital serait insuffisant à couvrir les dépenses de l'Université, mais la différence est comblée par des dons qui lui sont faits de temps en temps. Dans l'année présente un catholique de Chicago, M. Michael Cuhady, a fait un don de 50.000 dollars (250.000 francs) sans affectation spéciale.

En mourant, Mgr M. Mahon, le généreux donateur du hall de la fa­culté de philosophie, a laissé par testament la propriété foncière qu'il possédait encore à Washington d'une valeur de 30.000 dollars (150.000 fr.). Divers autres dons portent à environ 70.000 dollars (350.000 fr.) le total des sommes dont on a pu disposer en sus des revenus ordinaires, pour couvrir les dépenses de l'année…

Mgr Conaty a ensuite adressé des remerciements aux Catholic Knights of America qui sont sur le point de compléter la somme de 50.000 dollars (250.000 fr.) nécessaires pour l'érection d'une chaire de littérature an­glaise. Il a payé un juste tribut de reconnaissance à la mémoire de miss Kate Andrews, de Baltimore, décédée récemment à Paris.

D'accord avec sa sœur, cette généreuse donatrice a fondé, en souve­nir de son frère, l'honorable docteur Andrews, de Norfolk, la chaire d'archéologie biblique, l'une des premières créées à l'université. Il a en­fin fait connaître la demande des messieurs de Saint-Sulpice tendant à obtenir l'ouverture dans le voisinage de l'université d'une maison d'étu­des qui sera appelée: Collège de Saint-Augustin. Cette fondation portera à cinq le nombre des collèges affiliés à l'université.

Les noms de quarante étudiants qui ont obtenu leurs diplômes dans les facultés de droit, de philosophie et de théologie furent ensuite procla­més. Au nombre des lauréats sont deux jeunes japonais venus de leur pays pour suivre les cours de l'université de Washington.

Comment ne pas concevoir de grandes espérances pour l'avenir reli­gieux d'un pays où l'importance du haut enseignement catholique est si bien comprise et inspire, non seulement aux ecclésiastiques, mais à de nombreux laïques, de si généreuses libéralités? …».

Angleterre. - Nous avons déjà appelé l'attention de nos lecteurs sur l'évolution des idées religieuses en Angleterre. En voici d'autres signes: Tout le monde sait qu'il existe dans la cathédrale Saint-Paul de Lon­dres un autel dominé par une statue de la Vierge, et qu'une restauration récente de l'abbaye de Westminster a replacé sur les meneaux les images de Marie que la Réforme avait brisées.

Ces signes d'un retour à la foi de leurs pères ou du moins d'une atté­nuation dans l'acharnement des protestants semblent corroborés par un fait constaté à Deshome dans la chapelle ardente où reposaient les restes de la reine Victoria:

Le cercueil de la reine est tout recouvert de soie blanche; il est dressé au milieu de la chapelle sur une estrade élevée, et au-dessus flotte le dra­peau royal, etc. Par côté, contre le mur, sur un petit autel, entre des cierges allumés est placé un cadre représentant la Madone tenant dans ses bras l'Enfant Jésus.

La famille royale descend chaque matin dans la chapelle ardente pour y prier.

C'est la première fois depuis le schisme d'Henri VIII qu'un fait de cette nature se produisait. A une autre époque il eût provoqué des tem­pêtes, aucjourd'hui il passe presque inaperçu. Réjouissons-nous cepen­dant d'une victoire de Celle dont le pied virginal a broyé toutes les hérésies.

Un autre signe de l'évolution des idées vers un retour à la vraie foi est la lettre que le Conseil de l'université de Glasgow vient d'adresser au Saint-Père. On en remarquera les termes dont l'importance est capitale puisqu'ils ont été mûrement étudiés et choisis en connaissance de cause:

Au Souverain Pontife, le Plus Saint,

le Plus Révéré, le Plus Eclairé des hommes,

LÉON XIII

l'Université de Glasgow tout entière,

le Chancelier, le Recteur, les Professeurs,

les Diplômés et les Etudiants,

adressent leurs vœux de bonne santé.

Au milieu des joies que nous procure la célébration de nos fêtes cen­tennales, nous voulons avant tout nous souvenir que notre magnifique Université, célèbre par la splendeur des talents qui s'y sont développés et des ouvrages qu'elle a produits, doit son existence au Siège Apostolique lui-même.

Nos Pères nous l'ont appris: c'est sous le patronage bienveillant du Souverain Pontife que l'Université de Glasgow naquit et vécut.

C'est le savant Nicolas V, si célèbre lui-même par ses lumières et par ses succès dans les arts libéraux, qui témoigna ainsi son amour extrême pour les Ecossais et voulut en fondant cette Université que nos docteurs, nos maîtres et nos élèves fussent favorisés des privilèges dont jouissaient les membres de l'Université de Bologne, sa ville natale.

Fille aimante, nous enregistrons ces bienfaits à l'actif de la plus tendre des mères qui nous en gratifia, et nous osons espérer que Votre Sainteté voudra être des premières à partager notre joie et à recevoir les actions de grâces que notre reconnaissance voue au Saint-Siège pour une faveur si insigne.

En conséquence,nous réclamons qu'à notre joie vous daigniez appor­ter le poids de votre autorité. Et si, en raison du malheur des temps, Vo­tre Béatitude ne peut venir jusqu'à nous prendre sa part de nos fêtes, si les difficultés de la mer et d'un long voyage s'y opposent, nous gardons au moins l'espoir que vous voudrez bien nous transmettre vos senti­ments par l'intermédiaire d'une personne de votre entourage.

Et ainsi cette Université, la nôtre, fondée par le savant Nicolas V, do­tée par Jacques d'Ecosse, protégée et défendue par Guillaume, évêque de Glasgow, et par la suite enrichie des bienfaits de nos rois, sera fière de cette marque de votre tendresse.

Notre gloire aux yeux de la postérité en sera accrue par le seul fait que vous nous aurez fait cet honneur, vous l'honneur de la scolastique et de la littérature latine.

Ecrit par nous, à Glasgow, le jour des ides de mai MCMI.

Le préfet et le Vice Chancelier

Le retour en Angleterre du corps de saint Edmond, roi et martyr. - Après sept siècles d'exil, le corps de saint Edmond vient d'être ramené en Angleterre.

Nous empruntons au journal The Tablet les détails suivants sur cet heureux événement.

Léon XIII vient de donner une nouvelle preuve de son affection pour l'Angleterre. Persuadé, que ce serait un bonheur, non seulement pour les catholiques Anglais, mais pour une grande partie du peuple, de ren­trer en possession du corps vénéré de leur roi Saxon saint Edmond, il ob­tint des autorités ecclésiastiques de Toulouse la cession de cette relique insigne.

L'ayant religieusement conservée dans sa chapelle privée au Vatican pendant quelques semaines, le Saint-Père chargea Mgr Merry del Val, archevêque de Nicée, de la transporter en Angleterre.

L'archevêque arriva, avec son fardeau sacré, à Newhaven jeudi der­nier et, selon les instructions reçues, se rendit immédiatement au châ­teau d'Arundel dans le comté de Surrey afin de confier la garde du corps du saint Roi au duc de Norfolk, jusqu'au jour où il pourra être transpor­té dans la chapelle spéciale qui sera érigée dans la nouvelle cathédrale de Westminster.

