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L'ANNÉE AVEC LE SACRÉ-CŒUR

Mois de Janvier
Mois de la sainte enfance

Deux méditations pour la retraite du mois

LE 1er VENDREDI OU LE er DIMANCHE

I. Vie de prière

Le Sacré-Cœur de Jésus à Nazareth

Et factum est, cum esset (Jésus in quo­dam loco orans, ut cessavit, dixit unus ex discipulis ejus ad eum: Domine, doce nos orare, sicut et docuit Joannes discipulos suos (Luc, XI, 1).

Et comme Jésus était un jour occupé à prier, lorsqu'il eut fini un de ses disciples lui dit: Maître, enseignez-nous à prier, comme Jean-Baptiste a fait pour ses disci­ples (S. Luc, XI, 1).

1er Prélude. Considérons Notre-Seigneur passant de longues heures en prière, les bras souvent levés vers le ciel. La prière était l'occupation habituelle de son cœur et comme sa respiration.

2e Prélude. Seigneur, apprenez-nous à prier comme priait votre divin Cœur à Naza­reth.

Ier POINT: Jésus n'a cessé de prier pendant sa vie mortelle. - Il a pu nous dire qu'il faut toujours prier et ne jamais cesser (Luc, XVIII), parce que lui-même priait toujours. Souvent, c'était une prière formelle, intense et prolongée. Pendant ses occupations extérieures, c'était l'esprit de prière qui sanctifiait ses actions. C'était la vie de son cœur dont toutes les pal­pitations étaient des actes de prière.

C'est surtout à Nazareth qu'il a beaucoup prié, dans cette maison ré­glée comme un couvent, avec des exercices réguliers et un travail calme et silencieux qui n'interrompait guère la prière intérieure et qui pouvait même se faire au chant des psaumes.

La prière du Cœur de Jésus n'omettait aucune intention. Elle offrait à son Père la louange, l'amour, l'action de grâces, la réparation. Elle était souvent impétratoire. Jésus priait pour nous tous. C'est de lui qu'on peut bien dire ce qui est dit de Jérémie, au second livre des Mac­chabées: «Voilà le véritable ami de ses frères, qui prie beaucoup pour le peuple!».

Comment priait-il? Il priait avec un grand respect, intérieur et exté­rieur; et c'est pour cela, dit saint Paul, qu'il a été exaucé (Hebr., V. Il priait avec constance; il y consacrait souvent de longues nuits (Luc, VI). Il priait avec ferveur et avec larmes: «cum clamore valido et lacrymis» (Heb., V). Il priait avec résignation: «Mon Père, disait-il, s'il vous plaît, éloignez de moi ce calice; cependant, que votre volonté se fasse et non la mienne». Il priait avec confiance: «Mon Père, je sais que vous m'exaucez toujours» (Jean, XI).

Et sa prière d'alors est demeurée une source de grâces et de salut. Et nous, comment prions-nous?

IIe POINT: Jésus est toujours suppliant dans l'Eucharistie. - L'amour du Cœur de Jésus pour nous ne s'est pas éteint avec sa vie mortelle. Les be­soins n'ont pas cessé, sa prière devait donc continuer à monter vers le trône de Dieu. Jésus-Eucharistie rend à son Père les mêmes hommages qu'il lui rendait sur la terre. Il lui adresse les mêmes prières pour nous: «Semper vivens ad interpellandum pro nobis» (Heb., VII).

Il est sur l'autel dans l'état de suppliant. Son cœur ressent tous nos besoins, sa bouche est l'interprète de tous les hommes, ses soupirs par­lent pour toutes nos misères.

Au milieu de nous, comme autrefois auprès de ses apôtres, il adresse encore à son Père cette belle prière: «Notre Père qui êtes aux cieux…». Quelques âmes prient avec lui, mais combien sont tièdes, indifférentes ou muettes! Lui seul n'a pas besoin de prier, et lui seul ne se lasse pas de prier. Il prie dans l'Eucharistie et il prie encore au ciel: «Nous avons, dit saint Jean, un avocat auprès de Dieu le Père» (S. Jo., 2).

Ah! prions avec Jésus, menons une vie de prière, pour louer Dieu et pour solliciter notre salut et celui de nos frères.

IIIe POINT: Prions avec Jésus et comme lui. - La prière est si nécessaire! Il est certain que la grâce ne s'obtient, selon le cours ordinaire de la Pro­vidence, que par la prière, et sans la grâce nous ne pouvons rien faire de méritoire pour le ciel. - Et pourquoi prions-nous si peu? C'est d'abord que nous ne sommes pas assez convaincus de notre faiblesse extrême, de notre pauvreté spirituelle, de notre misère profonde; c'est que nous n'estimons pas assez les biens de la grâce; c'est que nous doutons de la vérité des promesses de Notre-Seigneur, qui a dit que tout ce que nous demanderions en son nom nous serait accordé. Oh! prions avec Jésus et comme Jésus!

Comme les apôtres, unissons nos prières à celles de Marie: ils persévé­raient dans la prière en union avec Marie Mère de Jésus (Act., I).

Si vous voulez un avocat auprès de Jésus, recourez à Marie, nous dit saint Bernard.

O vie de prières et de saints désirs, que vous êtes peu estimée, peu ai­mée, peu pratiquée!

O douceur de la prière, puissance de la prière, richesses de la prière, que vous êtes peu connues!

Nos prières mal faites nous deviennent fastidieuses et demeurent inefficaces. Revenons à la ferveur d'autrefois. Un cœur aimant pour Dieu et pour le prochain prie avec ferveur.

Prions pour notre salut, pour notre avancement, pour tant de pé­cheurs qui ne songent point à apaiser la justice de Dieu, pour tant de pauvres idolâtres, tant d'infortunés hérétiques, tant de misérables de tout genre, qui sont nos frères.

Résolution. - Je vais examiner comment je fais mes exercices de piété. Je comparerai mes dispositions à celles du Cœur de Jésus. Je m'humilie­rai et je reviendrai à la ferveur.

Colloque avec le bon Maître enseignant à ses apôtres à prier (Imit. de J. C. Liv., III, chap. 30 et 50).

II. Notre salut

Objet de la sollicitude du Cœur de Jésus

Quid prodest homini si mundum uni­versum lucretur, animae vero suae detri­mentum patiatur? Aut quam dabit homo commutationem pro anima sua? (Math., XVI, 26).

Que sert à l'homme de gagner l'uni­vers, s'il vient à perdre son âme? Avec quoi compensera-t-il la perte de son âme? (S. Math., XVI, 26).

ler Prélude. Voir Jésus à la Circoncision: il est descendu du ciel pour nous sauver; il commence à verser son Sang; il prend le nom de Jésus ou Sauveur: son but, sa carrière, le souci de son Cœur d'enfant, c'est de faire notre salut.

2e Prélude. O Jésus, soyez-moi vraiment Jésus, c'est-à-dire Sauveur!

Ier POINT: Combien Jésus désire notre salut. - Pour Jésus, notre salut, c'est son but, c'est la pensée maîtresse de son Cœur, c'est son œuvre, c'est sa vie. C'est comme sa raison d'être. Il s'appelle Jésus, c'est-à-dire Sauveur. Il est venu du ciel pour cela: propter nos et propter nostram salutem. C'est sa vocation, c'est son être; il vit pour cela, il travaille pour cela, il meurt pour cela.

C'est notre salut que son Père avait en vue quand il a créé le ciel et la terre. C'est pour notre salut, comme pour sa gloire, qu'il dirige, par sa Providence tous les événements du monde.

Notre-Seigneur pensait sans cesse à notre salut et en parlait souvent. Il en indiquait les moyens: «Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé. - Celui qui persévérera sera sauvé». Il s'efforçait de nous inspirer la crainte de la perdition: «C'est la voie étroite qui conduit au salut. - Craignez celui qui peut perdre les âmes. - Que sert à l'homme de ga­gner l'univers, s'il vient à perdre son âme?».

Il aspirait à voir le jour où il compléterait l'œuvre de la rédemption: «J'ai désiré manger cette pâque avec vous. -J'aspire à mon baptême de sang». - Tous les battements de son Cœur avaient ce mobile et cette fin.

IIe POINT: C'est une œuvre difficile. - Notre-Seigneur nous en a préve­nus: «La voie large conduit à la perdition. - Le royaume des cieux souf­fre violence».

Saint Pierre nous rappelle dans ses épîtres que les démons, nos enne­mis, rôdent autour de nous, avec la fureur des lions pour nous perdre. La nature corrompue, les passions, notre lâcheté naturelle nous entraînent. Le monde, ses maximes, ses coutumes nous séduisent. Le re­spect humain nous arrête.

Un bon nombre d'âmes échouent dans l'œuvre du salut. Combien? Dieu le sait. Les saints, eux-mêmes, tremblaient de crainte.

Saint Paul lui-même, après avoir converti une foule d'âmes, redoutait le jugement de Dieu.

Saint Chrysostome pensait que beaucoup de chrétiens et même des prêtres perdent leur âme.

Notre-Seigneur fit voir à sainte Thérèse que son salut dépendait d'une attache naturelle à rompre. Il donna le même avertissement à la Bien­heureuse Marguerite-Marie. Il lui dit que si elle ne se retirait de cette af­fection, il se retirerait d'elle.

Ne somme-nous pas trop confiants, trop insouciants sur la grande af­faire du salut?

IIIe POINT: C'est une œuvre toujours urgente. - Un retard dans le soin de notre salut met notre âme en danger de se perdre. La mort peut nous surprendre. Les passions grandissent, les habitudes s'enracinent et l'en­durcissement vient à la suite de l'abus des grâces.

La patience divine se lasse, la justice réclame ses droits. Dans l'Ancien Testament, les menaces divines étaient sévères: «N'ajoutez pas à votre dette.. - Ne tardez pas à vous convertir» (Eccl.). Le Nouveau Testa­ment ne nous presse pas moins: (Je commence à vous vomir de ma bou­che. - Je vais transférer votre épiscopat à un autre» (Apoc.). «Faites pé­nitence, sinon je viendrai comme un voleur, je ravirai votre couronne» (Ibid).

Le salut est la récompense de l'obéissance à Dieu, de l'union avec Dieu. Etes-vous sur la voie? N'êtes-vous pas exposé à des regrets éter­nels?

Il faut tout faire, et au besoin tout sacrifier pour son salut. «Si votre oeil vous scandalise, arrachez-le». Cela ne doit pas être pris matérielle­ment, mais cela veut dire qu'il faut être prêt à tous les sacrifices nécessai­res pour ne pas perdre son âme.

Si donc votre salut exige le sacrifice des satisfactions de vos sens, de certaines amitiés naturelles, ou de quelques convoitises, hésiterez-vous? Qu'importe tout le reste, si vous perdez votre âme?

Résolution. - Eclaire par votre grâce, ô mon Sauveur, je comprends mieux l'importance de mon salut. Vous m'en avez montré le prix par votre incarnation et votre mort, comment hésiterais-je à faire les sacrifi­ces qu'il demande?

Mon salut était le souci habituel de votre Cœur sur la terre, c'est en­core l'objet de votre prière au ciel, faites m'en comprendre l'incompara­ble urgence.

Colloque avec l'enfant Jésus, qui se réjouit de son nom de Sauveur.

Ier Janvier
Sur la circoncision

======RENOVATION DE TOUT NOUS-MEME ET CONSECRATION AU SACRE-CŒUR

Et postquam consummati sunt dies oc­to ut circumcideretur puer: vocatum est nomen ejus Jésus, quod vocatum est ab angelo, priusquam in utero conciperetur (S. Luc, 2, 21).

Le huitième jour, auquel l'enfant devait être circoncis, étant arrivé, on lui donna le nom de Jésus, qui était le nom que l'ange lui avait donné avant qu'il fût conçu dans le sein de sa mère (S. Luc, 2, 21).

1er Prélude. Jésus vient tout renouveler par son Sang que son divin Cœur commence à répandre et par le nom de Sauveur qu'il prend dans cette humiliante et douloureuse cérémonie.

2e Prélude. Commençons l'année par une rénovation entière et une consécration complète de nous-même, de notre esprit, de notre cœur, de notre âme et de toutes nos puissances au Sacré-Cœur de Jésus.

Ier POINT: La circoncision nous rappelle que nous devons nous renouveler. - Notre-Seigneur vient aujourd'hui tout renouveler sur la terre par son sang que son Cœur d'enfant commence à répandre sous le couteau de la circoncision et par le nom de Jésus ou de Sauveur qu'il prend dans cette humiliante et douloureuse cérémonie. Il faut que nous participions à cet­te rénovation en union avec notre Sauveur circoncis et nommé Jésus.

Commençons notre journée et notre année en consacrant au Sacré­-Cœur de Jésus toute notre personne, tout notre esprit, tout notre cœur, notre âme et toutes ses puissances.

La circoncision était la première consécration de l'enfant, consacrons­nous au Seigneur en union avec le Cœur de Jésus enfant.

Prononçons souvent aujourd'hui le beau nom de Jésus qui doit nous être si doux et si agréable puisqu'il signifie Sauveur. aujourd'hui le fils de Marie devient Jésus, ou Sauveur et nous devenons les sauvés ou rachetés.

Prosternons-nous devant ce nom adorable et devant le sang divin of­fert par le Cœur du divin Enfant pour les prémices de notre rédemption et formulons toutes nos demandes pour cette année en pensant qu'elle sera peut-être la dernière de notre vie.

Demandons pour cette année la protection divine contre tous nos en­nemis, visibles et invisibles; demandons l'augmentation de notre foi, les lumières nécessaires pour nous conduire dans les voies du salut et de no­tre vocation et surtout un accroissement d'amour et de ferveur. Renou­velons plusieurs fois ces demandes dans la journée.

IIe POINT: Considérations sur le nom de Jésus. - N'est-ce pas un mystère qu'un Dieu infini, incompréhensible, qui a un nom caché, ineffable, veuille bien prendre un nom humain, celui de Jésus, Josué, Sauveur; qu'il le choisisse lui-même et nous le livre pour que nous en fassions nos délices et l'objet de notre tendresse et de notre confiance?

Ce nom lui est donné, il est à lui, mais il est aussi à nous: son Père et lui nous le livrent comme un divin talisman, servons-nous en comme d'un bien qui nous est propre.

Nous passerons insensiblement du nom à la personne qui le porte Nous ne pouvons prononcer ce nom sans nous représenter un Dieu tout­-puissant devenu un humble enfant, un enfant patient, aimable, charita­ble, qui a pris un cœur pour nous aimer, qui voile en notre faveur tous les attributs de sa divinité, qui souffre et qui commence à répandre son sang pour notre amour et qui nous invite ainsi à nous renouveler spiri­tuellement dans le sacrifice.

Répétons souvent ce nom, comme nous y invite un fidèle disciple de Jésus, saint Bernard et avec lui nous trouverons toujours dans ce nom une joie et une force nouvelles.

A son huitième jour, Notre-Seigneur commence à répandre du sang, dont une seule goutte aurait suffi à racheter tous les hommes, puisqu'il était d'une valeur infinie. Ce nom deJésus lui est donné au moment de la première effusion de son sang. C'est parce qu'il est notre Jésus, notre Sauveur, qu'il verse pour nous le sang de son Cœur, et sur la croix ce nom de Jésus sera arboré solennellement pour expliquer à toutes les gé­nérations ses souffrances et sa mort.

IIIe POINT: Le nom de Jésus, prélude de la rédemption. - Le nom de Jésus que le Sauveur prend au jour de sa circoncision, détermine sa destina­tion à la mort pour le salut de tous les hommes. Nous trouverons dans ce seul nom inscrit en haut de la croix, tout le motif, la cause, l'arrêt et le procès qui le condamnent à mourir.

Combien ce nom doit nous être précieux, puisqu'il résume toute l'économie de notre rédemption!

Le salut est entre nos mains, puisqu'il est écrit que quiconque aura in­voqué ce saint nom sera sauvé: «Quicumque invocaverit nomen Domi­ni, salvus erit» (S. Jean, 11).

Ce nom de salut est encore celui du Sauveur aujourd'hui comme à la

Circoncision. Le Fils de Dieu est toujours notre Jésus, son divin Cœur est toujours le cœur de notre Sauveur. Prenons donc confiance et recou­rons à lui. Demandons par ce nom la grâce d'une vraie rénovation, la grâce de ne plus retomber cette année dans les péchés qui ont attristé les années précédentes et d'en faire une pénitence sincère et rigoureuse. De­mandons des lumières nouvelles, de nouvelles forces, de nouvelles grâces pour répondre à notre belle vocation. Demandons: il a promis d'accor­der ce que nous demanderions en son nom: «Si quid petieritis in nomine meo, hoc faciam» (S. Jean, 14).

N'oublions plus la puissance de ce nom, dont le conseil de l'auguste Trinité a conçu le projet, et que l'histoire du peuple de Dieu a symbolisé par la conduite de Josué pour l'entrée dans la terre promise. Les prophè­tes l'ont annoncé, les anges l'ont apporté du ciel, les apôtres l'ont publié par toute la terre, les martyrs l'ont glorifié par l'effusion de leur sang. Il a calmé les tempêtes, arrêté les incendies, guéri les malades, chassé les démons, ressuscité les morts. Il réjouit le ciel et fait trembler l'enfer, il soutient les forts, ranime les faibles et inspire les héros de la religion.

Résolution, prière. - Soyez-moi donc Jésus, ô mon Sauveur, dans le cours de cette année et jusqu'à l'heure de ma mort. Présentez à votre Pè­re céleste le sang rédempteur dont les premières gouttes ont été versées par votre Cœur d'enfant, j'invoquerai souvent avec amour et confiance votre beau nom de Jésus.

Colloque avec Jésus.

2 Janvier
Circoncision

LE SANG ET LES LARMES DE JÉSUS

Et postquam consummati sunt dies oc­to ut circumcideretur puer: vocatum est nomen ejus Jésus, quod vocatum est ab angelo priusquam in utero conciperetur (S. Luc, 2, 21).

Le huitième jour, auquel l'enfant de­vait être circoncis, étant arrivé, il fut ap­pelé Jésus, nom que l'ange avait indiqué au jour de l'annonciation (S. Luc, 2, 21).

1er Prélude. Je me représenterai le lieu où se fait la cérémonie sacrée, soit la grotte, soit quelque humble demeure offerte par les bergers.

2e Prélude. Premières gouttes de sang versées par le Cœur de mon Sauveur, prémi­ces du sanglant martyre du Calvaire, je vous bénis et vous adore.

Ier POINT: Voix et vertu du sang divin. - Le sang du Cœur de Jésus, dit saint Paul, parle plus haut que le sang d'Abel.

Le sang divin nous appelle à la pénitence.

C'est un cri de guerre contre la sensualité, la paresse, la gourmandise, la volupté… Il nous appelle à la vaillance: nous irons désormais à Dieu par Jésus-Christ; à Jésus-Christ par le sacrifice; au sacrifice par l'amour: aimons beaucoup, et le sacrifice nous coûtera peu…

Il nous appelle à la confiance: ces quelques gouttes de sang auraient suf­fi déjà à nous sauver et à nous mériter toutes les grâces et tous les dons de Dieu, si Notre-Seigneur n'avait pas voulu nous montrer la surabondan­ce de son amour par l'effusion de tout son sang.

Quelles ne sont pas la force et la vertu du sang divin! Par lui, les pé­cheurs se purifient; il les guérit de leurs plaies, il les ressuscite à la vie. Par lui les tièdes se raniment, les fervents s'affermissent. Par lui, les humbles en­couragés à le suivre dans les sentiers modestes de la vie cachée, échap­pent à la fascination du siècle et de la bagatelle. Par lui, les âmes chastes déjouent les machinations de Satan et passent intactes dans la fournaise du monde, comme les trois jeunes Hébreux dans celle de Babylone. Par lui, les forts, enivrés au calice de vie, ne sentent même plus leurs tortures, comme dit saint Augustin.

