dehon_doc:cor:cor-1lc-1867-0206-0043517

435.17

AD B.21 /7a.3

Ms autogr. 4 p. (21 x 13)

De Mr Boute

Hazebrouck 6 février 1867

Mon cher et excellent ami,

Il y a déjà un mois passé que vous m'avez écrit et je ne vous ai pas encore répondu! Que voulez-vous? C'est toujours la même histoire: la presque impossibilité de cor­respondre, vu la besogne, avec mes amis. Aujourd'hui je saisis au vol quelque mo­ment de répit pour faire cette correspondance.

Je viens d'écrire à Henri, votre frère, en réponse à sa lettre de nouvelle année, où il me dit comme vous que Mr votre (père) fut péniblement impressionné en apprenant que vous aviez reçu les ordres moindres. Je réponds à Henri que Mr Jules doit se rési­gner à cet état de choses, que vos résolutions à cet égard sont trop arrêtées pour qu'il puisse espérer un retour de votre part à d'autres idées, vu le bonheur parfait dont vous jouissez dans votre nouveau séjour et nouveau genre de vie; que les parents ne

doivent envisager et rechercher rien autre chose que le bonheur de leurs enfants; qu'il y a quelquefois des entraînements irrésistibles, en pareille occurrence, et que tous les efforts produits pour s'y opposer seraient impuissants; que c'est bien ici le cas d'ap­pliquer le fameux mot: Dieu le veut! Dieu le veut! Je lui cite un exemple tout récent qu'il a pu voir dans les journaux: c'est celui d'un lieutenant de vaisseau, fils du prince de Broglie, qui vient d'entrer à St Sulpice…

J'ai cru devoir écrire ainsi à Henri qui lira ma lettre à votre père, dans son intérêt comme dans le vôtre. Du reste, mon cher abbé, ceci s'effacera bientôt de l'esprit de Mr Jules, quand il vous saura une fois engagé dans les ordres sacrés et vous aura vu vêtu de l'habit ecclésiastique. Il en éprouvera bien encore une certaine émotion, mais elle n'aura point de durée, et il finira par en prendre son parti, comme je l'y engage expressément. Le bon Dieu qui a conçu et dirigé toute chose, saura faire le reste. Je vous félicite donc de votre entrée dans les rangs de la milice sacrée; il me reste à dési­rer vous voir monter à l'autel! Ce sera un bien beau jour pour vous et pour moi aussi. Je ne puis que vous louer d'écrire à vos parents, à votre bonne mère surtout, des let­tres qui respirent la plus tendre affection filiale. Vous le devez pour la satisfaction de votre cœur de fils, et pour l'honneur et le respect dus à l'habit que nous portons. Dans le monde, comme vous savez, on nous accuse si facilement de sécheresse de cœur et d'égoïsme, parce que nous n'avons pas de famille… à élever.

Puissent vos espérances relatives au maintien de l'ordre à Rome se réaliser. Nous envoyons, comme les autres établissements catholiques, nos étrennes au Saint-Père; notre collecte, maîtres et élèves, s'élève à 327 fr, non compris le denier de St Pierre.

Je vous remercie cordialement des bons souhaits que vous faites pour nous et pour notre établissement. Mr le Principal vous en témoigne sa reconnaissance et vous prie d'agréer les siens pour la réalisation de vos plus chers désirs. J'y joins les miens de tout cœur. Notre établissement marche toujours au-délà de nos espérances: près de 200 pensionnaires. Nous allons encore bâtir, comme je crois vous l'avoir déjà dit, afin de nous compléter tout à fait et de nous caser d'une manière définitive. MM. La­croix, Debusschère, Baron, que vous avez connus, font aussi pour vous les vœux les plus ardents pour l'accomplissement de vos généreuses résolutions. Enfin, nous prions tous pour vous, comme vous le faites pour nous, afin que, par cet échange de prières, nous arrivions tous à nos fins dernières.

Je vous embrasse de toute l'affection de mon cœur et désire vous voir le plus tôt possible vêtu de la toge sacerdotale.

Votre ami tout dévoué

Boute Ptre

Mille choses aimables de la part des parents de Siméon.

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