Le corps est arrivé fort tard dans la soirée et a été reçu par le cardinal archevêque de Westminster accompagné de l'archevêque de Trebizonde des évêques de Southwark, Emmaus, Hermopolis, d'un grand nombre de membres du clergé séculier et régulier et du duc de Norfolk entouré de sa famille et de nombreux catholiques des environs. Le secret avait été observé jusqu'au dernier moment, sinon de nombreuses députations de toutes les parties de l'Angleterre se seraient rendues à la rencontre du précieux trésor.

La relique fut déposée dans la chapelle Fitzalan et veillée durant la nuit par le clergé, les religieuses et les fidèles.

Vendredi matin, la sainte Messe fut célébrée et le corps transporté processionnellement dans la chapelle du château et déposée en dessous de l'un des autels.

Rappelons en quelques mots les événements de la vie du saint Roi. Il fut appelé à l'âge de quinze ans, à régner sur l'East Anglia. Il se di­stingua par son amour de Dieu et de son peuple, sa justice, sa charité et surtout par sa pureté évangélique. Il s'opposa de toutes ses forces à l'in­vasion danoise. Fait prisonnier il préféra sacrifier sa vie que renier ses croyances. Il fut frappé de verges, puis attaché à un arbre et criblé de flè­ches et enfin décapité en 870 à l'âge de trente ans.

La dépouille de saint Edmond, roi, martyr et vierge, fut déposée à l'abbaye de Bourg Saint-Edmunds, qui devint un des lieux de pèlerinage les plus fréquentés de l'Angleterre. Lors de l'invasion française sous Philippe-Auguste, les corps de saint Edmond et de saint Gilbert furent enlevés et transportés en 1217 en France où ils furent éventuellement dé­posés dans la basilique de Saint-Sernin à Toulouse.

Inutile de dire combien est grande la reconnaissance des catholiques Anglais envers le Saint Père, et envers l'archevêque de Toulouse pour le sacrifice qu'il vient de faire en leur faveur.

L'intercession du saint Roi, l'impression produite par cette restitution et les fêtes qui accompagneront le rétablissement du culte de saint Ed­mond à Londres, tout cela contribuera encore à accentuer le mouvement de retour au catholicisme.

CHRONIQUE (Octobre 1901)

I. ROME

Les saints du Sacré-Cœur. - On prépare à Rome de grandes fêtes pour le jubilé pontifical de Léon XIII. Il y aura, dit-on, quelques béatifi­cations et canonisations. Puissions-nous y voir glorifier les saints du Sacré-Cœur, la bienheureuse Marguerite-Marie, le P. Claude de la Co­lombière, le P. Jean Eudes!

Le désir du Pape est que ces causes soient préparées aussi activement que possible, parce que leur succès contribuera à promouvoir la dévo­tion au Sacré-Cœur.

Pour le P. Claude de la Colombière, le décret dit des Vertus a été pro­mulgué au mois d'août.

Le 11 août, disent les journaux romains, a eu lieu la lecture solennelle du décret déclarant que le vénérable Claude de la Colombière a prati­qué, au degré héroïque, les vertus théologiques de foi, d'espérance et de charité envers Dieu et envers le prochain, de telle sorte que l'on peut pousser sa cause plus avant, c'est-à-dire que l'on pourra passer à l'exa­men des quatre miracles nécessaires.

A la suite de ses audiences, le Pape s'est rendu, vers onze heures, dans la première salle de son appartement. S'étant assis sur le trône qui s'y trouve, il a admis en sa présence les personnages qui devaient assister à la lecture du décret. C'étaient d'abord LL. EE. le cardinal Ferrata, pré­fet de la S. Congrégation des Rites, et le cardinal Ledochowski, ponent de la cause du vénérable.

Les cardinaux s'assirent aux côtés du Saint-Père. Autour d'eux se rangea la cour pontificale.

A la gauche du Saint-Père se tenaient debout les prélats de la Congre­gation des Rites.

Vis-à-vis du Pape avaient pris place le T.R.P. général des jésuites, le postulateur de la cause, le R. P. Beccari, et le R. P. assistant pour la France.

Le décret fut lu par Mgr Panici. Cette lecture achevée, le T.R.P. gé­néral de la Compagnie de Jésus s'avança devant le Saint-Père et lui lut un discours pour le remercier de l'intérêt que Sa Sainteté témoigne pour la cause du vénérable Claude de la Colombière.

Léon XIII répondit au T.R.P. Martin avec une grande bienveillance. Il se réjouissait, dit-il en substance, des progrès de la cause du vénérable; cette cause, comme celle de la bienheureuse Marguerite-Marie, se ratta­che étroitement à la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus; et il tenait à pro­mouvoir cette dévotion. Le Pape fit aussi allusion aux pénibles circon­stances que traverse aujourd'hui la Compagnie de Jésus, en France par­ticulièrement.

Un grand acte épiscopal. - Les évêques du Milanais viennent de publier un acte commun qui aura le plus grand retentissement. Ils sup­plient les prêtres et les catholiques de se donner enfin aux œuvres de la démocratie chrétienne.

Le socialisme nous envahit, disent-ils, et cependant c'est nous qui avons en mains le salut du peuple. C'est l'Eglise qui a libéré les esclaves et les serfs, c'est elle qui a propagé l'organisation corporative et les œuvres de charité. Pourquoi le peuple accueille-t-il aujourd'hui les utopies du socialisme qui va créer une tyrannie plus dure que le césarisme? C'est parce que nous sommeillons, c'est parce que nous n'agissons pas.

Nous ne savons plus dire et prouver au peuple que nous sommes ses vrais amis et que nous seuls pouvons le relever et lui procurer sa part de félicité terrestre par le règne de la justice, de la solidarité et de la charité.

Est-ce que le Christ n'était pas populaire, lui! Pendant trois ans, le peuple le suivait et l'aimait. Le suffrage populaire voulait le faire roi et l'acclamait à son entrée à Jérusalem.

Un jour, il est vrai, le peuple soudoyé et trompé par les pharisiens et par la synagogue cria le crucifige. Mais ce ne fut qu'un égarement passa­ger. Le lendemain, le peuple se frappait la poitrine et quelques jours après des milliers d'hommes du peuple demandaient le baptême.

C'est que le Christ allait au peuple et aimait le peuple. Il donnait par­fois quelques instants aux pharisiens, mais le plus souvent il allait aux masses populaires, aux travailleurs des champs et à ceux de la mer. Il soulageait toutes les infortunes et multipliait le pain.

Et pendant les premiers siècles chrétiens, qu'arrivait-il? A Rome, tout le peuple allait aux hommes apostoliques, dévoués aux petits et organisa­teurs des œuvres de solidarité et de charité. «Vous ne comptez guère dans vos rangs, leur disaient les païens, que des esclaves et des hommes de labeur».

Les nations modernes vont rapidement à la démocratie, cela devrait être notre triomphe, si nous étions ce que nous devons être. Aussi Léon XIII nous répète-t-il sans se lasser: Le christianisme est pour l'avantage principal des classes populaires. Le christianisme est essentiellement dé­mocratique.

II. FRANCE

Avec le Pape. - Telle est la devise des vrais catholiques. Qu'il s'agisse de politique, de vie sociale ou d'organisation congréganiste, nous devons être toujours avec le Pape. Mais toutes les directions du Pape ne sont pas de foi, disent les réfractaires de toutes couleurs! - Soit. Tout n'est pas de foi, mais tout est de précepte dans les volontés du Pape. Le Pape a deux pouvoirs: il est le docteur infaillible pour la foi et il est le pa­steur suprême pour la vie catholique. Celui qui rejette ses enseignements pèche contre la foi, soit par hérésie soit par témérité; celui qui méprise ses directions pèche contre l'obéissance et cède plus ou moins à l'esprit de schisme.