IIe POINT: Les larmes dé Jésus enfant. - Le couteau l'a blessé, il pleure! «Et, lui pleurant, dit saint Bonaventure, crois-tu que sa mère peut conte­nir ses larmes? Elle pleura donc quant et quant elle-même. La voyant ainsi pleurer, son Fils, qui se tenait debout sur le giron maternel, mettait sa petite main à la bouche et au visage de sa mère, comme la priant par signe de ne pas pleurer. Semblablement, cette douce Mère, dont les en­trailles étaient cruellement émues par la douleur et les larmes de son en­fant, le consolait par le geste et la parole. Et de vrai, la Vierge très pru­dente entendait bien la volonté de son Dieu, bien qu'il ne parlât encore. Et elle disait: «Mon Fils, si vous me voulez voir cesser de pleurer, cessez vous-même; car je ne puis, vous pleurant, ne pas pleurer aussi». Et lors, par compassion pour sa Mère, le Fils cessait de sangloter. La mère lui es­suyait les yeux et aussi les siens à elle et puis elle appliquait son visage sur le visage de son enfant, l'allaitait et le consolait de toutes les manières qu'elle pouvait». - Mère d'amour et déjà Mère de douleurs, nous vous offrons nos larmes. Mêlées aux vôtres, à celles de votre doux Jésus, elles se feront mieux agréer de Dieu.

Et moi, quelles ont été jusqu'ici mes larmes? Peut-être mes yeux sont-­ils restés secs parce que je manquais de cœur. Peut-être ai-je versé des larmes vaines dans la souffrance parce que je ne savais pas y joindre l'esprit surnaturel, ou dans une piété de surface, toute d'émotion ou de sentiment. Notre-Seigneur attendait de moi des larmes fécondes, larmes de pénitence après mes fautes, larmes de piété vraie et de compassion pour le prochain, larmes de réparation envers le Sacré-Cœur en voyant les outrages auxquels il est en butte, larmes de douleur sanctifiées par la résignation, par la générosité, par l'acquiescement à la volonté divine. Divin enfant de la Circoncision, donnez-moi ces larmes bénies.

IIIe POINT: La circoncision spirituelle. - Il y a une circoncision spiri­tuelle, dit saint Paul, c'est la vie de foi, c'est l'observance des comman­dements divins (aux Rom., 2, 29, etc.). C'est la seule qui soit imposée à ceux qui ne sont pas nés de la chair, ni du sang, mais de Dieu (S. Jean, 1, 13). C'est la circoncision du cœur, dit saint Paul.

Elle s'impose à tous les enfants de Dieu dans une certaine mesure. Ils doivent retrancher, coûte que coûte, ce qui n'est pas de Dieu, mais de l'homme, tout ce qui est inspiré par les passions désordonnées, tout ce qui n'est pas conforme à la loi de Dieu.

Pour les âmes appelées à la perfection, la circoncision spirituelle est plus complète. Elle ne doit pas seulement retrancher tout ce qui est pé­ché, mais aussi tout ce qui est imperfection, négligence, distraction, tié­deur.

Simplifions notre vie. Adoptons la devise des saints: «Dieu seul». Soli Deo honor et gloria. Tout pour le Cœur de Jésus. Tout pour sa gloire, pour sa consolation.

Consacrons réellement à ce divin Cœur, cette nouvelle année. Vivons pour lui, dans le calme, dans le recueillement, dans une union sainte et constante.

Entretenons cette union par l'offrande de chaque action, par les pieux mouvements du cœur et les oraisons jaculatoires. Pratiquons la circonci­sion en retranchant les regards inutiles, les lectures sans but, les visites et conversations qui n'édifient pas.

Résolutions. - Seigneur, j'offre les prémices du sang de votre divin Cœur et les larmes de vos yeux divins pour ma conversion. Donnez-moi les larmes du repentir, de la piété, de la réparation. Donnez-moi la circoncision du recueillement et de la modestie.

Colloque avec Jésus enfant.

3 Janvier
Le saint nom de Jésus

Vocatum est nomen ejus Jésus, quod vocatum est ab angelo priusquam in utero conciperetur (S. Luc, 2, 21).

II fut appelé du nom de Jésus, comme il avait été appelé par l'ange avant qu'il fut conçu dans le sein de sa Mère (S. Luc, 2, 21).

au jour de la Circoncision, demander que l'enfant

ler Prélude. J'entends Marie, reçoive le nom de Jésus.

2e Prélude. O Jésus, je vous offre la joie que votre Cœur d'enfant a éprouvée en en­tendant Marie vous donner ce doux nom, et je vous demande la grâce de le prononcer souvent avec piété.

Ier POINT: Nom glorieux. - Le nom de Jésus est plus glorieux que ce­lui d'Adam. Adam a été le père temporel de toute la race humaine. Nous lui devons la vie, mais aussi les faiblesses qui dérivent de son péché. Jésus est notre Père spirituel, nous lui devons le salut.

Le nom de Jésus est plus glorieux que celui d'Abraham. Abraham a été le père du peuple hébreu, qui a été le peuple de Dieu par les promesses, par les figures, par la préparation du Messie. Jésus est le Père du vrai peuple de Dieu, de toutes les âmes unies à Dieu par la grâce et par la gloire.

Le nom de Jésus est plus grand que celui de Moïse. Moïse a tiré son peuple de la servitude, de l'Egypte, il lui a transmis la loi de Dieu, il l'a conduit jusqu'à l'entrée de la Terre promise. Jésus nous a tirés de la ser­vitude du péché, il nous a donné la loi Evangélique, plus parfaite que celle de Moïse; il nous fait entrer dans la Terre promise de l'Eglise et de la grâce, en attendant celle du ciel.

Le nom de Jésus est plus grand que celui de Josué, celui-ci a conduit les Israélites dans la Terre promise, mais ce n'était que la figure de l'Eglise et du ciel.

Un jour que l'on récitait à l'épître ces mots: Dieu lui a donné un nom qui est au-dessus de tous les noms, sainte Mechtilde conjura Notre-Seigneur de lui faire connaître ce nom glorieux, qui lui a été donné par son Père; il répondit: «C'est le mon de Jésus ou de Sauveur, car je suis le Sauveur et le Rédempteur de tous ceux qui sont, qui ont été et qui doivent exister dans la suite des temps… Je suis le Sauveur de tous ceux qui ont obéi à mes commandements ou qui doivent les suivre à l'avenir. Tel est le nom suprême et supérieur à tous les autres, que nom Père m'a réservé dès l'origine» (Dans ses révélations, XVI).

O Jésus, j'adore ce nom qui mérite qu'en son honneur tout genou flé­chisse au ciel, sur la terre et dans les enfers.

IIe POINT: Nom très doux. - Il est doux à l'oreille et au Cœur de Jésus ce beau nom, et il est doux à nos lèvres.

Il est doux à Jésus, ce nom de salut et de grâces que son Père avait en vue de toute éternité. - Il lui est doux ce nom que l'ange Gabriel appor­ta à Marie pour lui; ce nom que Marie prononça au jour de la Circonci­sion et qu'elle devait répéter tant de milliers de fois de ses lèvres si pures et de sa voix si douce et si aimante.

Quand je redis ce nom, je rappelle a Jésus toute la joie qu'il eut à l'en­tendre répéter souvent par Marie, par saint Joseph, par saint Jean son disciple bien aimé, par tant de saints qui comme saint Paul, saint Ber­nard, saint Bonaventure, saint Bernardin de Sienne, saint Ignace l'avaient toujours sur les lèvres. O Jésus! Jésus! en vous offrant ce nom, je vous réjouis, comme vous le disiez à sainte Gertrude; lorsque nous sa­luons votre nom, votre Cœur en est ému et vous aspirez un parfum d'une merveilleuse suavité.

Mais pour nous aussi ce nom est très doux, comme le dit saint Ber­nard. Jesu dulcis memoria! Ce nom nous rappelle de si doux souvenirs: la bonté de Dieu le Père qui nous a donné son Fils, la bonté du Sauveur qui s'est livré pour nous, tous les mystères de cette vie merveilleuse de trente-trois années, tous les bienfaits de l'Eucharistie, toutes les grâces du Cœur de Jésus, et toutes les espérances du ciel.

O Jésus, votre nom m'est plus doux que le miel; à mon oreille, c'est un cantique; à mes lèvres, c'est la manne; à mon cœur, une joie céleste. O Jésus! Jésus!

IIIe POINT: Nom tout-puissant. - A ce nom, tout genou fléchit, au ciel, sur la terre et dans les enfers.

Dans la tentation, si j'invoque Jésus, le démon s'éloigne. Il ne peut pas supporter ce nom. Ce nom l'effraie davantage que la foudre n'effraie les pauvres humains.

Si j'ai besoin du secours divin, je prie par Jésus-Christ, par ce nom di­vin, et je suis tout puissant sur le Cœur de Dieu. «Tout ce que vous de­manderez à mon Père en mon nom, il vous l'accordera», nous a dit Notre-Seigneur lui-même (S. Jean, chap. 14 et 16). Quand nous prions au nom de Jésus, nous apportons à Dieu le prix des grâces que nous de­mandons en lui rappelant les mérites du Sauveur.

Ce nom est puissant encore pour nous éclairer, pour nous fortifier, pour nous consoler, pour embraser nos cœurs de l'amour divin.

Il est la lumière de nos cœurs en nous rappelant les vertus du Cœur de Jésus. Il est notre force en nous redisant que nous avons au ciel un avocat et un ami.

Il est notre consolation après nos chutes, en nous rendant l'espoir et la confiance.

Il nous embrase d'amour pour Jésus en nous représentant ses bontés et la miséricorde de son divin Cœur.

Résolutions. - O Jésus, je n'ai pas assez jusqu'ici honoré votre nom béni! j'ai perdu un million d'occasions de réjouir votre Cœur, de vous contenter et d'attirer vos grâces sur moi et sur les âmes. Pardonnez-moi! Changez-moi!

Colloque avec Jésus.

4 Janvier
Jésus enfant

FLECHES D’AMOUR

Ecce evangeliso vobis gaudium magnum, quod erit omni populo, quia natus est vobis hodie Salvator, qui est Christus Dominus, in civitate David (S. Luc, 2, 10).

Je vous annonce une grande joie pour vous et pour tout le peuple, c'est que le Sau­veur est né, qui est le Christ et le Seigneur, dans la cité de David (S. Luc, 2, 10).

1er Prélude. Quelques jours sont passés, l'enfant Jésus est encore à Bethléem, allons apprendre à le connaître et à l'aimer.

2e Prélude. O Jésus, la bonne nouvelle de votre naissance n'était pas seulement pour les bergers, mais pour tout le peuple, je viens à mon tour réchauffer mon cœur auprès du vôtre.

Ier POINT: Combien Dieu nous a aimés! - Les païens avaient fait un dieu de l'amour profane, qui lançait ses flèches sur les cœurs des hom­mes. C'était une profanation. C'est notre Dieu qui est amour: Deus cha­ritas est. C'est Dieu et son Fils Jésus qui lancent des flèches dans nos cœurs pour les blesser d'amour. - Le Sauveur ne dit-il pas de lui-même: «Dieu m'a pris pour sa flèche de choix, posuit me sicut sagittam elec­tam» (Is., 49, 2). Et quelle flèche, sinon une flèche d'amour?

Jésus est la flèche d'amour sortie du carquois de son Père. «Dieu a tant aimé le monde, dit saint Jean, qu'il lui a donné son Fils unique» (S. Jean, 3).

La miséricorde de Dieu le pressait de trouver le moyen de nous sau­ver, il semblait regretter notre amitié. N'a-t-il pas dit: «Je fais mes déli­ces de l'amitié des enfants des hommes» (Prov. 9).

Il était comme le père de l'enfant prodigue, qui va au devant du cou­pable; ou comme sont un père et une mère qui ont perdu leur fils bien­-aimé.

La sainte Trinité choisit l'incarnation comme le moyen de regagner notre cœur. Et Elle nous lança cette flèche d'amour, le petit enfant de Bethléem.

Qui n'aimerait pas cet enfant d'amour?

IIe POINT: Jésus et ses flèches d'amour. - Jésus incarné est la flèche d'amour de son Père, et il lance lui-même mille flèche d'amour dans nos cœurs.

«Vos flèches sont acérées, et les peuples seront vaincus», dit le Psaume 44 au Sauveur. Et quelles flèches lance-t-il donc, si ce n'est des flèches d'amour!

Il s'offre à son Père pour nous sauver: Dilexit me et tradidit semetipsum pro me (Ad Gal. 2).

Il nous dit dans sa crèche: «Vous êtes des privilégiés: les Prophètes et les Rois de l'Ancienne Loi ont désiré voir ces jours de salut et ne les ont pas vus: Multi prophetoe et reges voluerunt videre quae vos videtis et non viderunt (S. Mat. 13).

Il nous dit encore: «Mon fils, donne-moi ton cœur» (Prov. 23).

Il est si aimable, dans sa crèche ou sur les bras de Marie! C'est vrai­ment l'humanité et la bénignité de notre Sauveur qui nous a apparu (Ep. à Tite, 3). Quel doux sourire il a! Comme ses petites mains s'avan­cent pour nous caresser, et ses bras pour nous embrasser! Son Cœur palpite de tendresse pour nous.

Voilà bien des siècles que cette douce vision inspire les artistes chré­tiens et réjouit les fidèles. Mais les charmes de Jésus enfant et de sa Mère sont infinis et ils suffiront à émouvoir les artistes et les âmes pieuses ju­squ'à la fin des siècles.

Sous ces langes, je soupçonne le Cœur du divin Enfant, qui bat d'amour pour moi.

N'aimerez-vous pas, dit la sainte liturgie, celui qui vous aime tant! Sic nos amantem, quis non redamaret?

Ne répondrons-nous pas avec David: «Je vous aimerai, Seigneur, vous êtes ma force, mon appui, mon refuge, mon Sauveur» (Ps. 17).

IIIe POINT: Les anges et les saints nous lancent à leur tour des flèches d'amour. - «Je vous annonce une grande joie, dit l'ange de Bethléem, allez voir l'aimable enfant de la crèche».

Ce qu'un ange a fait visiblement pour le cœur de sainte Thérèse, les anges le font invisiblement pour nos cœurs.

Les prophètes nous avaient appris à désirer ce petit enfant: «Une tige sortira de la racine de Jesse et une fleur sortira de cette tige» (Is. 11). «Un petit enfant naîtra, un fils vous sera donné. Il règnera; on l'appel­lera l'Admirable, le Dieu fort, le Père des temps à venir, le Prince de la paix…» (Is. 9).

«Cieux, envoyez votre rosée, et que le juste descende des nues» (Is. 45). «Dieu consolera Sion, des jours de joie et d'allégresse viendront» (Is. 51). «Comme une mère caresse son enfant, Moi, je vous consolerai» (Is. 66). Nous ne finirions pas, si nous voulions recueillir toutes les flèches d'amour lancées vers nos cœurs par les prophètes, par les Pères de l'Eglise et par les saints.

«Le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous»: en retour, dit saint Augustin, habitons spirituellement en lui par notre amour (Ep. 120 à Honorius).

Saint Bernard s'écrie: «Pourquoi notre affection sommeille-t-elle en­core? Notre cœur est donc mort, s'il ne se laisse pas toucher par un tel bienfait!».

Entendons saint François s'écrier: «L'amour n'est pas aimé! L'amour n'est pas aimé!».

Combien saint Antoine de Padoue, saint Gaëtan, sainte Thérèse, saint Stanislas aimaient-ils l'Enfant Jésus, pour avoir reçu la grâce mira­culeuse de le porter dans leurs bras!

Résolutions. - O Jésus enfant, votre sourire me sollicite, vos bras se tendent vers moi, votre Cœur d'enfant palpite de tendresse pour moi. Je veux vous aimer, et vous consoler par la pureté de mon cœur, par le dé­tachement des créatures et par la fidèle et persévérante union avec vous.

Colloque avec Jésus enfant.

5 janvier
Veille de l'Epiphanie

LA VENUE DES MAGES

Cum ergo natus esset Jésus in Bethleem Juda, in diebus Herodis regis, ecce Magi ab oriente venerunt Jerosolymam, dicen­tes: Ubi est qui natus est rex judaeorum? Vidimus enim stellam ejus in oriente et venimus adorare eum (S. Mat., 2, 1).

Jésus étant donc né à Bethléem de Ju­da, au temps d'Hérode, voici que des Mages vinrent d'Orient à Jérusalem. Ils disaient: Où est le Roi des juifs nouvelle­ment né? Car nous avons vu en Orient son étoile et nous sommes venus l'adorer (S. Mat., 2, 1).

1er Prélude. Les Mages ont vu l'étoile du Messie, prédite par les prophères et ils sont venus. Quand l'étoile miraculeuse leur fait défaut, ils suivent les voies ordinaires, ils consultent les prêtres et les docteurs.

2e Prélude. Seigneur Jésus, donnez-moi la docilité des Mages et cette parfaite confor­mité à la volonté divine qui était tout le souci de votre Cœur.

Ier POINT: La docilité des Mages à l'appel divin. - Les Mages nous don­nent une grande leçon de docilité et de conformité à la volonté divine. Leur docilité montre d'abord qu'ils étaient habituellement recueillis, calmes, intérieurs. Ils étaient attentifs aux lumières et aux grâces divi­nes. L'étoile merveilleuse fut aperçue par un grand nombre de person­nes, cependant les trois Mages seuls, qui méritent vraiment le nom de sages, suivirent sa direction. Ils se rappelèrent la prédiction de Balaam: Ortetur stella ex Jacob (Aux Nombres, 24. 17).

Les âmes agitées, distraites, ne comprennent pas les conseils divins. Dans une eau tranquille et claire, le soleil peut se refléter avec toute sa grandeur, sa beauté et son éclat, il peut y faire pénétrer ses rayons bien­faisants, de même que tout léger souffle du vent y est aperçu. Il n'en est pas ainsi des eaux troublées, agitées par l'ouragan, soulevées en flots d'écumes: ces eaux représentent les âmes agitées par le péché, les pas­sions et les habitudes mauvaises.

Les Mages vont à la suite d'une étoile, sans savoir où elle les conduit; mais une lumière intérieure les éclaire et ils la suivent docilement. Imi­tons leur fidélité à suivre les inspirations de la grâce. Ils croient ce que Dieu leur révèle, quelque mystérieux et obscur que cela leur paraisse.

Ils entreprennent un long et pénible voyage. Ils se soumettent à de grands sacrifices et à de grandes fatigues pour aller adorer l'Enfant Sauveur. Dieu n'a pas besoin de nos offrandes, mais il aime un cœur généreux et dévoué. Aussi ils seront récompensés en trouvant l'Enfant divin et sa Mère.

IIe POINT: Leur fidélité dans l'épreuve. - Ils ignorent le terme de leur voyage: Ubi est Rex Judaeorum, où est le Roi des juifs? Leur foi et leur confiance sont éprouvées par la disparition de l'étoile, du signe, du gui­de qui les dirigeait. Mais ils sont simples et humbles, ils interrogent: Ubi est? Ils s'adressent à ceux qui peuvent les éclairer: on réunit les princes des prêtres.

L'étoile reviendra quand ils seront presque au but de leurs désirs, au terme de leur voyage. Elle ne servira qu'à les affermir dans la foi et à rendre leur conduite plus méritoire.

Ils achèvent leur route seuls, sans s'inquiéter si le peuple de Jérusalem les suit: Qui cum audissent, abierunt. Ils font preuve de fermeté dans leur foi et de générosité dans leur fidélité à la grâce.

Quand ils auront offert leurs dons, ils seront avertis par un ange pen­dant leur sommeil de ne pas repasser chez Hérode et ils s'en retourne­ront par une autre voie.

Ils cherchaient sans cesse la volonté divine, ils priaient pour la connaître. La grâce ne leur fera pas défaut, ils recevront une réponse à leur prière. Ils ne raisonneront pas, ils ne se demanderont pas si Hérode les attend, si les règles de la civilte seront blessées. Ils savent qu'il faut fuir le monde ennemi de Dieu: Responso accepto, regressi sunt per aliam viam.