Le Pape, comme pasteur suprême, doit être obéi, autant et plus que le chef dans l'Etat, que le père dans la famille.

Pères de famille, souffrez-vous que vos enfants discutent vos ordres? Mille fois non, et alors pourquoi discutez-vous ceux du Pape? Vous ne voudriez pas être hérétiques et vous voulez être désobéissants, cela ne vaut guère mieux.

Le nonce si distingué de Paris, Mgr Lorenzelli rappelait dernièrement ces principes à l'occasion de la fête de saint Louis à Brest.

Aux vêpres qu'il a présidées, Mgr Lorenzelli a fait le panégyrique de saint Louis «le plus grand guerrier et le plus grand soldat chrétien». Il a dit que saint Louis personnifie la France chrétienne et que tout chef d'Etat dépend de Dieu. Il n'y a pas deux manières d'être chrétien, ajouta-t-il. Il faut être avec le Pape. Tous ceux qui désobéissent au vicaire de Jésus-Christ se révoltent contre Jésus-Christ.

Le nonce a fait ensuite l'historique des croisades et a dit que grâce à saint Louis la croix brille en Afrique à côté du drapeau français.

Il a terminé en souhaitant que la France ne perde jamais son caractère de fille aînée de l'Eglise et en priant Dieu de bénir ses armes de terre et de mer.

Une grande procession à laquelle assistaient une énorme affluence et des officiers a terminé cette fête.

Les religieux. - Les uns demandent à l'Etat l'autorisation de mener une vie précaire sous la tutelle d'un pouvoir hostile, les autres prennent le chemin de l'exil.

Vont-ils maudire leurs persécuteurs? Non. Ils prient pour cette Fran­ce qui les frappe et leurs souffrances la sauveront.

Coppée a dit en beaux vers cette noble attitude des persécutés, sans le titre «La réponse du Moine»:

J'ai dit au moine: «Hélas! vous allez disparaître.

On va prendre les biens à l'aumône promis

et vous chasser. Le crime est près d'être commis,

et de honte et d'horreur d'avance il nous pénètre.

Avides, débauchés, rebelles à tout maître,

ils ne supportent pas, vos cruels ennemis,

que, pour eux, vous soyez pauvres, chastes, soumis.

Ils voteront leur loi. C'est pour demain peut-être.

A voir frapper la Foi, la Bonté, la Vertu,

nous résignerons-nous sans avoir combattu?

Tant de chrétiens sont là, que la rage exaspère.

Contre ces malfaiteurs et leurs projets affreux,

que ferez-vous? Il faut vous défendre, mon Père».

Le moine répondit: «Je vais prier pour eux».

III. AUTRES PAYS

Belgique: la mort de Mgr Doutreloux. - C'est un saint prélat et un grand évêque que la Belgique vient de perdre.

Il a beaucoup souffert dans ces dernières années, et les contradictions qu'il a éprouvées de la part des opposants aux directions pontificales ont contribué à ruiner sa santé. Nous pouvons dire ici, avec la liberté des en­fants de Dieu, qu'il est un martyr de la démocratie chrétienne.

Il a couvert son diocèse d'œuvres qui attesteront longtemps sa charité et sa bienveillance pour la classe populaire. Le travail chrétien, l'art chrétien se partageaient sa sollicitude avec les œuvres d'étude et de priè­re. Parmi tant d'autres fondations, il aimait l'Oratoire des Salésiens qui forme au travail les enfants du peuple, l'Ecole de Saint-Luc qui prépare des artistes chrétiens, l'Aumônerie du travail de Seraing qui contribue au relèvement des travailleurs. Avec quel goût délicat aussi il a présidé à la restauration des églises de Liège!

Nous ne pouvons mentionner ici tous les actes de l'éminent prélat, toutes les œuvres auxquelles il accorda sa paternelle protection.

Mais parmi ces actes, deux doivent être particulièrement rappelés, car ils occupent une place d'honneur dans l'histoire de l'Eglise au XIXe siècle.

Mgr Doutreloux fut l'un des promoteurs des congrès eucharistiques et il présidait le comité international qui organise chaque année ces pieuses assemblées.

Mgr Doutreloux fut aussi le promoteur des congrès d'œuvres sociales qui se tinrent à Liège, à partir de l'année 1886, et qui contribuèrent puis­samment à développer le mouvement social catholique. Lorsque Léon XIII eut fait paraître l'encyclique. Rerum Novarum, l'évêque de Liège en publia un éloquent et lumineux commentaire, destiné surtout à rétablir l'union parmi ses diocésains. Le Pape, dans une lettre rendue publique, accorda sa solennelle approbation à l'œuvre de l'éminent prélat.

Dévot du très saint Sacrement et dévoué aux intérêts populaires, tels furent, nous semble-t-il, les caractères dominants de Mgr Doutreloux: l'évêque de Liège donna donc à tous un fécond exemple en montrant qu'une ardente piété peut s'allier à des idées sociales généreuses.

Le congrès des catholiques allemands. - Le 48e congrès des catho­liques allemands s'est tenu à Osnabruck. Il a été aussi brillant que ceux des années précédentes. Plusieurs milliers de congressistes des pays du Rhin, de la Westphalie, de l'Allemagne du Nord et de la Basse­Allemagne y ont pris part.

La ville d'Osnabruck s'est montrée fort hospitalière, quoiqu'elle soit aux trois-quarts protestante. Une belle manifestation a été la procession des associations ouvrières. Plus de soixante cercles et corporations y ont pris part, rangés derrière leurs bannières.

Une des plus belles journées a été celle consacrée aux œuvres démo­cratiques.

Le discours du docteur Bitter, avocat d'Osnabruck, traitant ce thème: L'homme et le travail à la lumière de la vérité chrétienne… fut un plai­doyer enthousiaste, frénétiquement applaudi en l'honneur du travail chrétien duquel l'orateur dit qu'il «est une prière active, incessante et grandiose, dont la juste rénumération, le salaire complet, ne se retrouve­ra que dans le ciel».

L'abbé Dasbach, le député bien connu de Trèves, et après lui Mgr Voss, l'évêque d'Osnabruck, parlèrent également sur le travail et les as­sociations ouvrières chrétiennes, et firent ressortir tout ce que l'Eglise, Léon XIII et le centre catholique ont tenté et réalisé pour la classe ou­vrière dans les derniers lustres du XIXe siècle.

Les missions catholiques anglaises. - Un journal protestant impri­mé à Londres, West Africa, disait dans un de ses derniers numéros que si les missions catholiques avaient à leur disposition tout l'argent qu'ont les missions protestantes, toutes les populations dans le bassin du Niger, de­puis la source du fleuve jusqu'à son embouchure, seraient chrétiennes depuis longtemps. Il ajoutait: «Les quelques missionnaires catholiques qui reçoivent à peine de quoi subsister sont ceux qui travaillent avec le plus d'énergie.

«Ils font plus de bien - nul de ceux qui ont été sur le Niger n'en di­sconviendra, - que tous les missionnaires protestants réunis, bien que ceux-ci soient largement payés. On est forcé de reconnaître qu'ils jouis­sent de l'estime universelle, aussi bien de la part des Européens que des indigènes».