IIIe POINT: La docilité des Mages est pour nous un grand exemple de confor­mité à la volonté divine et de correspondance à la grâce.

Nous avons plus de facilité que les Mages pour trouver Notre­-Seigneur et pour connaître sa divine volonté. Il est toujours auprès de nous dans la sainte Eucharistie. Nous n'avons pas un long chemin à fai­re, nous le trouvons quand nous voulons. Nous avons aussi toute facilité pour connaître la volonté de son Père et la sienne. Sa grâce ne nous fait pas défaut pour cela, si nous la demandons. Nos supérieurs et directeurs sont là pour nous conduire en son nom et nous tracer notre voie.

Imitons la docilité des Mages et comme eux nous trouverons «Jésus et sa Mère». Nous le trouverons: ce sera notre joie et la sienne. Nous rem­plirons sa volonté et ses vues en obéissant fidèlement. Cela ne doit-il pas nous suffire? Si seulement le Cœur de notre Seigneur est satisfait, le monde, les ennemis de Dieu n'ont pas besoin de l'être. D'ailleurs le con­tentement du Maître doit être aussi celui du disciple.

C'est là ce qui a fait les saints, l'accomplissement de la volonté divine, la docilité à cette volonté. Leurs manières de vivre, leurs œuvres, leurs travaux, leurs souffrances, leurs luttes, leurs trionphes ont été différents; tout pourtant n'a été que l'accomplissement de la divine volonté, la cor­respondance aux grâces reçues. Ils sont devenus plus grands en sainteté et en perfection suivant la mesure de cette correspondance et la fidélité aux divines inspirations. Chacun comprenait par la lumière de la grâce et par la voix de ses supérieurs ce que Dieu demandait de lui. La voca­tion, la mission était-elle extraordinaire, les grâces et les moyens pour l'accomplir l'étaient aussi: «De celui à qui il a été beaucoup donné, il se­ra aussi beaucoup demandé». Leurs actes de vertu, leurs œuvres héroïques, l'inspiration n'en vient pas de leur propre nature, ni du mon­de, ni du démon mais de l'esprit de Dieu.

C'est à cette impulsion, à cette inspiration qu'ils ont prêté l'oreille de leur cœur. Ils ont accompli leur vocation et se sont sanctifiés eux-mêmes en se conformant fidèlement et docilement à la volonté divine. Notre­Seigneur lui-même n'aura pas d'autre règle de vie. La loi de son Cœur est de faire la volonté de son Père. Voilà notre modèle et l'unique voie à suivre. Redisons l'Ecce Venio du divin Cœur de Jésus.

Résolutions. - Oui, Maître bien-aimé, me voici pour faire votre volon­té. Elle m'est connue par vos inspirations, par ma règle, par mes supé­rieurs. Quid me vis facere? Que voulez-vous que je fasse en ce moment? Que dois-je faire pour contenter votre divin Cœur? Ce sera tous les jours ma ligne de conduite.

Colloque avec Jésus enfant.

6 Janvier
Les dons des Rois Mages

Et intrantes domum invenerunt pue­rum cura Maria matre ejus, et prociden­tes adoraverunt eum: et apertis thesauris suis, obtulerunt ei munera, aurum, thus et myrrham (S. Mat., 2, 11).

Et entrant dans la maison, ils trouvè­rent l'enfant avec Marie sa mère, et se prosternant ils l'adorèrent: puis ouvrant leurs trésors ils lui offrirent pour présents, de l'or, de l'encens et de la myrrhe (S. Mat., 2, 11).

Les Mages offrent l'or de l'amour, l'encens de la prière, la myrrhe du sa­

1er Prélude. crifice.

2e Prélude. Seigneur Jésus, donnez-moi la grâce de comprendre quels dons désire vo­tre divin Cœur.

Ier POINT: Les sens symboliques: l'or du pur amour. - Les mages, parve­nus auprès de Notre-Seigneur voulurent lui témoigner leur amour et leur dévouement. Ils ouvrirent leurs trésors et lui donnèrent des pré­sents, de l'or, de l'encens et de la myrrhe.

Ces dons sont expliqués de diverses manières par la tradition. Les des­seins de Dieu ne sont-ils pas insondables et ses voies impénétrables? (Aux Rom., 11, 33).

Comme les paroles de Notre-Seigneur, ses œuvres sont des trésors inépuisables de lumière et de grâce, de sorte que chaque fidèle peut croi­re qu'elles sont réglées et préparées pour lui seul, pour son état, pour ses besoins. C'est ainsi que saint Paul s'appliquait personnellement les gra­ces de la Rédemption, en disant: «Le Sauveur m'a aimé et il s'est livré pour moi» (Aux Galates, 2). La parole de Dieu a comme la Manne tou­tes les saveurs, elle répond aux goûts et aux besoins de chacun.

Notre-Seigneur donne aux âmes vouées à son Cœur des dons spé­ciaux, mais il demande aussi d'elles quelques vertus spéciales. elles doi­vent aussi pratiquer les vertus ordinaires suivant leur état et leur voca­tion, mais quelques vertus doivent briller spécialement en elles. La pre­mière, symbolisée par l'or, est l'amour pur, véritable et sincère.

Notre-Seigneur demande de nous l'or d'un amour pur dans ses inten­tions, d'une foi vivante et d'une confiance filiale inébranlable. quand l'or est fin et pur, on remarque la trace du moindre attouchement, un souffle affaiblit son éclat. C'est un or pur que Notre-Seigneur demande des amis de son Cœur. C'est un amour pur, fidèle et délicat. Cette per­fection n'est pas de trop pour le don à offrir au Roi des cœurs. On peut y atteindre en coopérant fidèlement à la grâce divine qui est donnée en abondance aux amis du Sacré-Cœur.

IIe POINT: L'encens du sacrifice et de la prière. - Notre-Seigneur deman­de aussi l'encens. Celui-ci est employé aux sacrifices. C'est le sacrifice de la volonté que Notre-Seigneur demande. Quand la volonté lui est sacri­fiée entièrement et sans partage avec les autres facultés de l'esprit qui la servent, elle devient semblable au parfum de l'encens, qui s'élève jusqu'au trône de Dieu, au trône de l'Agneau où il est agréé avec com­plaisance. La volonté propre doit se laisser consumer comme le grain d'encens et disparaître dans les flammes de l'amour du Sacré-Cœur. Ne vouloir que ce que Dieu veut et se remettre entièrement à lui pour le temps et pour l'éternité, c'est là un sacrifice qui lui est agréable. Cette disposition d'être prêt à tout, ce «laisser faire», cette acceptation avec amour de tout ce qui arrive, comme une volonté ou une permission divi­ne, c'est un holocauste qui est cher à Notre-Seigneur.

L'encens symbolise aussi la prière, et celle qui est chère au Sacré-Cœur, c'est celle qui monte droit au ciel comme la fumée de l'encens, celle qui est brûlante de ferveur, celle qui est parfumée par l'amour.

Offrons au Sacré-Cœur ce double encens de la conformité à la volonté divine et de la prière fervente.

IIIe POINT: La myrrhe symbolise la mortification. - Notre-Seigneur de­mande enfin la myrrhe, le parfum des sépultures. C'est le corps, c'est la nature qui sont condamnés à mort. Ce sont les souffrances, quelque nom qu'elles puissent porter et de quelque côté qu'elles viennent, qui doivent être supportées dans l'esprit du pur amour, par amour, et avec amour, en esprit de réparation et d'expiation, en union avec les souffrances de Notre-Seigneur. Elles ont alors une grande valeur et une grande efficaci­té, quelque minimes qu'elles soient en elles-mêmes et quoiqu'elles pa­raissent sans éclat.

Ainsi donc, les trois dons, c'est un cœur pour aimer, un corps pour souffrir, une volonté pour la sacrifier et la soumettre en tout à la volonté divine.

Notre-Seigneur n'a-t-il pas donné l'exemple le plus parfait de ce triple don envers son Père? Où peut-on bien trouver un cœur qui ait aimé plus purement et plus généreusement que celui de notre Sauveur, le Cœur de la victime de l'amour? Qui a plus et plus douloureusement souffert? Et pour qui? et pourquoi? Et sa volonté n'était-elle pas celle de son Père ce­leste! Il l'a rappelé maintes fois dans l'Évangile.

Rappelons-nous seulement son Ecce Venio, qui doit être la maxime fa­vorite des amis de son Cœur, cette parole qui doit être à chaque instant sur leurs lèvres, mais plus encore dans leurs cœurs.

Dans ce mot sont contenus les trois sacrifices qui résument toute leur vocation, leur mission. «Mon Dieu, vous m'avez donné un corps pour le sacrifier, pour souffrir, un cœur pour aimer et pour souffrir aussi, une volonté pour l'immoler comme la plus précieuse victime et la plus agréa­ble à Dieu». C'est là ce qui doit être le sacrifice offert chaque jour à l'Agneau saint et immaculé et avec lui à son Père.

C'était aussi la disposition que Marie exprimait par son Ecce ancilla. Elle s'abandonnait à l'amour divin et elle était prête à tout sacrifier à la volonté divine.

Résolutions. - Seigneur Jésus, je vous renouvelle l'offrande de tout moi-même et ma consécration à votre Sacré-Cœur. Prenez mon cœur, ma volonté, mon corps. Qu'ils soient pour vous comme l'or, l'encens et la myrrhe. Je vous donne mon cœur pour vivre dans votre pur amour, ma volonté pour la sacrifier dans un Ecce venio perpétuel, mon corps pour souffrir ce que votre Providence me demandera.

Colloque avec le Sacré-Cœur.

7 Janvier
Les premières audiences du Roi des rois

Pastores erant in regione eâdem vigi­lantes, et ecce angelus Domini stetit juxta illos et claritas Dei circumfulsit illos, et di­xit angelus: Ecce evangelizo vobis gau­dium magnum quod erit omni populo (S. Luc, 2, 8).

Il y avait des bergers dans le pays, qui veillaient, et l'ange du Seigneur vint près d'éux, une lumière céleste les envelop­pait. L'ange dit: Je vous annonce une grande joie qui sera pour tout le peuple (S. Luc, 2, 8).

1er Prélude. Le premier message du ciel, à la naissance du Sauveur, est pour les ber­gers, pour les hommes du travail et du peuple.

2e Prélude. Seigneur Jésus, donnez-moi la grâce d'être bon et dévoué comme vous pour les petits et les humbles.

Ier POINT: C'est le peuple d'abord qui est admis à la crèche. - Ce sont les bergers. Ce sont les petits, les humbles, les travailleurs. Le maître des céré­monies, l'ange du Seigneur va les chercher: ecce angelus domini stetit juxta il­los. Il leur annonce la grande nouvelle et leur dit: allez à Bethléem, vous trouverez l'enfant et sa Mère qui vous attendent.

C'est après cela seulement que l'ange appelle ses frères du ciel qui viennent chanter leur Noël.

Les bergers vont à Bethléem, ils adorent, ils contemplent. Jésus, Ma­rie et Joseph leur sourient.

Isaïe l'avait prédit: Jésus annoncera de préférence la bonne nouvelle aux pauvres: evangelizare pauperibtis misit me.

Les bergers amènent à la sainte famille une génisse et une ânesse, nous dit saint Bonaventure. Il y a de la générosité chez le pauvre.

Ils trouvent l'enfant couché sur le foin. Marie l'a enveloppé dans son voile (saint Bonaventure). Ses larmes, ses pauvres langes, sa crèche et l'étable impressionnent les bergers. La préférence de Jésus pour la pau­vreté console les pauvres et les guérit de l'envie.

Tout cela a été voulu et choisi par le Cœur de Jésus. Il a donc une ten­dresse particulière pour les petits et les humbles. Imitons-le et soyons bons et dévoués pour les pauvres.

IIe POINT: C'est le prêtre qui est admis en second lieu. - Le prêtre est là pour le mystère de la circoncision, huit jours après la naissance du Sau­veur. Le clergé sera plus amplement représenté à la Purification de Ma­rie.

L'esprit de Dieu conduit ce jour-là, à la Purification, le prêtre Siméon et Anne la veuve, les représentants du clergé et des monastères, au tem­ple de Dieu, qui va être visité par le Pontife éternel.

Siméon et Anne prophétisent. Ils reçoivent Jésus dans leurs bras. Ils l'offrent au ciel pour le salut du monde.

Et non pas eux seulement, mais le clergé du temple. Sainte Françoise Romaine, dans une vision, vit les prêtres et les lévites, qui célébraient alors les sacrifices, venir comme en procession, saluer et adorer l'Enfant divin, le Messie. C'était bien l'audience donnée au clergé par le Roi des rois.

Elle est solennelle, elle est à méditer pour les âmes consacrées. Que de grâces le divin Enfant leur a préparées ce jour là!

En caressant Siméon, c'est à tous les prêtres qu'il donne un signe d'amitié. Il est dans les bras de Siméon, plein de tendresse et prodigue de grâces, comme il sera dans les mains de ses prêtres tous les jours au sacrifice de la messe. Siméon s'écrie: Mes yeux ont vu le salut et le Sau­veur: viderunt oculi mei salutare tuum. Les prêtres voient chaque jour dans leurs mains le salut et la source de toutes grâces.

Les veuves qui vivaient au temple représentaient la vie religieuse dans l'Ancien Testament. Anne était donc là comme la messagère de toutes les communautés religieuses pour saluer Jésus enfant et lui dire leur ten­dresse.

Là aussi Notre-Seigneur montre les préférences de son Cœur pour la simplicité et la pauvreté. Marie n'avait pas même un agneau à offrir. El­le offre deux pigeons. Jésus est racheté par cinq sicles, cinq petites pièces de monnaie, comme le fils d'un ouvrier. Devant le clergé, Jésus a voulu montrer son amour pour la simplicité.

IIIe POINT: Ce sont enfin les grands, les riches du monde, les Mages.

On fête leur visite au 6 janvier, mais ils ne vinrent probablement que vers le 15 février.

Il fallait le temps de leur voyage depuis l'apparition de l'étoile à Noël. Et puis comme leur visite fut suivie immédiatement de la fuite en Egyp­te, cette visite ne peut se placer qu'après la Purification.

La tradition et la liturgie placent la fuite en Egypte le 17 février, l'ado­ration des Mages eut donc lieu entre le 2 et le 16 février. C'est le senti­ment de beaucoup d'exégètes (Patrizzi, Papebrock, les Bollandistes, etc.).

Les grands offrent l'or, l'encens et la myrrhe. Jésus les bénit, dit saint Bonaventure, et détourna ses yeux de l'or. Marie donna l'or aux pau­vres, en nous donnant ainsi une double leçon de détachement des riches­ses et de charité pour les pauvres.

La meilleure condition pour le salut est celle des personnes modestes qui ont à travailler pour gagner leur vie, et les riches ne devraient pas se dispenser du travail pour se livrer à une vie oisive.

Le travail est bon pour la santé de l'âme.

Les riches sont en danger de se perdre, parce qu'ils ont trop de facilité pour satisfaire leurs penchants naturels à la vanité, à la sensualité, à la mollesse. Notre-Seigneur l'a dit, il leur est difficile d'entrer au royaume des cieux.

Résolution. - Bon Maître, donnez-moi la grâce de comprendre la va­nité des richesses et des jouissances mondaines et d'imiter la bonté et le générosité de votre divin Cœur pour les petits et les humbles.

Colloque avec Jésus et Marie à Bethléem.

8 janvier
La royaute de Jésus

Ecce Magi ab Oriente venerunt Jeroso­lymam dicentes: ubi est qui natus est rex Judaeorum?… et apertis thesauris suis obtulerunt ei munera, aurum, thus et myrrham (S. Mat., 2, 1 et 11).

Des Mages vinrent d'Orient à Jérusa­lem, ils disaient: Où est le Roi des juifs nouveau-né?… Ils ouvrirent leurs trésors et lui offrirent des présents, de l'or, de l'encens et de la myrrhe (S. Mat., 2, 1 et 11).

1er Prélude. J'admire ces rois qui viennent offrir leur tribut au Roi des rois.

2e Prélude. O divin Roi, régnez sur mon cœur, régnez sur les âmes, régnez sur les sociétés!

Ier POINT: Jésus est le Roi des rois. - David a vu prophétiquement ces rois-mages et les a décrits au psaume 71: «Les rois de Tharsis et des îles lui offriront des présents; les rois d'Arabie et de Saba lui apporteront leurs tributs. Tous les rois de la terre l'adoreront et tous les peuples le serviront».

Rien n'est mieux marqué dans l'Ancien et le Nouveau Testament que la royauté du Christ.

Ce que l'Ancien Testament disait de Dieu, qu'il est le Roi des rois et le Maître des maîtres (Deut., 10), l'Apocalypse le dit plusieurs fois du Christ. - «Il est le premier-ne d'entre les morts et le Prince des rois de la terre» (Ap., 1, 5). «L'agneau triomphera de tous les rois, parce qu'il est le Maître et le Roi de tous ceux qui règnent» (Ap., 17, 14). «Le Verbe de Dieu règnera sur tous les peuples; le titre écrit sur son blason est: Roi des rois et Maître des maîtres» (Ap., 19, 16).

Tout le psaume deuxième est le chant de gloire de la royauté du Christ: «Les rois lutteront en vain contre lui. Dieu lui dit: demande-moi toutes les nations en héritage et je te les donnerai, tu règneras sur tous les rois».

Saint Paul dit aux Colossiens: «Le christ est le chef de toute principau­té et de toute puissance» (2, 10).

Nous avons vu dans tous les siècles le beau règne du Christ. C'est son droit, il a conquis la couronne en rachetant les hommes et les sociétés. Ce règne peut rencontrer des difficultés et des épreuves, mais toujours le Christ triomphera. «C'est en vain, dit David, que les rois et les peuples ont conspiré contre Dieu et son Christ, le roi des cieux se rira d'eux» (Ps, 2).

IIe POINT: Sa royauté est sans limites. - Son royaume n'est pas de ce monde parce qu'il vient de plus haut; il ne procède pas des moyens ordi­naires: l'hérédité, l'élection, la conquête. Il a son origine au ciel, il puise son droit au sein du Père, d'où procède le Verbe. Sa royauté, comme celle du Père, avec laquelle elle se confond, s'étend sur l'immensité du monde. Elle enveloppe la terre entière d'un pôle à l'autre, du levant au couchant, atteignant partout les âmes, et par les âmes les nations, qui en sont les groupements nécessaires et voulus de Dieu. «Tout pouvoir lui a été donné au ciel et sur la terre» (S. Mat., 28). «Allez, dit-il, enseignez et baptisez les nations, (et non pas seulement des âmes isolées). Enseignez-­leur à observer mes commandements, et je serai avec vous pour vous soutenir jusqu'à la consommation des siècles».

Instruit par ces enseignement du Seigneur, je veux détester l'erreur li­bérale. Non, le laïcisme et la sécularisation de l'Etat ne sont pas un pro­grès. Les nations comme les âmes doivent reconnaître, aimer et servir Dieu, leur Créateur et Rédempteur. Ce n'est pas qu'il faille user de vio­lence envers les non-catholiques. Qu'ils servent Dieu de leur mieux, pourvu qu'ils observent le décalogue, qui n'est pas autre chose que la re­ligion naturelle. Mais l'Etat, par devoir et pour être béni, doit s'incliner devant le Christ et observer son culte et sa morale. «Cherchez d'abord le règne de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné par surcroît» (S. Mat., 6, 33). C'est Notre-Seigneur lui-même qui l'a dit et c'est pour les peuples, aussi bien que pour les âmes.

Le Christ s'intéresserait-il moins aux peuples chrétiens qu'au peuple d'Israël? C'est insensé de le penser. Or, nous voyons à chaque page de la Bible que le peuple de Dieu est béni quand il observe la justice de Dieu, et ses préceptes, et qu'il est puni quand il s'en écarte. «Bienheureux le peuple qui reconnaît le Seigneur pour son Dieu» (Ps. 143).

Je me ferai sur ce point l'écho des doctrines catholiques et je m'effor­cerai de créer autour de moi un courant d'idées contre les erreurs du li­béralisme.

IIIe POINT: Sa royauté n'aura pas de fin. - L'archange Gabriel l'a dit à Marie: «Il sera grand et le Fils du Très-Haut et son règne ne finira pas». Notre-Seigneur a confirmé cette promesse; «J'ai tout pouvoir au ciel et sur la terre, et je suis avec vous jusqu'à la fin des siècles» (S. Math., 28).

Satan luttera jusqu'au bout. Plusieurs de nous seront séduits, entraînés, perdus; mais Jésus et son Eglise triompheront toujours. Depuis dix-neuf siècles, l'Eglise a grandi sans rien perdre de ses tré­sors spirituels, de ses dogmes, de son Evangile, de ses sacrements. Elle demeure avec sa force conquérante, c'est le sang rédempteur, sorti du divin Cœur de Jésus, qui est son trésor de guerre. Tout passe auprès d'elle, les empires et les royaumes. Elle baptise de nouveaux peuples. El­le étend le règne de la justice et de la charité, elle est toujours universelle.

C'est elle qui relève les nations par une nouvelle infusion des vertus évangéliques. L'amour de l'Eglise ne se sépare pas de l'amour de la pa­trie.

Résolution. - Zèle pour le règne de Notre-Seigneur. - Je dois le faire régner d'abord dans ma vie privée en lui soumettant toute ma volonté, toutes mes actions. Je dois travailler à son règne social par l'apostolat et par la vraie doctrine. Je me dévouerai spécialement au règne du Sacré­-Cœur, comme Notre-Seigneur le désire pour le temps présent.

Colloque avec le divin Roi.

9 Janvier
Le dimanche dans l'octave

Sur la vie cachee

Et descendit cum eis et venit Nazareth: et erat subditus illis. Et Mater ejus conser­vabat omnia verba haec in corde suo.

Et Jésus proficiebat sapientia et aetate et gratia apud Deum et homines (S. Luc, 2, 51).

Il s'en alla ensuite avec eux et vint à Nazareth; et il leur était soumis. Or sa mère conservait toutes ces choses dans son cœur.

Et Jésus croissait en sagesse, en âge et en grâce devant Dieu et devant les hom­mes (S. Luc, 2, 51).

1er Prélude. A Nazareth, Jésus obéissait, il grandissait en sagesse, en âge et en grâce. Marie méditait sur les mystères dont elle était le témoin.

2e Prélude. Faites-moi comprendre, ô Jésus, que je dois vivre dans l'humilité, le si­lence, le travail et attendre l'heure où vous voudrez de moi une action extérieure.

Ier POINT: Vie cachée. - Jésus était venu pour opérer la grande œuvre de la réconciliation. Tout était prêt et cependant il mène une longue vie de trente années , inconnue, cachée, en apparence inactive et inutile.

Le Rédempteur avait été promis au genre humain et annoncé par les prophètes. Les signes de sa venue étaient marqués. Il était attendu par les justes avec un ardent désir. Des prodiges s'accomplirent à sa naissan­ce. La nature elle-même manifesta sa joie de la venue du Créateur. Une étoile merveilleuse étonna les sages de l'Orient et les amena à la crèche.

Mais bientôt après, quel silence! Tout rentre dans l'obscurité et le cal­me. Ceux qui croyaient véritablement, qui suivaient l'attrait de la grâce, la voix des anges et les inspirations du Saint-Esprit, conservaient dans leur cœur le souvenir des mystères qui avaient eu un éclat si court. Ils adoraient dans le silence, dans l'espérance et l'abandon, les décrets de la sagesse, de l'amour et de la miséricorde de Dieu. Et cette vie obscure, vie de soumission, de travail et de pauvreté va durer trente années!

Qui est bien en état d'approfondir les voies de la sagesse, de l'amour et de la bonté de Dieu? Qui peut concevoir et compter les actes de vertu de ces années d'obscurité? Et pourquoi donc tout cela? Pourquoi ce voyage pénible et long dans un pays païen et idolâtre? Parce que Jésus était victime, parce qu'il était libérateur et rédempteur; parce que cela répondait à des desseins de miséricorde que les hommes ne pouvaient pas comprendre parfaitement.

IIe POINT: Abandon à la Providence. - L'ange dit à Joseph dans le sommeil: «Prends l'enfant et fuis en Egypte, car Hérode cherche à tuer l'enfant, et reste là jusqu'à ce que je te le dise». Quelle foi, quelle con­fiance, quelle obéissance, quel abandon manifestent Marie et Joseph qui se remettent aux mains de la Providence, comme les instruments dociles de la volonté divine! Aussi leur présence, leurs vertus et leurs mérites, comme aussi les mérites du divin enfant ainsi méconnu et méprisé, jetè­rent les fondements du christianisme sur cette terre infidèle de l'Egypte.

Jésus avait dit: «Voici que je viens, ô mon Dieu, pour faire votre vo­lonté». C'est pour remplir cette volonté que malgré son zèle brûlant et son amour ardent pour les âmes, il attend l'heure marquée pour toutes choses par son Père.

A Nazareth, c'était une vie bien peu glorieuse aux yeux du monde que ce travail quotidien par lequel Jésus gagnait son pain à la sueur de son front. Mais cette humiliation était précisément le salut du monde. Par là Jésus payait la dette du monde et guérissait les plaies mortelles de son or­gueil et de sa mollesse. Il était victime volontaire. Son Cœur sacré s'im­molait dans le silence. Il accomplissait la volonté de son Père qui l'avait envoyé, et tout acte accompli par lui dans cette obscurité, dans cet abais­sement, était d'une valeur infinie et pouvait racheter millemondes.

C'est ainsi que ceux qui s'offrent en victimes au Sacré-Cœur, à son exemple et avec sa grâce doivent s'abandonner à la volonté divine dans la vie cachée.

Une fois Jésus manifesta sa mission divine, c'était au Temple à Jéru­salem. Puis il rentra bien vite dans l'obscurité de Nazareth. Remar­quons en passant que c'est au Temple qu'on le retrouve et non dans les rues populeuses, ni parmi les parents et amis. Après cela, l'Evangile dit de lui: «Il descendit avec eux à Nazareth et il leur était soumis et croissait en sagesse, en grâce et en amabilité devant Dieu et devant les hommes». Ces mots résument toute sa vie cachée.

IIIe POINT: Conformité à la volonté divine. -Jésus était soumis a Joseph et à Marie, qui lui furent donnés par son Père céleste, comme Père, comme Mère, comme protecteurs et coopérateurs, et en leur personne il obéissait à son Père céleste. Il grandit jusqu'à l'heure fixée par son Père pour l'action extérieure.

Grandir, progresser dans la vertu, dans la soumission et la conformité à la volonté divine, attendre et ne pas vouloir hâter par le zèle propre les desseins d'un Dieu infiniment saint et sage; ne pas vouloir lui donner plus de gloire ou par une autre voie et d'autres moyens que ceux qu'il demande ou indique, tel est l'exemple que Notre-Seigneur a donné.

Le monde tient ces vertus silencieuses si agréables à Dieu, pour de la déraison, de l'ignorance, de l'incapacité. Cependant c'est la sagesse ve­nue du ciel et pratiquée par le Fils de Dieu. Laissons le monde exécuter ses œuvres selon son esprit. Le monde, c'était Hérode qui voulait régner seul et briller, et qui pour cela voulait faire périr Jésus. Jésus prit la fuite, pour obéir, pour être pauvre, délaissé et inconnu; et par là il expie et ré­pare les vices de l'esprit du monde.

Aimons l'humilité, la pauvreté, l'obscurité comme le cœur de Jésus les a aimées, et ne cherchons pas l'action extérieure, jusqu'à ce que la Providence en marque l'heure.

Résolution. - A votre exemple, ô mon Sauveur, je veux aimer la vie cachée, l'humilité, le silence, l'obéissance. C'étaient les vertus chères à votre Cœur. C'est vous seul que je veux contenter et non pas le monde. Je ne m'appliquerai aux œuvres extérieures qu'autant que votre volonté sera bien marquée et que votre heure sera venue.

Colloque avec Jésus enfant.

10 janvier
Sur la simplicité
avec laquelle il faut aller a Jésus

Et descendit cum eis et venit Nazareth: et erat subditus illis. Et Jésus proficiebat sapientia et aetate et gratia apud Deum et homines (S. Luc, 2, 51).

Il alla avec eux à Nazareth, et il leur était soumis… Et Jésus croissait en sages­se, en âge et en grâce devant Dieu et de­vant les hommes (S. Luc, 2, 51).

1er Prélude. Représentons-nous le divin Enfant, simple, caressant, familier avec Ma­rie et Joseph.

2e Prélude. O Jésus, donnez-moi cette simplicité des colombes que vous nous avez re­commandée.

Ier POINT: Notre-Seigneur désire que nous allions à lui avec simplicité. - Le disciple: Seigneur, je commence par un acte de simplicité en vous de­mandant aujourd'hui de me parler vous-même. - Le Sauveur: Com­prenez la sainte liberté et simplicité avec lesquelles vous devez vivre avec moi: «Estote simplices sicut columbae. Soyez simples comme des colombes» (S. Math., 10). Je ne demande pas une tension pénible de l'esprit pour être attentif à penser à moi à tout instant. Lorsque vous aurez passé quelque temps sans me produire d'actes d'amour, au lieu de vous dése­spérer et de croire que vous ne pourrez jamais faire ce que j'attends de vous venez à moi simplement. Dites-moi avec une tendresse pleine d'abandon, que vous m'aimez; demandez-moi pardon de m'avoir ou­blié et n'y pensez plus. Agissez de même dans ces mille petites faiblesses dont vos journées sont remplies.

Ne vous désolez pas de n'avoir pas fait mieux que vous ne pouvez. Offrez-moi tous les petits sacrifices que vous voudrez, mais gardez-vous bien de passer votre temps à compter tout ce que vous faites. Les petits sacrifices que je demande doivent m'être offerts spontanément: Hilarem datorem diligit Deus (2e aux Cor., 9, 7).

Parlez-moi comme un ami parle à son ami, un enfant à sa mère. «Je ne vous appelle plus des serviteurs, mais des amis», disais-je à mes disci­ples. «Vous avez reçu l'esprit d'adoption des enfants», vous dit S. Paul (aux Rom., 8). Imaginez-vous que vous êtes un enfant admis près de moi à Nazareth et comportez-vous avec moi comme vous feriez si cette imagination était une réalité. Mon cœur fait ses délices de ces épanche­ments pleins de candeur et de simplicité: Deliciae meae esse cum filiis homi­num.

IIe POINT: Les simples sont les plus favorisés auprès de Jésus. - Le Sau­veur: Je n'exige pas comme un maître morose qu'on soit toujours vis-à­vis de moi dans une attitude qui sente la gêne et la contrainte. Il me faut de la simplicité, de la candeur. Pourquoi une piété mal entendue empêche-t-elle trop souvent ces doux épanchements avec moi? Les âmes simples ne connaissent pas les tortures de cette contrainte, elles viennent à moi tout droit. Elles me parlent sans art, comme elles sentent et com­me elles pensent. Je me complais dans cette simplicité. J'accorde à ces âmes des grâces que je refuse aux superbes: humilibus dat gratiam (S. Jac., 4).

Que de savants dans la doctrine de la vérité sont ignorants dans l'art de converser avec moi! Ils s'imaginent que pour venir à moi, pour être admis dans l'intimité de mon Cœur, il faut tout un attirail d'artifices in­génieux.

On m'assiège comme on assiègerait une place redoutable, à grand renfort de tactique, et pendant ce temps-la les simples viennent tout droit dans mon Cœur.

Si vous êtes fidèles à cet abandon plein de simplicité, lors même que vous ne sentiriez pas ma présence, je serai en vous. «J'aime ceux qui m'aiment» (Prov., 8). «Si quelqu'un m'aime, mon Père l'aimera, et nous viendrons à lui et nous ferons en lui notre demeure» (S. Jean, 14, 25).

Je veux jouir du cœur de mes amis, c'est dans leur affection que mon Cœur trouve son bonheur et si même je ne leur fais pas sentir ma pré­sence, je suis avec eux et ils font ma joie quand ils m'aiment.

Beaucoup se font de moi une idée très inexacte, ils agissent comme fai­saient mes apôtres quand je leur ai reproché d'éloigner de moi les en­fants. Les enfants entendaient parler de ma bonté et de l'accueil bienfai­sant que je faisais à tous, ils voulaient me voir. Ils accouraient avec la simplicité de leur âge pour voir Jésus, lui parler, recevoir sa bénédiction. Mes apôtres, qui ne me connaissaient pas alors comme ils me connurent depuis, croyaient bien faire en éloignant ces pauvres petits, ils les consi­déraient comme des importuns. Je leur donnai alors doucement une leçon qu'ils comprirent. J'attirai à moi ces enfants, je les embrassai avec bonté, je les bénis et je dis à mes apôtres combien j'aimais ces enfants. J'ajoutai que le royaume des cieux est à eux et à ceux qui leur ressem­blent. Ceux-là leur ressemblent qui viennent à moi dans la simplicité de leur cœur, pour me dire qu'ils m'aiment, pour recevoir de moi une marque d'affection, pour me donner leur cœur.

IIIe POINT: Notre-Seigneur aimait aussi la simplicité de ses disciples. - N'étais-je pas moi-même, peut-il nous dire, d'une grande simplicité avec mes apôtres, pour les encourager à faire de même. Je vivais avec eux familièrement, prenant part à tous les détails de leur vie: prières, re­pas, conversations, repos; m'intéressant à leurs joies et à leurs peines. Je les ai appelés mes amis, et je leur en ai dit le motif, c'est qu'un ami dit tout à ses amis.

Ce que j'ai été avec eux, je veux l'être avec mes disciples de tous les temps, je veux l'être avec vous.

Examinez-vous maintenant sur votre manière d'agir avec moi. Etes­vous venu à moi habituellement avec simplicité? Avez-vous été pour moi ce qu'un ami est pour son ami?

Vous surtout, qui êtes voués à mon Cœur, ne devez-vous pas imiter plus particulièrement la simplicité confiante de mes amis, de Madeleine qui se tenait à mes pieds, de Jean qui reposait sa tête sur ma poitrine?

Résolution. - Pardonnez-moi, Seigneur, d'avoir si peu pratiqué jus­qu'ici cette simplicité que votre divin Cœur aime tant et que vous avez recommandée de tant de manières à vos disciples. Je veux commencer aujourd'hui à aller à vous en toutes circonstances avec simplicité, pour vous dire que je vous aime, pour vous demander pardon de mes sottises, pour vous demander vos lumières, vos conseils et votre secours.

Colloque avec Jésus à Nazareth.

11 janvier
Encore la simplicité et l'esprit d'enfant

Advocans Jésus parvulum, statuit eum in medio eorum; Et dixit: Amen dico vo­bis, nisi conversi fueritis et efficiamini si­cut parvuli, non intrabitis in regnum coe­lorum. Quicumque ergo humiliaverit se sicut parvulus iste, hic est major in regno coelorum (1 Mat., 18, 2).

Jésus appelant un petit enfant, le mit au milieu d'eux et dit: Je vous le dis, si vous ne vous convertissez et ne devenez comme de petits enfants, vous n'entrerez pas au royaume des cieux. Celui qui s'hu­miliera comme ce petit, sera le plus grand au royaume des cieux (S. Mat., 18, 2).

1er Prélude. Plus tard encore, Jésus montrera un petit enfant à ses apôtres pour les in­viter à en imiter la simplicité.

2e Prélude. Seigneur, affermissez-moi dans cette simplicité qui doit être le partage des amis de votre Cœur.

Ier POINT: Eloge de la simplicité et sa définition. - On la sent mieux qu'on ne l'explique.

C'est l'innocence et la droiture de cœur souvent louées par l'Ecriture. «Job n'a pas eu de semblable, parce qu'il était simple et droit: Simplex et rectus» (Job., 1).

Un homme simple selon l'esprit de l'Evangile, c'est un homme qui n'a qu'une vue, qui ne veut que Dieu et qui le cherche par la voie la plus droite.

La simplicité, dit Cassien, c'est une habitude de l'âme qui la rend in­capable de toute duplicité. L'âme simple ne cherche pas à concilier Dieu et le monde. Elle cherche à faire ce que Dieu veut, et c'est tout. Qu'im­porte que les autres la trouvent singulière! Tobie paraissait singulier quand il fuyait le commerce des idolâtres et allait seul à Jérusalem ren­dre ses hommages au vrai Dieu (Tob., 1, 6).

Daniel paraissait singulier quand au milieu d'une cour idolâtre, il se tournait trois fois par jour du côté de la sainte cité pour offrir ses prières au Seigneur (Daniel, 6, 10).

Toutefois, en dehors des choses de nécessité et de règle, la simplicité évite l'extraordinaire dans la vie extérieure. elle fait consister la vraie sainteté surtout dans les vertus intérieures: la douceur, la patience, la mortification.

Les plus grands saints ont paru aimer moins la prudence du serpent que la simplicité de la colombe. «Je ne sais, disait saint François de Sa­les, ce que m'a fait cette vertu de prudence: j'ai de la peine à l'aimer, et si je l'aime ce n'est que par force et par nécessité; oui, les petites colom­bes me paraissent plus aimables, et je donnerais cent serpents pour une colombe».

Saint François de Sales avait éminemment l'esprit d'enfant tant re­commandé par Notre-Seigneur à ses apôtres.

IIe POINT: Marques de la vraie simplicité. - En voici quelques-unes:

l° Soumettre ses lumières à ceux qui ont autorité. Notre-Seigneur n'a-t-il pas enseigné à Nicodème que pour devenir son disciple il faut re­devenir un enfant et en pratiquer la candeur et la docilité? (1 Jean, 3).

2° La simplicité fuit l'empressement et n'imite pas ces âmes qui croient, dit saint François de Sales, pouvoir en un quart d'heure arriver à la perfection.

3° Elle porte avec elle la paix et la tranquillité. Elle va à Dieu avec confiance. elle sait que Dieu se communique à ceux qui vont à lui avec la simplicité de leur cœur: Cum simplicibus sermocinatio ejus (Prov., 3, 32).

4° Elle ne refuse pas à Dieu les sacrifices qu'il demande. «Dans la simplicité de mon cœur, j'ai tout donné: in simplicitate cordis met loetus ob­tuli universa» (Parai., 27).

5° Elle est sociable, douce et modeste avec le prochain: «sans querel­le, simples comme des enfants de Dieu» (Phil., 2, 15). «Sans dissimula­tion» (S. jac., 3, 17).

6° L'âme simple est douce et humble de cœur. C'est justement le portrait que Notre-Seigneur a tracé des longues années qu'il a passées dans la simplicité à Nazareth: «Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur» (S. Mat., 11).

IIIe POINT: Les fruits de la simplicité. - Dieu prend ses complaisances en ceux qui marchent devant lui dans la simplicité de leur cœur: voluntas ejus in iis qui simpliciter ambulant. C'est au livre des Proverbes (chap. 11).

Dieu déteste les cœurs doubles et hypocrites. Ceux qui usent de dissi­mulation et de ruse provoquent sa colère (job., 36). L'Esprit Saint se re­tire de ceux qui sont doubles et dissilumés (Sap., 1, 5).

Nathanael a gagné le Cœur de Notre-Seigneur par la simplicité et la droiture de son cœur (S. Jean, 1, 47).

Dieu ne méprisera jamais la simplicité, dit Job. Il ne rejettera pas ceux qui viennent à lui avec simplicité: Non projiciet simplicim (job., 8, 10). Le Saint-Esprit nous assure qu'il le comblera de ses dons et de ses bé­nédictions: Simplices possidebunt bona ejus (Prov., 28, 10).

Le simple réussit dans ses desseins et Dieu le bénit. Il suit les voies de Dieu, c'est sa force; il peut marcher avec confiance (Prov., 10, 9 et 29).

Dieu déjouera ceux qui sont doubles et donnera sa grâce aux humbles (Prov., 3, 34).