Les missionnaires qui évangélisent l'Afrique occidentale sont les prê­tres français de la Congrégation du Saint-Esprit, et ceux des missions africaines de Lyon.

CHRONIQUE (Novembre 1901)

I. ROME

Place aux jeunes et à la démocratie chrétienne.

- Qui a dit cela?

- C'est le pape.

On tenait donc récemment à Tarente, la vieille cité du paladin Bohé­mond, une belle assemblée, quelque chose comme la réunion de Cler­mont, où le pape Urbain entraînait toute la chevalerie d'Occident à la croisade.

A Tarante, il s'agissait d'exciter tous les catholiques d'Italie à se met­tre au service des masses populaires. Le Pape Léon n'y était pas, mais il y envoyait ses messages et l'écho de sa parole y retentissait.

Le chef de cette chevalerie catholique d'Italie, qui depuis quelques an­nées dirige la croisade des œuvres, c'est un noble Vénitien, le comte Pa­ganuzzi. Lui aussi, comme certains gentilshommes français inclinait à mener la croisade en dehors de l'action populaire. Le dévouement de la classe supérieure lui paraissait suffisant. Mais le pape Léon lui écrivit à la veille des réunions: «Aujourd'hui comme par le passé, je loue et bénis les membres distingués du conseil de l'Œuvre des Congrès; mais je leur indique une orientation nouvelle: Ils mettront à exécution mes deux Encycli­ques sociales. Et je leur impose une collaboration. ils feront place dans leurs rangs à ce groupe de jeunes hommes, milice énergique et vigoureuse, qui lutte pour la démo­cratie chrétienne».

Le pape Léon connaît tout ce qu'il y a de vie et d'ardeur dans cette phalange nouvelle. Tout le congrès de Tarente a fait écho à la parole du Pontife. Le comte Paganuzzi est entré généreusement dans les vues du pape: «Ce congrès, a-t-il dit, revêtira un triple caractère; il sera populai­re, il sera patriotique, il sera pontifical». Populaire, oui! Nous devons faire œuvre de démocratie chrétienne; nous devons étudier et rechercher pratiquement tout ce qui importe au bien du peuple; nous devons cher­cher à bien connaître et à guérir les douleurs qui le tourmentent, en sorte que toute notre action tourne au bénéfice du peuple. Notre programme est tout tracé: il comprend les unions professionnelles, les caisses rurales, les sociétés de secours mutuel, etc. En un mot, pour fermer les plaies du peuple, l'œuvre des congrès doit mettre en pratique les lois de la charité unies à celles de la justice.

Et monseigneur l'évêque de Bitonto, résumant les travaux du con­grès, a pu dire aux applaudissements de toute l'assemblée: «Nous con­statons un fait, qui répond aux désirs du Saint-Père, c'est que le congrès de Tarente est l'affirmation solennelle de la démocratie chrétienne».

Oh! combien cette pieuse docilité aux directions pontificales contraste avec l'attitude de quelques bons abbés de la presse française, de quelques vénérables écrivains qui font campagne dans certains journaux et dans certaines Semaines religieuses! Ah! c'est que ces bons messieurs sont bien vieux, oh! oui, bien vieux! Ils ont cinquante ans de plus que Léon XIII.

Ne voilà-t-il pas qu'ils s'en vont en guerre contre les pieuses associa­tions des séminaristes qui étudient les œuvres sociales! Mais quelles œuvres voulez-vous donc qu'ils étudient, mes bons messieurs? Il y a cin­quante ans, on ne s'occupait que des conférences de saint Vincent de Paul; il y a trente ans, on y a ajouté l'Œuvre des Cercles catholiques d'ouvriers, et depuis dix ans on commence à s'initier à cette action socia­le et populaire que le pape nous recommande tous les jours.

Mais ces séminaristes ont des petites feuilles périodiques, où ils résu­ment leurs travaux! Voilez-vous la face, chers lecteurs, c'est l'abomina­tion de la désolation dans le sanctuaire. Weishaupt l'avait bien prédit: ces abbés sont des instruments de la franc-maçonnerie, du carbonari­sme, de l'illuminisme1) et du diable en personne!!!

Ces bons vieux Cassandre ont fait un mauvais rêve et ils nous racon­tent leur cauchemar.

Ignorez-vous donc, mes bons messieurs, que tous les séminaires ont ces réunions d'œuvres, auxquelles prennent part les élèves les plus zélés, et que ces petits bulletins qui vous effraient circulent sous l'œil bienveil­lant des directeurs, sauf peut-être dans deux ou trois séminaires où vous avez encore trop de crédit? On dit cependant que l'un de vous dans sa jeunesse cléricale était le plus fécond rédacteur d'un de ces bulletins et qu'il eût voulu lui garder un caractère mystérieux que n'ont pas les bul­letins d'aujourd'hui.

Ah! ces chers séminaristes! ce n'est pas ainsi qu'on les traitait au con­grès de Tarente. Ecoutez ce qu'en disait Monseigneur l'évêque de Bi­tonto, le fondateur d'un de ces bulletins exécrés: «Aux séminaristes, disait-il, je conseille de s'unir, eux aussi, en fédération dans l'Œuvre des congrès… J'exprime ma sympathie aux jeunes de la Démocratie chré­tienne et aux jeunes clercs: les uns et les autres, s'ils sont fidèles aux con­seils que je leur donne, de garder toujours la mesure et d'observer tou­jours la discipline, justifieront le vers latin composé par Léon XIII:

Gratior ardescit juvenili in pectore virtus. La vertu a plus de charme et d'ar­deur dans un cœur de jeune homme.

Ne vous laissez donc pas troubler, chers séminaristes, par les cauche­mars de ces deux ou trois vieux abbés ou chanoines. Ils sont en retard de trois quarts de siècle et parfois ils radotent comme de bonnes mamans. Vous avez le pape avec vous et cela vous suffit. C'est à juste titre que le congrès de Tarente l'a acclamé comme le plus jeune des papes.

Place aux jeunes et à la Démocratie chrétienne!

Le pape les aime bien ces jeunes et eux aussi aiment bien le pape. Dans l'adresse du congrès de Tarente au Saint-Père, on avait oublié de parler d'eux. M. Toniolo, le pieux docteur de la Démocratie, a réclamé en leur nom, et l'un d'eux, M. Roca d'Adria s'est écrié: «L'adresse de­vrait affirmer au Saint-Père que les jeunes de la Démocratie chrétienne lui sont obéissants et dévoués jusqu'à la mort».

L'adresse fut complétée dans ce sens. Après avoir remercié le Saint­Père de ses bénédictions et de ses encouragements, elle ajoutait: «Grâces vous soient rendues également, très saint Père, pour les paroles bienveil­lantes que vous avez adressées également à ces jeunes hommes qui combat­tent sous la bannière de la Démocratie chrétienne… Merci enfin pour vos énergiques directions, données avec l'autorité d'un capitaine, qui con­duit infailliblement ses troupes à la victoire».

Il me semble que ces encouragements de votre capitaine doivent vous aller au cœur, vaillante milice des jeunes gens catholiques et jeunes ab­bés des séminaires. Il savait, votre père bien-aimé, que vous étiez mépri­sés et outragés par quelques très vieux écrivains. Il en souffrait. Il vous console, il vous bénit. Vous l'aimerez doublement, n'est-ce pas, et vous le servirez toujours plus vaillamment.