Les simples sont caressés, choyés par Jésus, comme ces enfants de l'Evangile que Jésus attirait à lui malgré ses apôtres. «C'est en imitant cette innocence et cette candeur des enfants, disait Jésus, que vous vous rendrez agréables à mon cœur» (S. Math., 18).

Comment hésiterions-nous à aimer et à pratiquer la simplicité?

Résolutions. - Seigneur, je veux aller à vous avec la simplicité d'un petit enfant. Pour vous prier, pour vous offrir toutes mes actions, je me présenterai comme un petit enfant simple, affectueux et confiant, ce sera le moyen de contenter votre divin Cœur et d'obtenir vos bénédictions et vos caresses.

Colloque avec Jésus à Nazareth.

12 Janvier
La royauté du Sacré-Cœur

In illa die, radix Jesse, qui stat in si­gnum populorum, ipsum gentes depreca­buntur, et erit sepulcrum ejus gloriosum…

Et levabit signum in nationes et congre­gabit profugos Israël (Is., 11, 10).

En ce temps-là, le rejeton de Jessé, qui sera le signe de ralliement des peuples, re­cevra les hommages des nations. Son sé­pulcre sera glorieux.

Il présentera aux peuples son labarum et ra­mènera à lui les restes d'Israël (Is., 11, 10).

1er Prélude. La fête de l'Epiphanie reporte notre pensée au règne du Sacré-Cœur, qui semble prédit par Isaïe dans ses chapitres 11e et 12e.

2e Prélude. O Jésus, révélez-moi le règne de votre Cœur et faites-moi collaborer à sa diffusion.

Ier POINT: Notre-Seigneur veut régner par son Cœur. - Le règne de Notre-Seigneur s'étend depuis dix-neuf siècles. Avec Constantin, il a conquis les trones et les peuples.

Au fond, c'était toujours le cœur de Jésus qui régnait, puisque Jésus régnait par son amour et par son sang et que l'amour et le sang viennent du cœur. Mais le Cœur restait caché dans la poitrine de Jésus, comme la rose en bouton reste fermée et cachée dans le vert calice des sépales. Mais voici que la rose s'ouvre. Le Cœur empourpré de Jésus sort de sa poitrine. Marguerite Marie assiste la première à cet épanouissement. Désormais c'est la rose ouverte du Cœur de Jésus qui règnera.

Jésus le veut, et il le faut: oportet illum regnare (aux Cor., 15, 25). «Le Sacré-Cœur règnera malgré ses ennemis, nous dit Marguerite Marie. Oui, il règnera, il me l'a dit. Ce mot me transporte de joie!». Il règnera dans les âmes par l'amour. Il règnera dans les sociétés par les hommages qu'on lui rendra et par une nouvelle effusion de justice et de charité dans la vie sociale.

Notre Seigneur veut dans les derniers siècles régner par son Cœur, comme dans les premiers il a régné par sa Croix. «Mon divin Sauveur, dit la Bienheureuse, me fit connaître que cette dévotion était un dernier effort de son amour, qui voulait favoriser les chrétiens en ces derniers siècles, leur proposant, en même temps, un objet et un moyen si propre pour les engager à l'aimer et à l'aimer solidement» (Lettre 126 à son di­recteur).

IIe POINT: Le règne du Sacré-Cœur sera contredit et attaqué. - «Satan, écrit la Bienheureuse, est enragé de voir que, par le moyen salutaire de l'aimable dévotion au Sacré-Cœur, il verra lui échapper bien des âmes qu'il croyait déjà tenir. Aussi a-t-il menacé qu'il ferait naître des obsta­cles à tout ce qu'on ferait pour l'établir.

«Il faut nous résoudre à soutenir généreusement toutes les difficultés et bourrasques de Satan, et il ne faut point nous étonner de toutes les con­tradictions que nous rencontrerons en travaillant à établir le règne de cet aimable Cœur.

«Les croix et les oppositions sont une des marques les plus assurées que la chose vient de Dieu et qu'il en doit être beaucoup glorifié par le règne du Sacré-Cœur de son divin Fils» (Lettre à la mère de Saumaise).

«Pour moi, disait-elle encore, plus je vois de difficultés, plus je trouve de peines, de calomnies et de douleurs plus je me sens fortifiée et encou­ragée à poursuivre, et plus j'ai d'espérance dans la pensée que Dieu en sera glorifié et que tout réussira à la gloire de cet aimable Cœur, pour le salut de plusieurs âmes, puisque ses œuvres ne s'accomplissent que par­mi les contradictions» (47e lettre, à la sœur Joly).

Voilà notre programme d'action: Courage et persévérance, malgré toutes les contradictions. Travaillons au règne du Sacré-Cœur dans les âmes et dans les sociétés.

Satan opposera mille embûches à tous nos pas. Il ne déteste rien tant que ce règne du Sacré-Cœur qui prépare sa défaite définitive.

IIIe POINT: Le règne du Sacré-Cœur est certain, il sera universel. - «Lor­sque Satan suscitait contre le règne du Cœur de Jésus des contradictions et des oppositions, dit la Bienheureuse, je recourais à la bonté de cet ai­mable Sauveur, qui soutenait mon courage en me disant: «Laisse-les fai­re, ne crains rien; je régnerai malgré Satan et ses suppôts; j'attends au passage tous ceux qui voudront s'y opposer«. - «Cette parole, qu'il me redisait sans cesse, ajoute-t-elle, me donnait une confiance et une assu­rance inébranlables» (Lettre 106, etc.).

«A mesure que je voyais les heureux progrès de ce règne, dit-elle enco­re, j'entendais ces paroles: Ne t'ai-je pas bien dit que si tu pouvais croi­re, tu verrais l'effet de tes désirs s'accomplir? Le ciel et la terre passeront plutôt que mes paroles ne soient sans effet. - L'adorable Cœur de Jésus se fera donc connaître et établira son empire malgré l'enfer. Il régnera malgré toutes les contradictions…».

«Heureux sont ceux dont il se sera servi pour établir son règne!». Le règne du Sacré-Cœur sera universel. «L'adorable Cœur de Jésus, dit la Bienheureuse, veut établir dans tous les cœurs le règne de son amour, en ruinant et détruisant l'empire de Satan… que tout fléchisse donc devant lui! que tout soit soumis, que tout obéisse à son divin amour».

C'est par son amour et par son sang que Jésus a racheté le monde. Le monde appartient à son divin Cœur, organe de son amour et source de son sang.

Il faut dire du Sacré-Cœur ce que le Psaume dit du Messie: Toutes les nations lui ont été données en héritage.

Résolution. - Divin Cœur de Jésus, régnez pleinement sur mon cœur que je vous consacre entièrement.

Régnez aussi sur les nations par le culte qu'on vous rendra et par une nouvelle effusion de justice et de charité. Je veux y contribuer par quel­que œuvre de zèle.

Colloque avec le Sacré-Cœur.

13 Janvier
Le règne intime du Sacré-Cœur par l'amour

Venite ad me omnes qui adoratis et onerati estis et ego reficiam vos.

Tollite jugum meum super vos et disci­te a me, quia mitis sum et humilis corde; et invenietis requiem animabus vestris (S. Mat., 11, 28).

Venez à moi, vous qui souffrez et tra­vaillez et je vous soulagerai.

Prenez mon joug et apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes (S. Mat., 11, 28).

1er Prélude. Venez à moi, nous dit Jésus, vous surtout qui souffrez. Venez me dire votre amour et je vous soulagerai.

2e Prélude. Seigneur, enflammez nos cœurs de votre amour, apprenez-nous à vous aimer.

Ier POINT: Le Sacré-Cœur est tout amour. - Il n'est qu'amour et miséri­corde, disait Marguerite Marie. Il s'est révélé pour nous témoigner son amour et pour gagner le nôtre. «Notre-Seigneur n'avait pas de plus vif désir, dit le décret de béatification de Marguerite-Marie, que d'allumer de toutes manières dans les âmes des hommes, la flamme de cette charité dont son Cœur est dévoré: Je suis venu jeter le feu sur la terre, avait-il dit dans l'Evangile et quelle est ma volonté sinon qu'il s'allume? - Or pour rendre ce feu de la charité plus actif il voulut qu'on établit et qu'on propageât dans l'Eglise le culte et l'adoration de son Cœur très saint…».

Il a manifesté son Cœur pour régner sur les cœurs des hommes en les gagnant à son amour. Dès sa première apparition à Marguerite Marie, il lui fit connaître que «le grand désir qu'il a d'être parfaitement aimé des hommes lui avait fait former le dessein de leur manifester son Cœur».

«Mon divin Cœur est si passionné d'amour pour les hommes, lui dit­il, et pour toi en particulier, que ne pouvant plus contenir en lui-même les flammes de son ardente charité, il faut qu'il les répande par ton moyen».

«Une autre fois, écrit la Bienheureuse, étant devant le Saint Sacre­ment, un jour de son octave, mon Dieu, me découvrant son divin Cœur, me dit: «Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes qu'il n'a rien épargné, jusqu'à s'épuiser et se consumer pour leur témoigner son amour»».

Une fois le divin Sauveur lui dit de regarder l'ouverture de son sacré côté qui était un abîme sans fond creusé par une flèche sans mesure, celle de l'amour. Oh! oui, on peut plonger dans cet abîme, on n'en trouvera pas le fond. Les saints l'ont sondé de toutes parts dans leurs méditations. Ils ont considéré l'amour de Jésus dans l'Incarnation, dans la vie cachée, dans la Passion, dans l'Eucharistie, ils n'en ont pas trouvé les limites.

IIe POINT: Jésus demande amour pour amour. - «La première fin de la dévotion au Sacré-Cœur, écrit la Bienheureuse, c'est de convertir les âmes à l'amour de ce divin Cœur et de le rendre maître et possesseur de nos cœurs, en lui procurant amour pour amour» (Lettre 58).

«Un jour, dit-elle, il me fut montré un cœur jetant des flammes de toutes parts, avec ces paroles: «J'ai soif! je brûle du désir d'être aimé». «Mon très aimable Souverain, dit-elle encore, me fit voir que cet ar­dent désir qu'il a d'être aimé lui avait fait former le dessein de manife­ster son Cœur aux hommes, avec tous les trésors d'amour, de miséricor­de de grâce, de sanctification et de salut qu'il contient».

Souvent la Bienheureuse rappelle les titres du Sacré-Cœur à notre amour. C'est le Cœur de notre Créateur; c'est le Cœur d'un bon Père qui nous a engendrés sur la croix avec tant de douleur. C'est le Cœur d'un bon Pasteur, d'un ami. C'est le Cœur de notre Sauveur, de notre bon Maître et bienfaiteur.

Il veut notre amour, il veut notre cœur, mais il le voudrait bien tout entier, sans promiscuité avec les créatures, sans mélange d'amour­propre.

Il voudrait un amour généreux, bien fidèle, bien persévérant, bien do­cile à sa grâce et obéissant à sa volonté.

Est-ce bien cela que nous lui donnons?

IIIe POINT: Le Sacré-Cœur veut que la réparation soit unie à l'amour. - La réparation est une conséquence de l'amour de compassion.

«Une des fins principales de la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, dit Léon XIII, c'est d'expier par nos hommages d'adoration, de piété et d'amour, le crime d'ingratitude si commun parmi les hommes, et d'apaiser la colère de Dieu par le Sacré-Cœur» (Lettre apost. 28 juin 1889).

La dévotion au Sacré-Cœur demandant que nous aimions le divin Cœur, non seulement parce qu'il nous aime, mais parce qu'il n'est pas aimé des hommes, la réparation doit être inséparablement unie à l'amour. C'est la seconde loi du règne du Sacré-Cœur.

Marguerite-Marie l'exprime bien clairement. - Mon divin Sauveur m'a fait connaître, écrit-elle, que le grand désir qu'il a d'être parfaite­ment aimé des hommes, lui avait fait former le dessein de leur manifes­ter son cœur: «Ils n'ont que des froideurs et du rebut pour tous mes em­pressements à leur faire du bien, m'a-t-il dit. Mais toi, du moins, donne­-moi le plaisir de suppléer à leur ingratitude, autant que tu en seras capa­ble». Le Sacré-Cœur demande donc des âmes réparatrices, qui lui ren­dront amour pour amour et qui demanderont très humblement pardon à Dieu de toutes les injures qui lui sont faites.

Tantôt Notre-Seigneur demande des réparations générales pour tous les pécheurs. Tantôt il demande une compassion et une réparation spé­ciale pour certains jours où les péchés abondent, comme au temps de carnaval, ou pour certaines fautes qui lui sont plus sensibles parce qu'el­les sont commises par des âmes qui lui sont plus chères.

Résolutions. - Amour et réparation, tel doit être le sens de toute ma vie. Je veux vous aimer, ô Jésus, et vous le dire souvent chaque jour et vous le prouver par mon zèle pour la perfection; et je veux vous consoler par quelque acte de réparation et de patience.

Colloque avec le Sacré-Cœur.

14 Janvier
Le règne intime du Sacré-Cœur par l'imitation

Et omnes qui audierunt mirati surît: et de his quae dicta erant a pastoribus ad ip­sos. Maria autem conservabat omnia ver­ba haec conferens in corde suo (S. Luc, 2, 18).

Tous les témoins admiraient et remar­quaient ce que les bergers leur avaient dit. Et Marie conservait et méditait tous ces événements dans son cœur (S. Luc, 2, 18).

1er Prélude. Marie et de pieuses âmes commencent à Bethléem à méditer et à scruter les mystères de la vie de Notre-Seigneur.

2e Prélude. Bon Maître, aidez-moi à lire jusqu'au fond de votre Cœur les vertus dont vous nous donnez l'exemple.

Ier POINT: Le Cœur deJésus dans les mystères de sa vie cachée. - L'Eglise s'inspire depuis le commencement des vertus de Notre-Seigneur. Elle les étudie, les médite et s'applique à les imiter. Mais sous le règne du Sacre­Cœur, les fidèles doivent remonter plus habituellement à la source de ces vertus, aux sentiments intimes et profonds du Cœur de Jésus.

Ils comprennent mieux maintenant le conseil de saint Paul: «Formez en vous les sentiments du Cœur deJésus: hoc sentite in vobis quod et in Chri­sto Jesu» (aux Philip., 2, 5). Ils pénètrent le Cœur de Jésus dans tous ses mystères.

Et d'abord dans les mystères de sa vie cachée, que lisons-nous dans son Cœur? Nous y lisons l'anéantissement, l'humilité, le silence, l'im­molation et l'amour.

L'anéantissement: «Il était dans l'éclat de la divinité, dit saint Paul, et il a pris la forme d'un esclave» (aux Philip., 2, 6). Il s'est anéanti, il s'est humilié et s'est fait obéissant jusqu'à la mort de la croix.

«Anéantissons-nous à notre tour, dit la Bienheureuse Marguerite­Marie, en toutes nos facultés. Donnons-lui notre esprit, notre mémoire, notre volonté et toutes nos affections en retranchant tout ce qui n'est pas de lui et selon lui».

«Vivons dans l'humilité, inconnus au monde, et sans recherche ni va­nité».

L'exemple de Jésus nous enseigne le silence et l'immolation: «Faisons des pratiques de silence intérieur et extérieur, en écartant les pensées, les lectures, les conversations inutiles».

Immolons-nous à la volonté divine manifestée par nos Supérieurs, par nos règles, par les inspirations de la grâce.

L'amour: nous ne trouverons que cela dans le Cœur de Jésus. Il a tout fait par amour pour son Père et pour nous. Faisons tout par amour pour lui.

IIe POINT: Le Cœur de Jésus dans son double apostolat de l'action et de la souffrance. - La vie publique et la Passion du Sauveur sont deux formes de son apostolat. Il a prêché, guéri, souffert, il a donné sa vie, c'était toujours pour les âmes. C'est le Pasteur qui conduit ses brebis au patu­rage, qui les soigne, qui les guérit et qui donne sa vie pour les défendre contre les loups.

Il a faim et soif, mais c'est de nos àmes et de notre salut.

Il agonise au jardin des oliviers, mais c'est sous le poids de nos péchés. Il est jugé et condamné par Anne, Caïphe et Pilate; il est méprisé par Herode, bafoué, conspué et insulté par les soldats et les valets. C'est à notre place et pour expier nos fautes.

Serons-nous encore si sensibles après cela à toutes les souffrances et à toutes les blessures de notre amour-propre?

Pensons que c'est pour les âmes et pour notre salut, et rien ne nous coûtera.

Il se montre plusieurs fois à Marguerite Marie dans la flagellation et le couronnement d'épines, c'est pour l'encourager à la patience, à la géne­rosite, au sacrifice.

Il inspire à Marguerite Marie la dévotion de l'Ecce homo.

«Je chéris la croix, lui dit-il, et ceux qui la portent comme moi et pour l'amour de moi». La croix est dans les flammes de son cœur.

«Rien ne me charme tant, disait Marguerite-Marie, que de me tenir au pied de la croix avec la très sainte Vierge», et elle conseillait la patien­ce et les mortifications volontaires.

«Il faut tâcher, disait-elle, de nous rendre les véritables copies de notre amour crucifié, de ne vouloir que lui, d'être tout à lui, souffrant et mou­rant de la mort de son pur amour».

IIIe POINT: Le Cœur de Jésus dans l'Eucharistie. - La dévotion au Sacré-Cœur est principalement eucharistique. C'est dans l'Eucharistie que le Sacré-Cœur s'est le plus souvent manifesté à Marguerite Marie.

Le Sacré-Cœur veut nous donner dans l'Eucharistie sa grâce et sa lu­mière. Saint Jean n'a-t-il pas vu dans le Verbe incarné la source de la grâce et de la vérité: plenum gratiae et veritatis?

Le Cœur de Jésus, vivant dans l'Eucharistie, fut montré â Marguerite Marie comme une fontaine de grâces et un foyer de lumière.

«Le Seigneur nous appelle pour honorer sa vie de grâce au saint Sacre­ment», dit-elle.

Souvent le Sacré-Cœur lui apparaît dans le Saint-Sacrement comme un soleil radieux.

Mais quelles grâces, quelles lumières particulières trouve-t-on dans l'Eucharistie?

La vie eucharistique est semblable à la vie cachée de Jésus à Bethléem et à Nazareth, elle est toute d'humilité, de silence, de détachement, de sacrifice, de prière et d'amour. Voilà notre modèle.

Les saints du Sacré-Cœur auront un cachet particulier. Ils puiseront aux sources du Sacré-Cœur toutes ces vertus que nous venons d'indi­quer brièvement; et les puisant à la source même, ils les auront plus vi­ves et plus abondantes.

Résolutions. - O Jésus, faites-moi puiser à la source. Je suis voué à vo­tre Cœur, je dois y puiser sans mesure ces belles vertus: humilité, sacri­fice et amour.

Colloque avec le Sacré-Cœur.

15 janvier
Le saint nom de Jésus: les litanies

2e dimanche

Ecce concipies in utero et paries filium et vocabis nomen ejus Jesum. Hic erit magnus et Filius Altissimi vocabitur, et dabit illi Dominus Deus sedem David pa­tris ejus et regnabit in domo Jacob in ae­ternum (S. Luc, 1, 31).

Vous concevrez et mettrez au monde un fils et vous l'appellerez Jésus. Il sera grand, on l'appellera le Fils du Très­Haut, et Dieu lui donnera le trône de Da­vid son père, et il règnera sur Jacob éter­nellement (S. Luc, 1, 31).

1er Prélude. Que de fois Marie dut se redire ce nom avec amour depuis l'Annonciation jusqu'à la Circoncision!

2e Prélude. O Dieu, qui avez établi votre Fils unique Sauveur du genre humain en ordonnant qu'on l'appelât Jésus, faites que vénérant son Saint Nom sur la terre, nous jouissions au ciel de la vue de son ravissant visage (Oraison de la fête).

Ier POINT: Nom glorieux. - Les litanies chantent toute la gloire de ce nom, tout son prix, toute sa fécondité.

C'est le nom du Géant, chanté par David, qui s'élève comme le soleil pour répandre partout sa lumière (Ps. 18).