II. FRANCE

Nos missions en Palestine. - Pendant des siècles, les excellents Pè­res franciscains étaient les seuls représentants de l'apostolat catholique en Terre-Sainte. Ils avaient conquis cet honneur en donnant à l'Eglise de nombreux martyrs dans leur résistance héroïque aux musulmans.

Dans ces dernières années, beaucoup de communautés, la plupart françaises, se sont fixées en Palestine avec l'assentiment du Saint-Siège. La divine Providence a voulu que nos ordres religieux allassent se re­tremper dans l'esprit de sacrifice auprès des souvenirs de la Passion du Sauveur en attendant le jour de la persécution et de l'exil.

Donnons ici une liste assez longue et encore incomplète de ces com­munautés privilégiées.

Les sœurs de Saint Joseph de l'Apparition possèdent à Jérusalem trois établissements: une école paroissiale, un orphelinat et l'hôpital Saint-Louis, fondé par le comte de Piellat.

Les dames de Sion ont fondé près de l'Arc dit de l'Ecce Homo, une égli­se et un couvent qui abrite un pensionnat et un orphelinat.

Les Pères de Sion, installés hors des murs, dirigent une école d'arts et métiers pour les orphelins.

Les Frères des écoles chrétiennes ont créé plusieurs établissements d'instruction qui sont extrêmement fréquentés.

Les Dominicains ont relevé l'antique basilique eudoxienne de Saint­Etienne et fondé la célèbre école d'études bibliques.

Les Assomptionnistes ont bâti près des remparts la vaste hôtellerie de Notre-Dame-de-France, où les pèlerins trouvent une hospitalité cordiale. Les religieuses Clarisses vivent retirées près du chemin de Bethléem. Les sœurs de Charité ont une vaste maison renfermant une crèche pour les enfants, un double orphelinat, un hospice pour les aveugles et les vieillards infirmes; elles desservent l'hôpital municipal et soignent les lépreux de Siloé.

Les religieuses de Marie-Réparatrice ont un couvent près de la Porte­Neuve.

Les Bénédictins du Calvaire ont un couvent sur la pente des Oliviers en face du Golgotha. Les Bénédictins construisent l'abbaye d'Abou­goch, sur la route de Jérusalem à Jaffa.

Les Pères du Sacré-Cœur de Betharam dirigent un scolasticat près de Bethléem.

Les Salésiens ont créé sur divers points, notamment à Bethléem et à Na­zareth, des orphelinats où ils enseignent l'agriculture et différents métiers.

Les sœurs de la Sainte-Famille collaborent à Bethléem à l'Œuvre des Pères Salésiens.

Les sœurs du Rosaire possèdent deux maisons à jérusalem.

Les Pères Blancs ont deux séminaires, dont l'un fait corps avec l'église Sainte-Anne, église nationale française où le consul se rend pour assister officiellement aux cérémonies du culte.

Nous devons ajouter avec tristesse que la propagande protestante et schismatique s'est aussi développée considérablement en Palestine. Chers confrères de la Terre sainte, pieux religieux qui vivez là-bas sur la terre arrosée par le sang du Sauveur, demandez à Dieu pour nous la patience et l'abnégation!

En Extrême-Orient. - Les Chinois sont-ils convertissables? Un de nos grands journaux parisiens, le Journal, se raillait dernièrement des ef­forts de nos missionnaires et comme preuve de son assertion, il affirmait sottement que nous n'arrivons pas à fonder une église chinoise, à faire des prêtres chinois. Or, si l'on consulte le compte-rendu annuel que publie la société des Missions étrangères, on y voit, à la date de 1900, figurer au ta­bleau récapitulatif les chiffres suivants qui indiquent le nombre de prêtres chinois: Corée, 12; Mandchourie méridionale, 4; Mandchourie septentrio­nale, 3; Su-Tchuen occidental 42; Su-Tchuen oriental, 33; Su-Tchuen méridional, 10; Yun-nan, 8; Kouy-Tcheou, 8; Kouang-Tong, 12. En se renseignant près des Lazaristes, le Journal aurait appris que le Kiang-Si oriental compte 9 prêtres indigènes; le Kiang-Si méridional, 5; le Kiang­Si septentrional, 5; le Tché-Kiang, 17, dont 11 sont membres de la con­grégation; le Tché-ly occidental, 16, dont 6 appartiennent à la congréga­tion; le Tché-ly oriental, 3; le vicariat de Peking, 38, sur lesquels 15 sont membres de la congrégation. Le séminaire de Péking a 60 élèves indigè­nes. Au Tché-ly sud-est, les jésuites ont sous leur direction 15 prêtres in­digènes, dont plusieurs font partie de leur Ordre (outre 3 frères indigènes et 18 séminaristes). Dans les tableaux des missions du Kiang-Nan (23 pré­tres indigènes), du Kiang-Sou, du Ngan-Hœï, etc., figurent des mission­naires, séculiers ou jésuites, dont les noms: Zi, Zin, Vong, Long, Sen, Tsu, Gni, Ou, Kiong, Kin, Mao, Wang, Pé, Sen léang, Zao, Kou, Tsang, Che, n'ont vraiment pas la moindre consonnance européenne.

Et comme le Journal raisonne non seulement sur les Chinois, mais en­core sur les Bouddhistes en général, et même sur l'ensemble des peuples asiatiques, on doit lui signaler des indications qui réfutent brutalement sa thèse. Sans doute, il englobe le Tonkin dans la catégorie des races ré­fractaires au sacerdoce chrétien: or, la seule société des missions étrangè­res a dans ses rangs, pour le Haut-Tonkin, 14 prêtres indigènes; pour le Tonkin méridional, 68; pour le Tonkin occidental, 119. Et en Cochin­chine? 131. Et dans l'Inde? 82. Là, les jésuites (Maduré) ont 25 prêtres indigènes dont 15 appartiennent à la Compagnie; dans leurs séminaires ou dans leurs noviciats se trouvent 33 indous qui vont bientôt recevoir la prêtrise. Il y a des japonais, des Cambodgiens, des Siamois, des Bir­mans qui sont prêtres catholiques. Combien, en tout, les Chinois com­pris, rien que pour la Société des Missions étrangères? 612. Il se trouvait précisément rue de Sèvres, dans la maison d'où les Jésuites français sont chassés, un jésuite japonais, qui peut comparer les différences de la civi­lisation libre-penseuse avec la liberté accordée maintenant dans son pays par les sectateurs de Bouddha!

Le 10 septembre 1622, à Nagasaki, au japon, moururent pour la foi, brûlés à petit feu, plusieurs jésuites japonais: les bienheureux Sébastien Chimura, premier prêtre japonais; Antoine Kiuni, Michel Xumpo, etc. Ils ont été béatifiés par Pie IX en 1867, et leur fête se célèbre le 11 sep­tembre. A Nagasaki, le 6 septembre 1627, fut brûlé à petit feu le bien­heureux Thomas Trugi, prêtre jésuite japonais. Parmi les trente-trois jésuites martyrs au japon, béatifiés en 1867 par Pie IX, on comptait 21 Jésuites japonais.

Enfin, puisque le journal parle aussi de l'influence exercée autrefois à la cour mongole par les Pères de Syrie,nous ne le détournerons pas de son su­jet en saluant la floraison sacerdotale épanouie sur le seuil de l'Asie. Du collège-séminaire de Ghazir et de la magnifique Université dirigée à Bey­routh par les jésuites sont sortis depuis un demi-siècle environ 150 prêtres indigènes et une vingtaine de prélats, évêques ou patriarches.

La prédication chrétienne peut donc pénétrer à fond toutes les races qui se sont développées sur l'immense territoire asiatique.

Dès maintenant, une foule de prêtres chinois sont en état de rappeler le vrai principe de la civilisation à l'Europe qui ne se souvient de lui que pour le bafouer.

III. AUTRES PAYS

Belgique. - Le nouvel évêque de Liège sera probablement nommé quand paraîtra la Revue. Il ne l'est pas encore au moment où nous écri­vons cette chronique.

Nous lisons dans le Bien Public: «On est encore à Liège sous le coup de la trop juste affliction causée par la mort de Mgr Doutreloux. Les dissi­dences d'autrefois, déjà bien apaisées, grâce à la mansuétude épiscopale, se sont pour ainsi dire fondues dans l'unanimité des mêmes regrets.

Quant au successeur du saint évêque, rien n'est encore arrêté au mo­ment où nous écrivons.

La multiplicité des noms qui ont été prononcés ne prouve qu'une cho­se: c'est la fécondité des talents et l'éminence des vertus qui honorent le clergé belge. Rome étudie, Rome informe, Rome décidera quand l'heu­re sera venue, dans la plénitude de son autorité souveraine. Bénissons Dieu et soyons reconnaissants à nos pères de la pleine indépendance lais­sée en notre patrie à la puissance du Saint-Siége! Heureux pays où le nonce du pape n'est pas réduit à dire, comme le représentant du Vatican dans une capitale voisine l'écrivait il y a quelques années: «Je passe ma vie à regretter les bons, à écarter les mauvais, à me résigner aux médio­cres». En Belgique, nous sommes assurés d'avoir un évêque de Liège, fidèle à la vieille devise de son diocèse: Sancta Legia Ecclesiae romanae filia».

Autriche: Los von Rom. - L'action protestante est ardente et pas­sionnée en Autriche. Les protestants et les pangermanistes avaient me­nacé de troubler les congrès catholiques de Leitmeritz, de Kremsier et d'Olmutz. Ces congrès ont cependant pu être menés à bonne fin.

Les ligues protestantes multiplient leurs efforts.

La ligue évangélique qui rivalise de générosité avec le Gustav-Adolf Verein, a décidé à Halle d'envoyer 200,000 marks (250,000 francs) en Autriche pour la propagande du Los von Rom.

Cette somme, ajoutée aux 400,000 marks d'une part et 300,000 marks d'autre part, expédiés par la société Gustave-Adolphe, forme donc un total de 900,000 marks (1,123,000 francs) envoyé par les protestants d'Allemagne pour la propagande.

Mais les envois clandestins ne discontinuent pas. Les frais de brochu­res et feuilles volantes jetées par centaines de mille en Autriche sont énormes, de sorte que l'Allemagne a dépensé certainement plusieurs millions en Autriche depuis deux ans pour l'idée protestante.

Le gouvernement autrichien, qui avait tenté de réagir, laisse tout faire depuis que le comte Goluchowski, ministre des affaires étrangères, a pris en main la défense des meneurs allemands que personne ne se permet plus d'inquiéter.

Il est grand temps que les catholiques autrichiens reprennent un peu d'énergie.

Portugal. - Le Portugal est malade comme l'Autriche. L'état déso­lant du catholicisme dans toute l'Europe méridionale vient du Césari­sme qui, sous diverses formes (gallicanisme, joséphisme, etc.), a entravé l'action de l'Eglise. Celle-ci étant à demi assujettie à l'Etat a perdu sa vi­talité. Il y a cependant un réveil au Portugal comme en Autriche chez les meilleurs. catholiques.

La vaillante Regista catholica de Vizeu, feuille hebdomadaire, dirigée par un prêtre, et qui met beaucoup de dévouement et de talent au servi­ce des intérêts catholiques dans son pays, annonce avec joie que la con­stitution de «centres nationaux» marche bon train, du moins dans les provinces du centre et du nord du Portugal.

Le nombre des localités dans lesquelles ces comités de défense, destinés à grouper toutes les forces catholiques contre le libéralisme maçonnique et l'ingérence indue dans les choses religieuses d'un gouvernement dominé par les loges, va grandissant de jour en jour. Une des plus récentes créa­tions du Centre national est celle qui a eu lieu à Vizeu même, dans le nord du pays, avec l'appui et la coopération de l'évêque de ce siège.

Et, chose étrange, qu'on ne voit qu'au Portugal, un professeur du Sé­minaire, qui dirige une petite feuille populaire, combat la politique reli­gieuse inaugurée dans le diocèse par son évêque. Il est vrai que ce chanoine-professeur enseigne dans sa chaire des doctrines condamnées par le Concile du Vatican relativement aux droits de l'Etat sur l'Eglise. Singulier pays, répétons-le.

Parmi les noms des membres de ces «centres» nous trouvons, entre ceux d'un bon nombre de prêtres, ceux de beaucoup de laïques occupant des positions en vue.

Il y a donc lieu d'espérer que l'organisation des forces catholiques en Portugal marchera plus rapidement qu'on ne l'espérait. Nous souhai­tons que la concorde se maintienne entre tous ces citoyens de bonne vo­lonté, et qu'ils se défient suffisamment des hypocrites animés de mauvai­ses intentions qui tenteraient de se glisser parmi eux.

Cette engeance ne doit pas être rare dans un pays où clergé et laïcs s'accommodent en général, depuis longtemps, de droits régaliens dignes de l'empire russe.

CHRONIQUE (Décembre 1901)

I. ROME

Le monument au Rédempteur sur le mont Cimino. - Déjà douze des vingt monuments à Jésus Rédempteur ont été inaugurés, au milieu de l'enthousiasme des populations, sur les cimes des montagnes. Les co­mités des autres monuments travaillent très activement, de façon que dans le cours de l'année prochaine la symbolique couronne soit achevée.

A ce sujet on reçoit d'excellentes nouvelles du comité de Viterbe, con­stitué sous la présidence de Mgr Ragonesi, le très zélé Vicaire Général du diocèse. Le monument qui aura à sa base une chapelle expiatoire, s'élèvera sur le point culminant du Cimino appelé aussi le mont de Soria­no, lequel s'élève, en dominant le cratère occupé par les eaux du lac de Vico, jusqu'à une hauteur de mille cinquante-six mètres, surpassant ainsi les cimes toscanes du Vulsini et du Sabatini.

Viterbe est située au-dessous du Cimino, et Soriano, la fameuse forte­resse du moyen-âge, se trouve au nord-est de la montagne; cent bourga­des florissantes l'environnent de tous côtés. Le Cimino est d'une beauté majestueuse, il est revêtu de la végétation la plus luxuriante; l'ascension en est très intéressante à cause de ses profonds précipices et de ses hautes murailles de rochers.

Le journal, La Nouvelle Espérance, auquel nous empruntons cette de­scription, nous rappelle que sur la cime du Cimino se trouvait le temple à Jupiter-Ciminien et c'est là que s'élèvera le monument du Rédemp­teur. On a construit sur le Cimino un observatoire de premier ordre le­quel consiste en une grosse tour carrée haute de sept mètres, d'où l'on aperçoit les cimes du Soracte, du Terminillo, du Costerno et du Degli. Le professeur Reina y a récemment étudié la déviation de la verticale pour déterminer la forme exacte du globe terrestre.