Il est glorieux par ses origines célestes: Jésus, fils du Dieu vivant; Jésus, splendeur du Père; Jésus pureté de la lumière éternelle; Jésus, roi de gloire; Jésus, soleil de justice, ayez pitié de nous.

Il est glorieux sur la terre, par sa beauté surnaturelle et par sa grande mission: Jésus, fils de la Vierge Marie; Jésus aimable; Jésus admirable; Jésus, Dieu fort; Jésus, Père du siècle à venir; Jésus, ange du grand con­seil; Jésus très puissant ayez pitié de nous.

Il est glorieux par ses vertus: Jésus, très patient; Jésus, très obéissant; Jésus doux et humble de cœur; Jésus qui aimez la chasteté; Jésus, qui nous avez aimés; Jésus, Dieu de paix; Jésus, auteur de la vie; Jésus, mo­dèle de toute vertu; Jésus zélateur des âmes, ayez pitié de nous.

Il est glorieux par ses titres les plus aimables: Jésus, notre Dieu; Jésus, notre refuge; Jésus, père des pauvres; Jésus, trésor des fidèles; Jésus, bon Pasteur; Jésus, vraie lumière; Jésus, sagesse éternelle; Jésus, bonté infinie; Jésus, notre voie et notre vie; ayez pitié de nous.

Il est glorieux par sa prééminence sur toutes les gloires: Jésus, joie des anges; Jésus, roi des patriarches; Jésus, maître des apôtres; Jésus, doc­teur des évangélistes; Jésus, martyr et force des martyrs; Jésus, confes­seur et lumière des confesseurs; Jésus, vierge et pureté des vierges; je sus, saint et couronne de tous les saints, ayez pitié de nous. Vraiment ce nom est au-dessus de tous les noms.

IIe POINT: Nom fécond. - Ce nom est aussi fécond qu'il est glorieux et doux.

C'est une arme, c'est un bouclier contre les flèches empoisonnées du démon. C'est un rempart, c'est une protection contre tous les maux et tous les ennemis.

Soyez-nous propice, pardonnez-nous, Jésus; soyez-nous propice, exaucez-nous, Jésus.

De tout mal, délivrez-nous, Jésus;

de tout péché,

de votre colère,

des embûches du démon,

de l'esprit de fornication,

de la mort éternelle,

du mépris de vos divines inspirations,

délivrez-nous, Jésus.

IIIe POINT: Nom précieux. - Il a coûté cher au bon Maître, ce nom. Il l'a reçu au prix de son sang à la circoncision. Il lui a été confirmé sur la croix avec l'inscription de Pilate, et avec la croix il est proposé à l'adora­tion du monde entier. «Jésus s'est fait obéissant jusqu'à la mort de la croix; c'est pourquoi Dieu lui a donné un nom au-dessus de tout nom» (aux Philip. 11, 8).

Ce nom résume tous les sacrifices de Jésus, toutes ses œuvres de salut. Pour acheter le pardon, la grâce et les bienfaits de Dieu, nous pouvons prononcer le nom de Jésus seul et cela suffit: Per Dominum nostrum Jesum Christum, c'est le prix d'achat de toutes les grâces, ou bien nous pouvons énumérer et rappeler toutes les phases du grand holocauste de Jésus:

Par le mystère de votre sainte incarnation, délivrez-nous, Jésus,

par votre nativité,

par votre enfance,

par votre vie toute divine,

par vos travaux,

par votre agonie et votre passion,

par votre croix et votre délaissement,

par vos langueurs,

par le sang de votre divin Cœur,

par votre mort et votre sépulture,

par votre résurrection,

par votre ascension,

par l'institution de la sainte Eucharistie,

par vos joies et par votre gloire,

délivrez-nous, Jésus.

Ce nom béni, c'est le trésor des trésors. C'est la source de toute grâce, de tout pardon, de toutes les faveurs divines.

«Il n'y a pas d'autre nom sous le ciel donné aux hommes pour les sau­ver, disait saint Pierre» (Actes 4, 12).

O Jésus soyez-moi sauveur, comme votre nom l'indique. Soyez-moi Jésus par vos dons et vos grâces.

Jésus, c'est le nom de l'agneau du sacrifice, qui efface tous les péchés, qui obtient tous les pardons, qui mérite toutes les grâces.

Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous, Jésus;

Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, exaucez-nous, Jésus;

Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous. Jésus.

Jésus, écoutez-nous; Jésus, exaucez-nous.

Résolution. - O Jésus que votre doux nom soit souvent sur mes lè­vres! Que son souvenir me soit toujours présent avec celui de votre divin Cœur! Il sera toujours ma joie.

Il sera ma consolation dans mes peines, ma force dans le combat, mon rachat après mes faiblesses.

Je vous demande la grâce de le prononcer à mes derniers moments, afin qu'il m'ouvre alors les trésors de votre miséricorde et la porte du ciel.

Colloque avec Jésus.

16 Janvier
Le règne social du Sacré-Cœur

Hi unum concilium habent et virtutem et potestatem suam bestiae tradent.

Hi cum Agno pugnabunt et Agnus vin­cet illos: quoniam Dominus Dominorum est et Rex regum, et qui cum illo sunt, vo­cati, electi, fideles (Apoc., 17, 13).

Ils ont un plan commun, et ils ont livré leur force et leur puissance à la bête.

Ils combattront l'Agneau et l'Agneau les vaincra; parce qu'il est le Maître des maîtres et le Roi des rois, et avec lui les appelés, les élus, les fidèles (Apoc., 17, 13).

1er Prélude. Je vois la lutte dans les derniers siècles qui sont les nôtres. Les sectes se sont unies, mais le Sacré-Cœur règnera, il triomphera avec ses fidèles amis.

2e Prélude. O Jésus, je veux être au nombre des fidèles amis de votre Cœur et je veux combattre les desseins des sectes.

Ier POINT: Notre-Seigneur demande aux nations le culte social du Sacré-Cœur. - Notre-Seigneur chargea aussi la Bienheureuse d'annoncer aux prin­ces, aux rois et aux peuples, qu'il voulait que chaque nation rendît à son Cœur un culte social.

Le Cœur de Jésus veut sans doute avant tout régner dans les âmes par son amour, mais ce n'est pas tout. Il ne se contentera même pas d'un rè­gne extérieur et spirituel dans l'Eglise et dans les familles. La dévotion au Sacré-Cœur a une portée plus grande, elle est destinée à rétablir dans le monde le règne social de Jésus-Christ, à qui toutes les nations ont été données en héritage.

Les peuples manifestent maintenant une tendance à la paix universel­le; ils cherchent un accroissement de justice et de charité en faveur des classes laborieuses. Ils comprendront un jour que le Christ seul et son di­vin Cœur peuvent inspirer aux hommes cet esprit nouveau.

C'est à la France que Notre-Seigneur adressa la demande comme à la fille aînée du Sacré-Cœur; c'était dire qu'il attendait plus tard l'adhésion à son règne des autres nations catholiques.

Le grand message est de 1689.

Le Sacré-Cœur veut établir son empire dans le cœur des rois et ré­gner dans leurs palais. Il désire que la France commence, mais les autres nations devront suivre. Le Sacré-Cœur veut, disait Marguerite Marie, par l'entremise du roi de France, triompher des cœurs des grands de la terre (Lettres 98 et 104).

IIe POINT: Les conditions du culte social du Sacré-Cœur. - «Le Père éter­nel, dit Marguerite Marie, désire voir ce dessein s'accomplir en cette manière, qui est:

1° de faire faire un édifice où sera le tableau de ce divin Cœur;

2° cet adorable Cœur veut y recevoir la consécration et les homma­ges du roi et de toute la cour;

3° il veut être peint dans les étendards du roi et gravé dans ses armes».

Notre-Seigneur veut donc l'hommage du roi comme tel, avec sa cour et les représentants du pouvoir.

Il veut que les symboles qui caractérisent la royauté, l'étendard et les armoiries, représentent le Sacré-Cœur, pour exprimer son règne social. Ce que Notre-Seigneur demandait au roi, il le demande aux autorités sociales d'aujourd'hui.

Nous sommes infiniment loin de tout cela en apparence. Attendons l'heure de Dieu. Propageons le règne du Sacré-Cœur dans les âmes. que toute la vie privée des catholiques en soit inspirée, et dans un jour de pé­ril social, la confiance au Sacré-Cœur passera de la vie intime à la vie publique.

Les obstacles sont grands, disait Marguerite Marie, mais Dieu est au­dessus de tout.

Les promesses du Sacré-Cœur sont grandes. Il écartera les châtiments de la justice de Dieu prête à punir les crimes innombrables qui se com­mettent dans la nation.

«Le Sacré-Cœur, disait Marguerite Marie, veut se faire le protecteur et le défenseur du roi… Il répandra avec abondance ses bénédictions sur toutes les entreprises de ce roi…».

Ne nous décourageons pas. Les actes quotidiens d'amour et d'immo­lation des amis du Sacré-Cœur finiront par obtenir de Dieu le relève­ment de la nation.

IIIe POINT: Les commencements du culte social du Sacré-Cœur. - Le culte privé et le culte familial du Sacré-Cœur ont fait des progrès immenses. Le culte ecclésiastique a atteint son apogée. Toute l'Eglise célèbre en grande pompe la fête du Sacré-Cœur. Toute l'Eglise s'est consacrée au Sacré-Cœur au commencement du siècle.

Pour le culte social et national il y a eu quelque chose de fait. Dès 1689, comme disait la Bienheureuse, la dévotion au Sacré-Cœur a com­mensé à courir dans le palais royal.

Le dauphin et Marie Leczinska firent ériger dans le palais de Versail­les une chapelle en l'honneur du Sacré-Cœur. Louis XVI prononça une consécration.

Nous avons eu depuis le Voeu national et l'érection de la basilique de Montmartre. Notre exemple a déterminé l'érection d'autres églises voti­ves, en Colombie, à Bruxelles et ailleurs.

Patience et confiance! En 1833 Notre-Seigneur a dit à la soeur Marie de Jésus, aux Oiseaux, à Paris: «Je prépare toutes choses pour que la France soit consacrée à mon Cœur; après quoi je lui réserve un déluge de grâces… Les autres nations seront également bénies…».

Prions, agissons. Tout pour le Sacré-Cœur. Propageons la vraie doc­trine du règne de Notre-Seigneur sur les nations.

Résolution. - O mon bon Maître, dans mon cœur d'abord, puis dans les âmes et dans la vie publique je travaillerai à votre règne. Je renouvel­le la consécration de tout moi-même à votre Cœur. Je vous offrirai plus assidûment encore toutes mes actions en esprit d'amour et de répara­tion.

Colloque avec le Sacré-Cœur.

17 Janvier
L'image du Sacré-Cœur

Labarum de son Règne

Sicut Moyses exaltavit serpentera in de­serto, ita exaltari oportet Filium hominis; ut oranis qui credit in ipsum, non pereat sed habeat vitam aeternam. Sie enim Deus dilexit mundum ut Filiura suum unigenitum daret… (S. Joan, 3, 14).

Comme Moïse a élevé le serpent au dé­sert, il faut que le Fils de l'homme soit éle­vé; afin que ceux qui croiront en lui ne périssent pas et qu'ils aient la vie éternel­le. Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son fils unique (S. Jean, 3, 14).

1er Prélude. Au serpent de Moïse, Notre-Seigneur compare un autre labarum, c'est lui même sur la croix et aussi son Cœur ouvert, comme signe de l'amour de son Père.

2e Prélude. J'honorerai et je propagerai le nouveau labarum, l'image du Cœur de Jésus.

Ier POINT: Importance de l'image du Sacré-Cœur. - Cette image est un nouveau labarum ou étendard sacré. Léon XIII nous le rappelle dans l'encyclique Annum sacrum du 25 mai 1899: «Quand l'Eglise, dit-il, enco­re toute proche de ses origines, gémissait sous le joug des Césars, une croix apparut dans le ciel à un jeune empereur, elle était le présage et la cause d'un insigne et prochain triomphe. Aujourd'hui, un autre symbo­le divin, présage très heureux, apparaît à nos yeux: c'est le Cœur très­sacré de Jésus, surmonté de la croix et resplendissant d'un éclat incom­parable au milieu des flammes. Nous devons placer en lui toutes nos espérances; c'est à lui que nous devons demander le salut des hommes, et c'est de lui qu'il faut l'espérer».

Pour caractériser le rôle important de cette image et de la dévotion dont elle est le symbole, Marguerite Marie a dit que le Sacré-Cœur est comme un second Médiateur. Elle était si pénétrée de l'importance de cette image, que c'est spécialement sur ce point qu'elle concentra l'action de son zèle.

Le démon aussi nous manifesta le prix de ce labarum par ses attaques violentes contre sa représentation et ceux qui la portaient. La sainte ima­ge n'a-t-elle pas eu ses martyrs en Vendée et en Pologne?

C'est sans doute à ce nouveau labarum que l'apôtre saint Jean, après le prophète Zacharie, faisait allusion quand il disait: «Les hommes consi­dèreront celui qu'ils ont percé de la lance: Videbunt in quem transfixerunt» (S. Jean, 19, 37).

IIe POINT: Forme symbolique de l'image et emblèmes qui l'accompagnent. - Souvent Notre-Seigneur apparut en personne à Marguerite Marie, lui laissant voir sur sa poitrine entr'ouverte «son tout aimant et aimable isolé sur un trône de flammes». D'autres fois, le Cœur de Jésus apparut isolé sur un trône de flammes. Mais c'est la première représentation que l'Eglise a adoptée pour le culte public; et c'est à l'image de Jésus mon­trant son Cœur qu'elle a accordé des indulgences.

La Bienheureuse signale trois principaux emblèmes symboliques, qui doivent être unis au Sacré-Cœur: une large plaie, des flammes et divers instruments de la Passion, notamment une croix et une couronne d'épi­nes.

C'est pour signifier que la dévotion à la Passion doit être unie à celle du Sacré-Cœur, et qu'il ne faut pas considérer seulement le Cœur de Jésus dans son amour, mais aussi dans ses souffrances et dans les outra­ges qu'il reçoit.

«Mon divin Sauveur me fit connaître, dit la Bienheureuse, que les flammes signifient l'abondance des trésors dont ce Cœur sacré est la sour­ce, et que les instruments de la Passion rappellent que l'amour immense de ce Cœur divin pour les hommes a été la source de toutes les souffrances et de toutes les humiliations qu'il a voulu souffrir pour nous…

«La couronne d'épines représente les piqûres que nos péchés lui font; la croix au-dessus signifie que dès le premier instant de son incarnation tous ces tourments et ces mépris lui avaient été présents. Dès ce premier moment, la croix fut plantée dans son Cœur et il accepta, dès lors, pour nous témoigner son amour, la pauvreté, les humiliations et les douleurs que son humanité sacrée devait subir dans le cours de sa vie mortelle et de sa passion, ainsi que les outrages auxquels l'amour devait l'exposer jusqu'à la fin des siècles, sur nos autels, dans le très saint et très auguste Sacrement (Lettre 126).

IIIe POINT: Hommages privés et publics. - Notre-Seigneur demande pour l'image de son Cœur un culte privé, un culte domestique et un cul­te public.

«Mon divin Maître désire, dit Marguerite Marie, 1 ° qu'on fasse cette image afin que les amis du Sacré-Cœur puissent l'avoir dans leurs maisons où il veut qu'elle soit exposée et honorée; 2° Que l'image de son Sacre­Cœur soit exposée en public; 3° Qu'on fasse de petites images, afin que ceux qui voudront l'honorer puissent les porter sur eux.

Par ces mots: qu'elle soit exposée en public, Notre-Seigneur demande un culte extérieur comme celui qui est rendu au crucifix. L'image du Sacré-Cœur doit apparaître sur les autels, sur les étendards nationaux, sur les places publiques, afin de toucher par cet objet le cœur insensible des hommes (Lettre 126).

Il veut que dans chaque maison on dresse un autel domestique, pour recevoir l'image du Sacré-Cœur avec celles des autres patrons du foyer, afin que la famille entière s'y agenouille pour la prière commune.

Les images privées comprennent les médailles, les scapulaires, les sau­vegardes.

Le culte de la sainte image brisera le respect humain, réchauffera les cœurs et fera refleurir l'amour de Dieu et du prochain.

Résolution. - Voilà un beau plan d'apostolat pour moi. Propager l'image du Sacré-Cœur, l'honorer moi-même dans la vie privée et dans la vie publique, surtout par le culte d'amour et de réparation et par l'imitation des vertus du Sacré-Cœur.

Colloque avec le Sacré-Cœur.

18 Janvier
La chaire de saint Pierre a Rome

Et ego dico tibi, quia tu es Petrus, et su­per hanc petram aedificabo Ecclesiam meam, et portae inferi non praevalebunt adversus eam. Et tibi dabo claves regni coelorum. Et quodcumque ligaveris super terram erit ligatum et in coelis, et quod­cumque solveris super terram erit solu­tum et in coelis (S. Mat., 16, 18).

Et moi je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. Et je te donnerai les clefs du royaume des cieux. Et ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux (S. Mat., 16, 18).

1er Prélude. C'est la clef de son Cœur que Notre-Seigneur donne à saint Pierre. Elle ouvrira à Rome les trésors de grâce et de vérité.

2e Prélude. Seigneur, faites que ma dévotion au successeur des apôtres et à la ville sainte réponde aux desseins de votre Cœur et le console.

Ier POINT: Rome est le cœur de l'Eglise. - Dieu avait dit de l'ancien temple: Mes yeux et mon cœur seront toujours là: Erunt oculi mei et cor meum ibi cunctis diebus (3e liv. des Rois, 9, 3).

Combien cela est plus vrai encore de Rome, la Jérusalem nouvelle, la cité sainte de l'Eglise, dont la synagogue n'était que la préparation et la figure.

Rome est le cœur de l'Eglise, et le Cœur de Jésus est à Rome, auprès du cœur de son épouse.

Rome est la ville sainte. Notre-Seigneur lui a donné ses trois grands apôtres pour la former: saint Pierre, saint Paul et saint Jean. Saint Jean l'appelle l'Eglise maîtresse, Electa domina (Ep. 2e de S. Jean, 1, 1). Saint Paul la félicite de sa foi, qu'elle a reçue de Pierre et dont on fait l'éloge dans le monde entier (Aux Rom., 1, 8).

Il convenait, dit saint Léon, que la ville qui était la capitale matérielle du monde devînt aussi sa capitale spirituelle; il pouvait ajouter «et son cœur» (Leçons de la fête).

«Tu es Pierre, a dit Notre-Seigneur, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise». La pierre a été portée par les événements de Jérusalem à Antio­che et d'Antioche à Rome. C'est là qu'elle s'est arrêtée et qu'elle est de­venue la pierre angulaire de l'Eglise. Elle a été scellée là par le sang de Pierre et consacrée par sa foi et sa charité.

IIe POINT: Comme le cœur de Jésus, Rome est remplie de grâce et de vérité. - Nous avons vu, dit saint Jean, le Verbe de Dieu, rempli de grâce et de vérité (Saint Jean, 1, 14). Jésus se survit à Rome. Son Cœur est là, uni au cœur de son Eglise. Rome est devenue la source de la grâce et de la vérité.

Source de la grâce, par la hiérarchie ecclésiastique, qui porte partout le culte, le sacrifice eucharistique, les sacrements. C'est comme le par­fum qui descend de la tête d'Aaron jusqu'au bord de ses vêtements (Ps. 132).

Source de la grâce par les indulgences, par toutes les faveurs spirituel­les déversées par le trésor de l'Eglise.

Source de la vérité, par l'enseignement qui descend de la chaire de saint Pierre pour éclairer le monde entier. «Va, Pierre, confirme tes frè­res. Je suis avec toi jusqu'à la consommation des siècles… Tout ce que tu lieras sera lié, tout ce que tu délieras sera délié… Va, prêche, ensei­gne, sanctifie, pardonne. Remplace-moi, sois mon organe, ma voix, mon cœur… Ceux qui seront unis à toi auront la vie; ceux qui se déta­cheront de toi deviendront arides… Je suis la racine de la vigne, tu en es la tige, les branches qui te seront unies recevront la sève qui monte des racines, les autres en seront privées…».