Par là même, la science s'unit à la religion pour rendre intéressant le sommet du Cimino. Sept diocèses concourent à l'érection du monu­ment: ce sont les diocèses d'Acquapendente, de Bagnorea, de Civita Ca­stellana, d'Orte et Gallese, de Corneto, de Civita Vecchia, de Montefiascone-Orvieto, de Viterbe et Toscanella. On espère en faire l'inauguration au printemps prochain.

II. FRANCE

Choses de France. - Tout est bien triste de ce côté. Beaucoup de communautés religieuses émigrent, les autres restent sous l'épée de Da­moclès; et pendant ce temps-là, comme à Bysance, les catholiques se chamaillent.

La querelle sociale s'envenime aussi. Les députés socialistes ont trop promis à leurs commettants. Ceux-ci sont las d'attendre, ils demandent la liquidation des promesses et menacent du chambardement.

Ce sont les communautés vouées à la prière surtout, qui sont parties. Elles ont pensé qu'elles n'obtiendraient pas l'autorisation, parce que l'utilité de leurs œuvres toutes surnaturelles n'apparaîtrait pas aux esprits positivistes qui dominent aujourd'hui.

Nous en connaissions particulièrement quelques-unes. Les bonnes Clarisses de Bordeaux sont parties, par petits paquets, pour se retrouver à Mons. Quel mal ont-elles fait à leur pays, ces pauvres filles? Elles ont prié pour la France et vécu dans la pauvreté, est-ce là un crime?

Elles ont quitté le sanctuaire aimé, le cloître recueilli, les cellules sanc­tifiées par leurs pieuses sœurs qui sont mortes en odeur de sainteté. Les gens qui votent de pareilles lois n'ont point de cœur. Ils n'ont pas même une famille pour la plupart. Ce sont des bohèmes, des divorcés, des hommes de plaisirs vulgaires, des gens d'hôtel-meublé et de restau­rant. Comment voulez-vous qu'ils comprennent les délicatesses de la vie religieuse?

Les religieux, dans ces conjonctures pénibles, sont ce qu'ils doivent être. Les uns s'en vont parce qu'ils n'ont pas l'espoir d'être autorisés, les autres restent parce qu'ils espèrent sauver leurs œuvres. Tous ont en vue le bien et la gloire de Dieu.

Autour d'eux, il y a généralement une attitude digne. Les catholiques plaignent tous les religieux, ceux qui partent et ceux qui restent. Mais il y a aussi les agités, les brouillons, les lâcheurs de gauche et les réfractaires de droite.

Les lâcheurs de gauche sont tous les demi-catholiques, assez nom­breux à la Chambre et qui forment au fond la masse de la population dans plusieurs provinces de France; ce sont aussi quelques ecclésiasti­ques, frivoles ou ambitieux qui ne comprennent pas et n'aiment pas les religieux et qui cherchent les faveurs du pouvoir.

Les réfractaires de droite sont ceux qui par éducation, par l'influence du milieu, sont restés dans les idées de l'ancien régime. Ils sont toujours mécontents du Pape, fussent-ils même religieux, ou prélats. Ils auraient voulu un exode bruyant des religieux, avec des protestations enflammées et des anathèmes contre la république. Ils sont insolents pour les reli­gieux qui restent et irrespectueux pour le Pape qui a permis qu'on re­stât.

Dans la presse, l'Univers a été correct, surtout dans ses dernières expli­cations. La Croix a de la bonne volonté, mais elle est un peu tiraillée en sens divers par sa nombreuse clientèle.

Union. - S'il n'y avait encore que cette question des religieux pour diviser nos catholiques! Mais les réfractaires sont tenaces, subtils et so­phistes comme étaient les jansénistes. Démasqués sur un point, ils por­tent la lutte sur un autre. Le Pape a fort à faire avec eux. Ils font des du­pes jusqu'à Rome. Ils n'osent plus trop attaquer en face la démocratie chrétienne, après l'encyclique Graves de communi. Les voilà partis en guerre contre les réunions d'œuvres dans les séminaires, contre le jour­nal de l'abbé Naudet.

Le Pape, à l'occasion du congrès de Tarente, a enjoint aux catholi­ques d'Italie de faire place aux jeunes gens et au mouvement démocrati­que chrétien. Cela ne fera pas taire encore nos réfractaires.

Parce que tel abbé écrit une petite Revue qui s'appelle Semaine Reli­gieuse, parce que tel autre écrit dans un journal qui se prétend docile aux directions du Pape, leurs lecteurs croient que ce qu'ils disent est arrivé, et ils entretiennent en France un véritable esprit de schisme. Que Dieu leur pardonne! Il y a des esprits étroits qui font beaucoup de mal sans presque s'en douter.

La situation est autre en Italie et en Belgique, où sévit moins l'esprit gallican et janséniste. En Italie, au congrès de Tarente, et après, les an­ciens, ceux que j'appellerais le sénat des œuvres catholiques donnent place sans récrimination aux jeunes et à la démocratie chrétienne.

En Belgique, une petite fête à Gand a donné lieu à une démonstration d'union très significative. Les congressistes de la démocratie chrétienne ont

été reçus gracieusement au Cercle catholique survivent en s'atténuant les traditions de l'ancien conservatorisme.

M. le sénateur Van Ockerhout a souhaité la bienvenue aux délégués de la Ligue démocratique.

«Nous les accueillons, a-t-il dit, comme des frères et comme les jeunes fils du parti catholique».

M. A. Verhaegen, dans sa réponse, s'est déclaré heureux de voir que les membres de la Ligue étaient considérés comme des frères.

«C'est ainsi que nous l'entendons, s'est-il écrié: nous sommes tous fils de la grande famille catholique, vous les aînés, nous les cadets. Toujours nous prendrons pour exemple votre zèle et votre fidélité au drapeau catholique. Catholiques en tout, catholiques par dessus tout. (Longues acclamations).

Ce n'est ni dans le détestable libéralisme, ni dans le haïssable sociali­sme, que le progrès doit être cherché, mais dans la religion seule! Toujours nous poursuivrons le bien-être de l'ouvrier. Sommes-nous parfois un peu avancés, nous voulons pourtant maintenir l'union parmi les soldats catholiques».

Suprême espérance. - L'œuvre de Montmartre fait un nouvel ap­pel aux catholiques pour son achèvement en nous rappelant avec beau­coup d'opportunité que le culte du Sacré-Cœur est notre suprême espé­rance:

Ne se croirait-on pas aujourd'hui à la veille d'une irrémédiable cata­strophe?

Jamais peut-être l'assaut livré à l'Eglise n'a été plus universel. Satan semble avoir mis en ligne de bataille ses légions visibles et invisibles, aux­quelles il inspire une rage de destruction et de ruine. Toute institution chré­tienne est menacée. Sommes-nous à la fin des temps? Approchons-nous de ce grand désastre final annoncé dans l'Apocalypse? Allons-nous entendre le lugubre écho de cette prophétie: Finis venit, venit finis super quatuor plagas ter­rae? Serait-ce le dénouement à brève échéance?

Evidemment non. Trêve aux prédictions désespérantes. L'esprit d'ir­réligion, je l'avoue, envahit les Sociétés et présage des désastres; la cor­ruption s'étend comme une lèpre hideuse sur tous les points de l'espace, les puissances infernales redoublent d'audace et disposent de l'avenir… Je me trompe; l'avenir est à Dieu!

Or, Dieu veut bien manifester encore des desseins de miséricorde. Son Représentant élève la voix pour convier les hommes à l'espéran­ce, en dépit des tristesses de l'heure présente.

Certes, Léon XIII, dans son Encyclique du 25 mai 1899, relative à la Consécration du genre humain au Sacré-Cœur, ne dissimule pas le péril:

Dans ces derniers temps surtout, on s'est efforcé d'élever un mur entre l'Église et la société civile. Dans la constitution et l'administration des Etats, on compte pour rien l'autorité sacrée du droit divin, et l'on cherche à obtenir que la religion n'exerce aucune influence dans la vie publique. Une telle attitude aboutit presque à faire di­sparaître la foi chrétienne, et si c'était possible, on chasserait de la terre Dieu lui-même. Les esprits étant en proie à un si insolent orgueil, est-il étonnant que la plus grande partie du genre humain soit livrée à des troubles profonds, et battue par des flots qui ne laissent personne à l'abri de la crainte et du péril? Il arrive nécessaire­ment que les plus solides fondements du salut public s'écroulent, lorsqu'on laisse de côté la religion. De là, cette abondance de maux qui sévissent et qui réclament impé­rieusement le secours de Celui qui, seul, peut les écarter.

N'est-ce pas la peinture exacte de la situation actuelle.

Comme autrefois le Prophète, vous interrogez anxieusement les som­bres horizons de l'avenir: Custos, quid de notte? La réponse est à la fois un cri d'alarme et un chant d'espérance. Tout est perdu apparemment, en réalité le Sacré-Cœur apporte le salut; la tempête redouble d'intensité, mais le Pilote tient le gouvernail.

Relisez plutôt les réconfortantes paroles que nous adresse le Souverain Pontife:

A l'époque où l'Église, toute proche encore de ses origines, etait accablée sous le joug des Césars, un jeune empereur aperçut dans le ciel une Croix qui annonçait une grande victoire.

Aujourd'hui, voici que nous est offert un nouveau signe tout divin, gage de su­prême espérance, c'est le Cœur de Jésus surmonté de la Croix, étincelant d'un magnifique éclat au milieu des flammes. C'est en lui qu'il faut placer toutes nos espérances, et c'est de lui qu'il faut solliciter et attendre le salut des hommes.

III. AUTRES PAYS

Les nations latines. - A propos des difficultés actuelles dans le­squelles se débattent la France, l'Espagne, l'Italie, le Portugal, quelques journaux libéraux ou protestants rééditent le reproche adressé à l'Église de n'avoir pas arrêté la décadence des nations catholiques. La réponse est facile. Une Croix de province la résumait ainsi dernièrement. L'Espagne a été grande et prospère aussi longtemps qu'elle a été chré­tienne, chrétienne non pas seulement dans les individus, mais encore chrétienne dans son gouvernement.

Aussi longtemps que celui-ci respecta les droits de l'Eglise et travailla à la propagation de l'Evangile en même temps qu'à l'extension de la puissance nationale, l'Espagne fut forte, riche et glorieuse, le soleil ne se couchait pas sur ses possessions, et n'eût été la France pour lui disputer l'empire du monde, elle eût été l'arbitre des nations. Sa décadence commença du jour où, le peuple restant chrétien, son gouvernement avec les Bourbons dégénérés du XVIIIe siècle, tomba entre les mains des «philosophes», comme on appelait alors les francs-maçons. N'est-ce pas le gouvernement espagnol, de concert avec les ministres du débauché et indolent Louis XV, avec ceux du Portugal qui au siècle dernier donna l'exemple de la persécution religieuse par l'expulsion des jésuites et la spoliation des biens de l'Eglise?

Une fois tombés aux mains des francs-maçons, l'Espagne et le Portu­gal déclinèrent rapidement. Or, depuis cent ans, à peu d'intervalle près, les francs-maçons n'ont cessé d'y régner et aujourd'hui encore le pre­mier ministre espagnol Sagasta est un franc-maçon notoire, franc­maçon le général Weyler dont on se rappelle les exactions et la cruauté à Cuba, franc-maçon le maréchal Blanco qui laissa Santiago et la flotte de l'amiral Cervera succomber sans essayer même de leur porter secours.

Il en est de même en Italie. Quelle prospérité et quelle gloire au temps des républiques chrétiennes du moyen-age! La décadence commença au siècle dernier quand les Bourbons de Naples et de Parme, les Savoie de Turin, s'abandonnèrent eux et leurs peuples, aux mains des «philoso­phes» et persécutèrent l'Eglise. Et depuis quand l'Italie est-elle plus pauvre que jamais sinon depuis que Victor-Emmanuel a envahi Rome et confiné le Pape au Vatican?

En Italie, en Espagne, comme en France, les individus sont en majori­té chrétiens, du moins en théorie, mais le gouvernement, les meneurs politiques ne le sont pas.

Ce n'est donc pas le catholicisme qui est la cause de la décadence de la France et de l'Espagne, c'est la franc-maçonnerie.

La religion a fait notre gloire; la franc-maçonnerie qui nous domine, surtout depuis cinquante ans est en train de nous perdre comme elle a perdu l'Espagne.

Le clergé et la démocratie chrétienne. - Le saint évêque de Reggio d'Emilie, Mgr Manicardi vient de mourir. Toute sa vie a été un modèle de piété et de zèle.

Son dernier acte a été une circulaire sur la démocratie chrétienne qui a paru à la veille de sa mort. Elle avait pour titre: «Le clergé et la démocra­tie chrétienne». Il exprimait le désir formel de voir ses prêtres entrer dans le champ de l'action démocratique chrétienne.

«Nous voudrions, disait-il, que tous soient bien convaincus qu'il n'est plus permis à aucun des ministres du sanctuaire de rester étranger à une lutte où se débattent les intérêts les plus vitaux de la société et de la reli­gion; qu'il n'est plus permis de rester spectateur indolent, quand un en­nemi, rendu plus audacieux par notre inertie, attaque ouvertement l'édifice religieux élevé par le Christ lui-même, et que nous sommes tous chargés de défendre». Puis Mgr l'évêque félicitait les pasteurs «qui se sont déjà adonnés à cette œuvre de la restauration sociale, et les propa­gandistes catholiques qui, méprisant les insultes, les calomnies, les raille­ries des adversaires, courent là où le péril est plus grand, pour porter la parole de la vérité et de la justice, pour fortifier leurs frères dans le bien, et pour ramener les égarés et les trompés». Il bénissait d'une façon spé­ciale les jeunes gens du Comité diocésain et de l'Union démocratique. Il ne cachait point ses regrets de savoir que trop de curés encore «se faisant illusion, parce que leurs paroissiens vont encore à l'église, se croient en sécurité et s'imaginent que le socialisme finira par tomber de lui-même».

«Tout prêtre, disait-il en finissant, a le devoir de se mettre courageuse­ment à la tête des bataillons de cette sainte démocratie, qui va au peuple avec le nom du Christ sur les lèvres, avec l'amour du Christ dans le cœur, non seulement pour assurer au travailleur le pain quotidien avec le respect de sa dignité, mais encore pour lui conserver les ineffables douceurs, les consolations véritables de la foi, de l'espérance et de l'amour chrétiens».

1)
Semaine Religieuse de C. du 18 août.