Que l'Eglise de Rome est belle et aimable! Elle est source de grâce et de lumière. Elle est l'organe et comme la continuation du Cœur de Jésus.

Comme Eve notre première mère a été tirée du côté d'Adam, ainsi l'Eglise est sortie du côté de Jésus avec le Sang et l'Eau qui symboli­saient les sacrements.

Et maintenant, c'est l'Eglise de Rome, organe et canal du Cœur de Jésus qui donne le Sang et l'Eau par la hiérarchie qu'elle institue sur toute la surface du globe.

IIIe POINT: Le doigt de Dieu dans la conservation de l'Eglise romaine. Con­fiance et dévotion envers elle. - Le doigt de Dieu est bien marqué dans l'éta­blissement de la Religion chrétienne à Rome et dans sa conservation de­puis dix-neuf siècles.

Dans son établissement, puisque Dieu ne s'est servi que d'un pauvre pêcheur galiléen étranger aux sciences profanes, sans ressources et sans appuis temporels pour imposer le joug de l'Evangile aux esprits les plus orgueilleux qui furent jamais, aux patriciens de la vieille Rome tout remplis d'eux-mêmes, fiers de leurs richesses et adonnés à la sensualité et au plaisir.

Dans sa conservation, puisque ni les torrents de sang que les tyrans ont fait couler au cirque et au colysée, ni les assauts de l'hérésie si sou­ vent répétés, ni la fureur et la corruption des hommes, ni les puissances des enfers, n'ont pu ébranler cette pierre, centre et fondement de la Reli­gion catholique.

Renouvelons notre dévotion et notre confiance envers l'Eglise romai­ne. Soyons dociles à tous ses enseignements, à toutes ses directions. Aimons-la, vénérons-la d'autant plus qu'elle est plus attaquée et com­battue.

Prions pour le Souverain Pontife et pour l'Eglise.

Résolution et prière. - O Dieu, qui avez instruit la multitude des gentils par la prédication du bienheureux apôtre Pierre, faites, s'il vous plaît, qu'en honorant sa mémoire, nous ressentions les effets de sa protection auprès de vous.

Colloque avec saint Pierre.

19 Janvier
L'enfant et sa Mère

Videntes autem stellam gavisi sunt gaudio magno valde. Et intrantes domum invenerunt puerum cum Maria, matre ejus, et procidentes adoraverunt eum (S. Mat., 2, 10).

Et voyant l'étoile, ils se réjouirent gran­dement. Et entrant dans la maison ils trouvèrent l'enfant avec Marie, sa mère, et se prosternant ils l'adorèrent (S. Mat., 2, 10).

1er Prélude. Ils trouvèrent Marie qui voulut bien leur montrer l'enfant Jésus et leur permettre de lui offrir leurs adorations et leur amour.

2e Prélude. O Marie, c'est à vous que je m'adresse, vous êtes toute-puissante, auprès du Cœur de Jésus. Obtenez-moi la grâce de me faire saint, et à l'heure de ma mort, montrez-moi Jésus, le fruit béni de vos entrailles.

Ier POINT: Les prophéties ont uni Jésus et Marie. - Il suffira d'en citer deux, la grande prophétie de la Genèse et celle d'Isaïe. - Dans la Genè­se, Dieu promet en même temps le Sauveur et sa mère: «Une femme se­ra ton ennemie, dit-il au serpent, une femme et son fils écraseront ta tê­te».

C'est à Satan que Dieu parle. Marie et son fils écraseront sa tête; ils vaincront Satan et lui arracheront son empire. Ils travailleront ensemble comme Eve et Adam ont contribué ensemble à notre perte.

La prophétie d'Isaïe est bien belle. Le chapitre onzième est tout mes­sianique. Il commence ainsi: «Une tige sortira de Jesse et sur cette tige s'épanouira une fleur, sur laquelle reposera l'Esprit du Seigneur». La ti­ge, c'est Marie; et la fleur, c'est le Sauveur, dont le chapitre énumère les vertus et les triomphes. Il convertira les nations, il ramènera les restes d'Israël.

C'est sur la tige qu'il faut chercher la fleur. Allons à Jésus par Marie.

IIe POINT: Ils sont unis dans l'Evangile. - A qui s'adressent les bergers de Bethléem? A Marie: «Ils trouvèrent Marie, et Joseph, et l'enfant». L'enfant est tout à Marie. C'est à elle qu'il faut demander à le voir, à l'approcher. C'est elle qui élève sa petite main bénissante.

Les Mages allèrent à Marie: «Ils trouvèrent l'enfant avec Marie sa mère». C'est sûrement à Marie qu'ils remirent leurs présents. Un enfant n'est rien par lui-même, il est tout à sa mère.

Et pendant trente ans, Jésus est soumis à Marie et à Joseph. Il est à eux: erat subditus illis. Qui est admis à le voir à Nazareth, à partager ses jeux, ses conversations? Ceux à qui Marie veut bien le permettre.

A l'occasion du séjour de Jésus au temple. Marie affirme son autorité:

«Mon fils, pourquoi nous avez-vous fait cela?».

Pendant trente ans, Jésus est tout à Marie. Il la quitte quelque temps pour remplir sa mission publique, puis il lui est de nouveau remis entre les mains au Calvaire. Le fils mort est, comme le petit enfant, tout à sa mère. C'est Marie qui permet à Madeleine d'embrasser les pieds du Crucifié descendu de la croix, et à saint Jean de laver et d'embrasser la plaie de son Cœur.

O Marie, quelle puissance est la vôtre! et que vos trésors sont grands! Vous avez un droit absolu sur l'enfance de Jésus, sur sa vie cachée, sur son adolescence, sur ses souffrances en Egypte, sur ses travaux à Naza­reth. Il est encore à vous sur la croix, sur la pierre de l'onction, au saint sépulcre. Son Cœur ouvert est à vous et tout son sang. O Marie, vous avez prêté le petit Jésus aux bergers, aux Mages, à Siméon, ne voudriez­vous pas me le prêter aussi? J'ai tant le désir de l'adorer, de m'humilier à ses pieds, de lui offrir mes pauvres dons, de travailler avec lui et de l'entendre à Nazareth.

O Marie, on vous rend Jésus au pied de la croix; et dans quel état! Permettez-moi de laver ses pieds de mes larmes avec Madeleine; et si j'osais, je vous demanderais d'embrasser son côté avec saint Jean.

IIIe POINT: Ils sont unis au ciel. - Jésus semble échapper à Marie pen­dant sa vie publique et après sa résurrection. Sans doute, il n'y a plus là le domaine absolu d'une mère comme dans l'éducation de l'enfant et au­près de son cadavre.

Jésus exprime son indépendance au commencement de sa vie publi­que à Cana: «Femme, quels sont maintenant vos droits sur moi: quid mi­hi et tibi, mulier?».

Mais tout de suite après, Jésus nous montre ce qu'il est encore pour sa mère à Cana et ce qu'il sera toujours au ciel. Marie n'a plus l'autorité ma­ternelle, mais elle garde l'ascendant maternel.

Elle est toujours mère. elle ne commande plus, mais elle prie et elle obtient. Jésus fait ce qu'elle désire à Cana. Il change l'eau en vin par un beau miracle.

Puis il s'en va à Capharnaum avec sa mère, ses frères et ses disciples. Ce n'est plus elle qui commande, c'est lui. Il n'est plus chez elle, elle est chez lui. Mais elle reste sa mère et par déférence, sinon par obéissance, il fera ce qu'elle voudra.

Et il en est de même au ciel. Marie n'y est plus la maîtresse comme à Bethléem et à Nazareth; mais elle est toujours mère et elle est assise à la droite du roi: Astitit regina a dextris tuis. Son intercession est toute puissan­te, comme celle d'Esther auprès d'Assuérus, comme celle de Bethsabée auprès de Salomon: «Puis-je refuser quelque chose à ma mère?» disait Salomon (3e liv. Rois 2, 20). Le désir d'une mère est comme une loi pour le cœur d'un fils affectueux.

Résolution. - O Marie, c'est par vous que je veux aller constamment au Cœur de Jésus. Permettez-le moi. Priez-le de me pardonner, de me convertir, de me bénir, de m'exaucer.

Colloque avec Marie.

20 Janvier
Saint Sebastien, chevalier du Sacré-Cœur

Labora sicut bonus miles Christi Jesu. Nemo militans Deo implicat se negotiis saecularibus: ut ei placeat cui se probavit. Nam et qui certat in agone non coronatur nisi legitime certaverit (2e ad Tim. 2, 3).

Travaille comme un bon soldat du Christ Jésus. Personne en combattant pour Dieu ne se mêle aux choses séculiè­res, pour plaire à celui à qui il s'est don­né. Celui qui combat dans l'arène n'est couronné que s'il a combattu selon les rè­gles (2e à Tim 2, 3).

1er Prélude. Quel beau soldat du Christ que Sébastien! C'est un aimable chevalier du Sacré-Cœur.

2e Prélude. C'est un modèle de courage, de pureté et de générosité que l'on contem­ple avec plaisir et avec fruit.

Ier POINT: Apôtre ardent. - Saint Sébastien avait embrassé la carrière des armes parce qu'il y voyait beaucoup de bien à faire. Par sa situation de famille et par ses talents, il était sûr de parvenir à des charges élevées, où il lui serait facile de protéger les chrétiens, soit dans les garnisons, soit dans les prisons, soit dans les persécutions publiques. Comme en qualité de soldat il n'était point suspect, dit sa vie, ses actions étaient moins ob­servées, et il devait à sa situation une grande liberté pour se rendre utile, en bien des circonstances, aux chrétiens. Il était au courant des projets des persécuteurs et il pouvait avertir les fidèles. Sous le prétexte d'une inspection de service, il visitait ceux qui étaient dans les prisons pour la foi, et il les encourageait à souffrir pour l'amour de Jésus-Christ.

Il convertit même plusieurs idolâtres, qui reçurent le baptême et fu­rent couronnés par le martyre.

Devenu capitaine des gardes sous Dioclétien, il se conduisit avec tant de discrétion, que personne à la cour ne le soupçonnait d'être chrétien. Il continua à servir l'Eglise de Jésus-Christ comme il avait commencé; et pendant une violente persécution qui s'éleva contre les chrétiens de Ro­me, plusieurs, encouragés par ses exhortations, toutes brûlantes d'amour pour Jésus-Christ, eurent le bonheur de mourir pour la foi. Pour lui, il était toujours prêt, et il attendait l'heure de Dieu, qui ne de­vait pas tarder.

IIe POINT: Citoyen et soldat fidèle. - Sébastien, zélé dans l'accomplis­sement de tous ses devoirs, avait été élevé de bonne heure aux charges militaires. C'était un officier aimable, habile, ponctuel. C'est par sa bonté et sa justice qu'il prend influence auprès de ses hommes et jusque dans le service des prisons, ce qui lui permet de se rendre utile à beau­coup de chrétiens et même de gagner des païens à la foi.

Il a gagné pas ses qualités de citoyen et d'officier, les bonnes grâces de l'empereur Dioclétien, qui l'a fait capitaine de la première compagnie des gardes.

Quand sa religion est découverte, Dioclétien le fait appeler et lui re­proche son ingratitude. Mais Sébastien peut répondre qu'il a observé fi­dèlement tous les devoirs de sa carrière.

Il ajoute que s'il n'a pas offert pour l'empereur des sacrifices à Jupi­ter, à Mars, à Esculape, il a néanmoins prié pour lui et pour l'empire, en s'adressant au Dieu du ciel, le seul véritable et puissant et au Christ Jésus son Fils unique.

Beau modèle de fidélité à tous les devoirs civils et militaires!

La foi ne détruit pas les qualités naturelles, elle les élève et les fortifie. La religion n'empêche pas de servir le souverain et la patrie, elle rend au contraire ce service plus fidèle et plus dévoué.

Comme Sébastien, remplissons tous nos devoirs naturels et civiques, en même temps que nous servons le Christ avec amour.

IIIe POINT: Deux fois martyr et protecteur de Rome. - Dioclétien irrité li­vra Sébastien aux archers et donna ordre qu'il fût attaché à un poteau et percé de flèches, dans les dépendances du Palatin, ce qui fut exécuté sur le champ. C'est là ce beau martyre si célèbre et qui a tant inspiré l'art chrétien. C'est si touchant de voir un jeune officier aimable, chevaleres­que et fidèle à tous ses devoirs, déchiré par les ordres d'un tyran qui a toute la cruauté d'un tigre.

Sébastien fut laissé pour mort. Une pieuse femme, nommée Irène, ob­tint la faveur de l'ensevelir, mais elle le trouva encore vivant: elle l'em­mena dans sa maison, le soigna et le guérit. Le glorieux chevalier du Sacré-Cœur devait être martyr deux fois.

Les chrétiens qui venaient le voir le conjuraient de se retirer et de vi­vre caché, mais cela ne cadrait pas avec son ardeur et son zèle. Il n'en voulut rien faire. Après avoir invoqué le secours du Christ, il reparut au palais. Il se plaça sur le passage de l'empereur et lui reprocha avec liber­té l'injustice qu'il commettait en persécutant les chrétiens, ses plus fidèles sujets, qui riaient sans cesse pour sa prospérité. Dioclétien, qui le croyait mort, fut surpris. Il aurait dû reconnaître l'intervention divine. Le saint lui attesta que le Christ lui avait rendu la vie pour qu'il vînt jus­tifier les chrétiens.

L'empereur orgueilleux et cruel refusa d'ouvrir son cœur à la grâce divine et il fit assommer le brillant officier qui fut ainsi deux fois martyr. Sébastien est un de ces saints pour lesquels Rome a une tendresse par­ticulière. On l'aime à Rome et il aime Rome. Il a délivré la ville de la peste après des supplications qu lui avaient été adressées en l'an 680.

Résolution. - Grand saint, obtenez-moi un ardent amour du Christ Jésus, une grande fidélité à tous mes devoirs, un zèle ardent et chevale­resque. Protégez tous nos jeunes gens, étudiants soldats, apôtres, hom­mes d'œuvres, missionnaires. Faites de nous tous des chevaliers du Sacré-Cœur.

Colloque avec saint Sébastien.

21 Janvier
Sainte Agnès, martyre du Sacré-Cœur

Virgines enim surît. Hi sequuntur Agnum quocumque ierit. Hi empti sunt ex hominibus primitiae Deo et Agno: et in ore eorum non est inventum mendacium: sine macula enim sunt ante thronum Dei (Apoc., 14, 4).

Ce sont là les Vierges. Ces âmes sui­vent l'Agneau partout. Ce sont des pré­mices offertes à Dieu et à l'Agneau. Elles n'ont pas connu le mensonge, elles sont immaculées devant le trône de Dieu (Apoc., 14, 4).

ler Prélude. Ces jeunes vierges martyres sont des prémices que l'Eglise offre à Dieu et à l'Agneau. Ce sont comme des boutons de rose.

2e Prélude. Aimable sainte, vous avez désiré le martyre pour aller reposer sur le Cœur de Jésus. Faites-moi partager votre amour pour le bon Maître.

Ier POINT: Vierge fidèle, épouse de Jésus-Christ. - Sainte Agnès n'aimait que le Sauveur. C'était une enfant de treize ans. Sa beauté la fit recher­cher par plusieurs jeunes gens distingués, mais elle avait déjà consacré sa virginité à Jésus-Christ. Elle rejeta toutes les propositions de mariage qu'on lui fit. Quelques-uns de ces jeunes gens la dénoncèrent par dépit et la firent arrêter comme chrétienne.

Le juge l'avait bien appréciée, quand il pensa qu'elle serait plus sensi­ble à la perte de sa chasteté qu'à tous les supplices. Il lui dit que si elle n'adorait Minerve, il allait la faire exposer dans un lieu infâme. Agnès, confiante en son divin époux, répondit que Jésus-Christ ne souffrirait pas qu'on profanât un corps qui lui était consacré.

Le juge irrité la fit conduire dans un lieu de prostitution, mais Dieu la protégea si visiblement qu'aucun de ceux qui étaient là n'osa la regar­der, sauf un homme débauché, qui, plus impudent que les autres, voulut arrêter les yeux sur elle, mais il tomba frappé d'un mal mystérieux.

Le Christ avait vengé et conservé son épouse.

IIe POINT: Cœur vaillant.. - Elle n'avait que treize ans, mais la bar­barie des persécuteurs ne s'arrêta pas devant un âge aussi tendre. Agnès se livra calme et sereine aux bourreaux, étonnés de voir un corps trop faible pour supporter les tortures renfermer un cœur assez fort pour les vaincre. Les instruments du supplice sont trop larges pour enserrer ses membres délicats. C'est une enfant, qui devrait ignorer la mort et qui est déjà prête à la braver.

On la voit offrir sans trembler son faible corps aux mains des soldats, et ses membres délicats aux chaînes dont on l'a chargée.

On la traîne aux autels des faux dieux et on veut l'obliger de brûler de l'encens. Elle laisse brûler ses faibles mains par les flammes et oppose aux prêtres des idoles le signe de la croix.

Martyre d'un nouveau genre, chantent ses panégyristes, non encore formée pour les tourments et déjà mûre pour la victoire! Etrange com­bat, où l'ennemi trouve à peine place pour ses coups et où il ne rencontre qu'un front glorieux à couronner.

Elle est vierge, dit saint Ambroise, imitons sa pureté, elle est martyre, offrons des sacrifices. Son nom même est une louange. Le nom d'un agneau présageait une victime.

Une épouse se rend avec moins d'empressement à la chambre nuptia­le, que cette enfant au lieu du supplice. elle y va joyeuse et alerte. Les te­moins pleurent, elle ne pleure pas. Tous s'étonnent qu'elle soit si prodi­gue d'une vie à peine commencée.

Comment peut-elle être déjà un témoin de la divinité, elle qui est à peine arrivée à l'âge où l'on est conscient de ses actes?

Le bourreau essaie tour à tour de l'intimider ou de la gagner par la flatterie. - Pourquoi tardes-tu? lui dit-elle. Détruis ce corps qui est ex­posé à des affections que je ne veux pas.

Le bourreau tremble. Les assistants sont émus, elle seule est ferme et joyeuse. Nous avons en elle un double martyre, celui de la virginité et celui de la religion.

Quelles leçons pour nos âmes toujours faibles et lâches!

IIIe POINT: Martyre du Sacré-Cœur. - Le secret, c'est qu'elle aime. El­le entend prononcer l'arrêt de mort avec joie. La fiancée qui s'avance vers l'époux de son choix ne marche pas aussi radieuse qu'Agnès vers le supplice. C'est qu'elle a un fiancé divin, que la mort va lui rendre pré­sent.

Qu'attendez-vous? dit-elle aux bourreaux. Ne suis-je pas la fiancée du Seigneur? Hâtez-vous de m'envoyer à mon divin époux. Périsse mon corps si, en excitant votre pitié, il retarde le moment où je me reposerai sur le sein de celui auquel je me suis donnée.

Voilà le secret! C'est le Cœur de Jésus qui l'attire et qui l'appelle. elle veut aller s'y reposer.

Elle prie, elle tend sa tête au glaive du bourreau. Les gouttes de sang ornent le cou de la fiancée comme autant de rubis.

Elle va au ciel recevoir la double couronne du martyre et de la virgini­té.

Sainte Agnès a mieux aimé perdre la vie de son corps que la chasteté.

Refuserons-nous encore les petits sacrifices que la chasteté nous deman­de, la modestie des yeux, de l'imagination, la prudence dans les lectures et les relations.

Résolution. - je m'affermirai dans l'amour du Cœur de Jésus, pour être prêt à tous les sacrifices. Pour cela, je serai plus fidèle à mes prati­ques quotidiennes et spécialement à l'union avec Notre-Seigneur. - je maudis de nouveau toute immodestie, toute imprudence, qui peut ternir ma pureté.

Colloque avec sainte Agnès.

22 Janvier
La sainte famille

Pastores loquebantur ad invicem: Transeamus usque Bethleem, et videa­mus hoc verbum, quod factum est, quod Dominus ostendit nobis. Et venerunt fe­stinantes: et invenerunt Mariam et Jo­seph et infantem positum in praesepio (S. Luc, 2, 15).

Les bergers se dirent entre eux: Allons jusqu'à Bethléem, et voyons ce qui est ar­rivé, ce que le Seigneur nous a indiqué. Et ils vinrent rapidement, et ils trouvèrent Marie et Joseph, et l'enfant dans la crèche (S. Luc, 2, 15).

1er Prélude. Les voilà tous les trois à Bethléem et ils vécurent ensemble tous les trois pendant trente ans.

2e Prélude. O sainte trinité terrestre, je voudrais être petit serviteur, pour être votre témoin de vos vertus et pour les imiter!

Ier POINT: Tableau dogmatique tracé par les antiennes de la fête. - L'office de la sainte Famille est admirable. C'est un traité dogmatique, un poè­me lyrique et un catéchisme ascétique.

Il y a d'abord comme un prélude tiré de l'Ancien Testament et formu­lé par les répons de Matines. C'est une esquisse sommaire de la vie de la sainte Famille.

Dieu est venu sur la terre et il a conversé avec les hommes, dit le pro­phète Baruch (3, 38).

- Je suis pauvre et dans les travaux dès ma jeunesse, dit le Christ par David (Ps. 87).

- Je suis pauvre et mendiant (Ps. 39).

- Vous êtes vraiment un Dieu caché, Dieu Sauveur d'Israël (Isaie, 45).

Puis les dix neuf antiennes de l'office rappellent tout ce que l'Evangile nous a dit de la sainte Famille.

Aux premières vêpres, c'est la généalogie de la famille: Joseph, virum Mariae, de qua natus est Jésus, qui vocatur Christus. Puis, le trouble de saint Joseph, l'adoration des bergers, celle des Mages et l'adoration de Marie et de Joseph en face des merveilles dont ils étaient les témoins.

Au premier nocturne, c'est la Purification, le retour à Nazareth et l'enfance de Jésus qui grandit en âge et en grâce.

Au second nocturne, c'est la fuite en Egypte, le retour et le séjour à Nazareth.

Au troisième nocturne, c'est Jésus à la Pâque et au Temple à douze ans.

Aux laudes, c'est Jésus retrouvé au Temple, Jésus à Nazareth, Jésus ouvrier.

C'est donc un tableau complet, historique et dogmatique. C'est un sujet immense de méditations, c'est toute la vie humble et cachée du Sauveur, sa vie pauvre, sa vie obéissante, sa vie de travail: tableau d'en­semble où le regard attentif trouve l'exemple de toutes les vertus.

IIe POINT: Tableau poétique par les hymnes de Léon XIII. - L'œuvre de Léon XIII est merveilleuse. On y retrouve le feu sacré qui animait Pin­dare, Horace, Isaïe.

Nous sommes hélas! obligés de la défigurer pour en traduire ici quel­ques strophes: «Salut, ô Jésus, lumière céleste, espoir des mortels, à vo­tre naissance l'affection familiale vous sourit.

O Marie, riche de grâces, vous seule pouvez réchauffer Jésus dans vo­tre chaste sein, lui donner le lait, avec vos baisers.

Et vous, Joseph, ne d'une race illustre, gardien élu de la Vierge, le Fils de Dieu vous salue du doux nom de père…

«Chanterai-je la descendance royale du Fils de Dieu, la maison de Da­vid et les noms illustres de sa race?

J'aime mieux rappeler l'humble toit de Nazareth, son modeste ameu­blement et la vie cachée de Jésus…

Humble apprenti du métier de Joseph, Jésus grandit dans l'ombre et travaille avec son père adoptif.

Que la sueur inonde mes membres, dit-il, avant qu'ils ne soient cou­verts de sang; ce sera aussi une souffrance expiatoire.

Marie se tient auprès de son divin Fils, auprès de son époux, heureuse si elle peut par ses soins amicaux alléger leurs fatigues.

Le soleil dont les rayons dorés illuminent tour à tour toutes les plages ne rencontre aucun tableau aussi saint et aussi riant.

Les anges, messagers du ciel, vont souvent voir, revoir et honorer ce sanctuaire de la vertu.

Avec quel cœur et quel empressement Jésus accomplit les désirs de son Père! Avec quelle joie Marie remplit ses devoirs maternels! S'aimant entre eux, Marie et Joseph concentrent leur amour sur Jésus; et Jésus les récompense tous deux en leur rendant son amour…». Voilà seulement une esquisse de la poésie pontificale. Contemplons et méditons.

IIIe POINT: Tableau moral et pratique, tracé par l'épître de saint Paul aux Co­lossiens (1er nocturne) et par les commentaires de saint Ambroise et de saint Ber­nard. - Saint Paul contemplait sans doute ce modèle idéal de Nazareth, quand il a tracé le tableau d'une famille sainte.

Revêtez-vous, dit-il, des vertus de Jésus-Christ; la miséricorde, la bonté, l'humilité, la modestie, la patience… Tout ce que vous faites, faites-le au nom de Jésus-Christ, en rendant grâces à son Père.

Femmes, soyez soumises à vos maris comme à Dieu; époux, aimez vos épouses et ne soyez pas durs pour elles; enfants, obéissez en tout à vos parents, Dieu le veut; serviteurs, obéissez à vos maîtres pour l'amour de Dieu.

C'est le Tableau de la famille chrétienne.

Saint Ambroise et saint Bernard y reviennent, dans les leçons du se­cond et du troisième nocturne.

Jésus, dit saint Ambroise, s'est fait humble et obéissant pour nous donner l'exemple, pour réparer la désobéissance d'Adam et la nôtre et pour nous mériter la grâce divine et le ciel.

Apprenons de Jésus l'humilité et l'obéissance, dit saint Bernard. C'est la voie sûre, c'est la voie du salut.

Résolution. - Chaque jour, chaque matin, je me reporterai à Nazareth et je considérerai un instant cet exemple sublime de vie humble et ca­chée, vie de prière, vie de travail et de sacrifice, vie de charité, vie d'union à Dieu. Je considérerai et j'imiterai les vertus de ces trois saints Cœurs, les plus parfaits modèles de la sainteté.

Colloque avec la sainte Famille.

23 janvier
Les épousailles de la sainte Vierge

Missus est angelus Gabriel a Deo in ci­vitatem Galilaeae cui nomen Nazareth, ad virginem desponsatam viro, cui no­men erat Joseph, de domo David, et no­men Virginis Maria (S. Luc, 1, 26).

L'ange Gabriel fut envoyé par Dieu à Nazareth en Galilée, à une vierge mariée à un homme du nom de Joseph de la mai­son de David, et la vierge s'appelait Ma­rie (S. Luc, 1, 26).

1er Prélude. Quelle belle fête! ce sont les épousailles de la glorieuse Vierge Marie et de saint Joseph, issus tous deux de la race royale de David.

2e Prélude. En ce beau jour intercédez pour nous, ô Marie, afin que nous avancions généreusement dans la piété et dans notre belle vocation d'amis et de disciples du Cœur de Jésus.

Ier POINT: Abandon à la Providence. - Après quelques années passées au Temple, Marie avait perdu les parents qui lui étaient si chers, sainte Anne et saint Joachim. Elle arrivait à sa quinzième année.' Elle eût dési­ré continuer dans le Temple sa vie paisible et cachée, toute consacrée à la prière et au service des autels. Mais ce n'était pas l'usage. Il fallait quitter le Temple à quinze ans et chercher dans sa famille un mariage honorable. La maternité était en honneur en Israël, il fallait multiplier le peuple de Dieu, duquel devait sortir le Sauveur du monde.

Quel problème angoissant pour Marie! Elle avait voué à Dieu sa virgi­nité. Que faire? Il fallait cependant obéir aux règles de sa nation et du Temple. Elle fit un acte héroïque d'abandon à Dieu. elle pensa que Dieu, dans son infinie puissance, saurait tout concilier, et qu'il ferait les miracles nécessaires pour lui conserver sa virginité dans le mariage. elle préférait sa virginité à l'honneur d'être mère d'une belle famille et mê­me du Messie. elle le dit à Dieu et se confia à sa bonté. Elle a vaincu Dieu par sa confiance. Elle gardera sa virginité et n'en sera pas moins mère du Sauveur.

La divine Providence, qui avait prédestiné saint Joseph à être le gar­dien de la virginité de Marie et le père nourricier de Jésus, fit connaître par des signes particuliers que c'était lui qui devait être l'époux de cette très sainte Vierge.

Ne doutons jamais de la bonté de Dieu, quand nous accomplissons quelque devoir de notre condition.

IIe POINT: Les gloires de cette union. - Le saint office chante cette union avec un enthousiasme tout lyrique. Unissons-nous à cette joie tou­te surnaturelle en traduisant les antiennes de laudes.

- Ce sont les noces de la glorieuse Vierge Marie, de la race d'Abra­ham, de la tribu de Juda et de l'illustre famille de David.

- Ce sont les noces aujourd'hui de la sainte Vierge Marie, dont la vie merveilleuse est célébrée par toutes les Eglises.

- Marie, la fille des rois, est resplendissante, prions la dévotement et cordialement de nous aider par ses prières.

- Glorifions le Christ, de cœur et d'esprit, dans cette sainte solennité de l'illustre Marie, Mère de Dieu.

- Avec joie célébrons les noces de la bienheureuse Vierge Marie, afin qu'elle sollicite pour nous la miséricorde du Cœur de Jésus.

Bien plus, dans les leçons du premier nocturne, l'Eglise applique à ces noces l'épithalame de Salomon, le cantique des cantiques, où les inter­prètes voient d'ordinaire le symbole de l'union du Christ avec son Eglise ou de la sainte Vierge avec Dieu.

«Que vous êtes belle, ô ma bien-aimée, votre regard est doux et pur comme celui de la colombe! - Et vous, mon bien-aimé, que vous êtes aimable et beau…».

Comme ces chants doivent ravir saint Joseph au ciel! Cette fête an­nuelle doit renouveler et accroître en son cœur toute la joie qu'il éprou­va dans ses épousailles avec la plus sainte des Vierges.

Louons Marie et Joseph, mais pensons à imiter leur piété et leur pu­reté.

IIIe POINT: Saint Joseph, gardien de la virginité de Marie et père nourricier de Jésus. - Il faut s'arrêter particulièrement aujourd'hui à louer saint Joseph. La fête est grande pour Marie, parce qu'elle a reçu aujourd'hui un gardien pour sa virginité et un père nourricier pour son divin Fils; mais n'est-elle pas plus grande encore pour saint Joseph! N'est-ce pas le plus grand jour de sa vie et la source de toutes ses gloires? Il a reçu aujourd'hui une épouse qui est plus du ciel que de la terre, et il a été choisi pour devenir le père adoptif de Jésus.

Il a dû toutes ces gloires à sa pureté merveilleuse.

Disons-lui, en la méditant, une belle prière indulgenciée: O saint Joseph, père et protecteur des vierges, gardien fidèle à qui Dieu confia Jésus, l'innocence même, et Marie, la Vierge des Vierges, nous vous en prions avec les plus vives instances, au nom de Jésus et de Marie et par ce double dépôt qui vous fut si cher, faites que, préservés de toute souil­lure, chastes de corps et de cœur, exempts de toute tache de péché, nous servions constamment Jésus et Marie dans une pureté parfaite. Amen. Joseph est tout-puissant sur les Cœurs sacrés de Jésus et de Marie, parce que Jésus et Marie lui gardent une grande déférence en souvenir de l'obéissance qu'ils lui devaient à Nazareth. Quand il prie, il obtient. Allons donc à lui avec confiance, demandons par son intercession un ac­croissement de pureté, de vie intérieure, d'union à Jésus et à Marie.

Résolutions. - Dans une si belle fête, je me réjouis, j'offre mes félicita­tions aux glorieux époux et j'espère une petite part de leurs joies. Com­me cadeau de fête, je leur offre ma résolution de redoubler de modestie, de pureté, d'union à Notre-Seigneur et surtout à son divin Cœur.

Colloque avec Marie et Joseph.

24 Janvier
Encore la sainte Famille

Et descendit cum eis et venit Nazareth: et erat subditus illis. Et mater ejus conser­vabat omnia Verba haec in corde suo. Et Jésus proficiebat sapientia et aetate et gra­tia apud Deum et homines (S. Luc, 2, 51).

Il retourna avec eux et alla à Nazareth: et il leur était soumis. Et sa mère conser­vait tout cela dans son cœur. Et Jésus croissait en sagesse, en âge et en grâce de­vant Dieu et devant les hommes (S. Luc, 2, 51).

1er Prélude. Quelle douce jouissance que de se reporter à Nazareth et de contempler la Sainte Famille qui est la merveille de toutes les beautés créées!

2e Prélude. Jésus, Joseph et Marie, je vous donne mon cœur, mon esprit et ma vie.

Ier POINT: La gloire de Nazareth. - Allons à Nazareth, nous n'y trou­verons pas la magnificence, la pompe et l'éclat des palais aristocratiques; c'est une modeste et petite demeure, composée de deux pièces.

Trois personnes se trouvent là: une femme jeune dont la modestie est toute la parure; un homme plus âgé, qui porte sur son front l'empreinte de la plus forte et de la plus pure vertu. La troisième personne est un jeu­ne homme d'une grâce toute divine.

Si je m'adresse aux voisins, il me diront que c'est la famille d'un mo­deste ouvrier.

Si j'interroge les généalogies d'Israël, cette famille descend des rois; ce sont les héritiers du trône de Juda.

Et cet enfant? Nous lisons dans saint Jean de sublimes paroles sur son origine: «Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu; et le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous».

Que tu es heureuse, modeste cité de Nazareth, d'où Jésus a tiré son beau nom de Nazaréen! - Et, toi, chère et sainte maison, tu es préféra­ble au palais des rois, depuis que tu as servi de demeure particulière au Dieu Sauveur. Tu as abrité l'aurore naissante et le soleil levant de la grâ­ce. Tu es comme l'abrégé de la cité de Dieu. Tu es l'arche du Nouveau Testament, bien plus sainte que celle de la Loi ancienne.

IIe POINT: Les trois personnes de Nazareth. - Les trois augustes person­nes qui habitent l'humble demeure de Nazareth, nous représentent ad­mirablement les perfections divines et l'union indissoluble des trois per­sonnes adorables de la Trinité céleste et éternelle.

Là haut, c'est l'unité d'essence en trois personnes, Père, Fils et saint Esprit; et dans cette union, une admirable identité de pensées, d'affec­tions et de désirs. A Nazareth, c'était l'union d'amour et de grâce entre trois personnes, Jésus, Marie et Joseph; et dans cette union, une entière conformité de désirs et de volonté (Saint François de Sales).

Nous trouvons, dans la sainte Ecriture et dans les choses de la créa­tion, d'admirables figures des rapports qui devaient exister entre ces trois augustes personnes.

Si Jésus est l'arbre de vie, Marie est le paradis terrestre arrosé par les eaux de la grâce, au milieu duquel il est planté, et Joseph le chérubin gardien du paradis et de l'arbre.

Si Marie est la colombe mystique, Jésus n'est-il pas le rameau d'oli­vier qu'elle apporte et le signe de la paix; et Joseph le véritable Noé qui introduit chez lui la colombe et reçoit d'elle l'auteur de la réconciliation entre Dieu et les hommes?

Si Jésus est l'Arche du Nouveau Testament, Marie n'est-elle pas le Saint des saints, où cette arche est cachée, et Joseph le voile qui couvre aux yeux des juifs les mystères que l'un et l'autre renferment?

Si Jésus est le propitiatoire de la loi évangélique, Marie et Joseph ne sont-ils pas les deux chérubins qui étendent les ailes de leur affection et se, regardent mutuellement en adorant le Sauveur?

Voilà de belles figures de l'union qui existait entre ces trois saints Cœurs, modèle de la charité qui doit régner dans les communautés et dans les familles chrétiennes.

Ames pieuses, prononcez souvent avec confiance ces noms sacrés: Jé­sus, Marie, Joseph; noms de paix et d'amour, noms de salut et de bene­diction, noms de majesté et de gloire, noms agréables aux anges, avanta­geux aux hommes et terribles aux démons.

Mais ne vous contentez pas d'invoquer, passez à l'imitation.

IIIe POINT: La vie de Nazareth. - La vie de Nazareth, c'est la vie chrétienne, telle que saint Paul la définit: «Votre vie est cachée en Dieu avec Jésus-Christ» (Aux Col. 3, 3). Vie humble, dédaigneuse des regards et des applaudissements, qui s'écoule tout entière sous l'oeil de Dieu. C'est la réalisation de cet oracle: «Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur».

«Orgueil, s'écrie Bossuet, viens crever à ce spectacle: Jésus, fils d'un charpentier, charpentier lui-même, connu par cet exercice, sans qu'on parle d'aucun autre emploi ni d'aucune autre action!»..

Jésus se cache jusqu'à l'âge de trente ans, alors qu'il pourrait ravir l'admiration du monde, en lui manifestant tout ce qu'il y a de céleste et de divin dans sa personne. Importante leçon pour ceux dont la vie est toute d'agitation à la surface, avec peu ou point de bien au fond. Nazareth, c'est aussi le travail sanctifié par la prière. quand la main est à l'œuvre, le cœur doit être à Dieu.

Nazareth relève le sort des artisans, des hommes de peine. Nazareth, c'est encore et très spécialement une vie d'obéissance: «Il leur était soumis». La chute de l'homme avait eu pour principe une orgueil­leuse indépendance; pour la réparer, Jésus obéit. - Quand l'anarchie s'accuse partout, dans la famille et dans l'Etat, l'Eglise reste une société d'obéissants, parce qu'elle a ses origines à Nazareth.

Enfin, Nazareth nous apprend que la vraie richesse du chrétien consi­ste dans le trésor caché de la grâce conservé sous l'œil de Jésus.

Résolutions. - Seigneur, j'ai choisi de vivre humblement dans votre maison plutôt que d'habiter dans la maison des pécheurs (Ps. 83). Je veux vivre à Nazareth avec vous, avec Marie, avec saint Joseph. Je veux y dresser ma tente et m'y retirer sans cesse. Je m'unirai chaque matin aux trois saints Cœurs qui furent à Nazareth les plus parfaits modèles de la sainteté.

Colloque avec la sainte Famille.

25 Janvier
La conversion de saint Paul

Un miracle de la misericorde du Cœur de Jésus

Dixit autem Dominus ad eum: Vade, quoniam vas electionis est mihi iste, ut portet nomen meum coram gentibus, et regibus et filiis Israel. Ego enim ostendam illi quanta oporteat eum pro nomine meo pati (Act. 9, 9).

Dieu dit à Ananie: Va, car il est un va­se d'élection pour porter mon nom devant les nations, devant les rois et devant les fils d'Israël. Je lui montrerai combien il devra souffrir pour mon nom (Act. 9, 9).

1er Prélude. Il sera apôtre et il sera martyr pour l'amour du nom de Jésus.

2e Prélude. Saint Paul, obtenez-moi la grâce d'être comme vous apôtre et victime du nom et du Cœur de Jésus.

Ier POINT: Le persécuteur. - Saul était violent dans la persécution, mais il était de bonne foi. Sa violence même était l'effet de son zèle, d'un zèle mal éclairé.

Son père, qui était de la secte des pharisiens, l'envoya jeune à Jérusa­lem, où il eut pour maître Gamaliel, l'un des plus célèbres docteurs de son temps; il fut instruit dans la manière la plus parfaite d'observer la loi de Moïse. Il s'attacha à la secte des pharisiens, la plus exacte et la plus sévère de toutes, mais aussi la plus superbe et la plus opposée à Jésus-­Christ. Il surpassait tous ceux de son âge par son zèle pour la loi et pour les traditions de ses pères.

Il y avait donc en lui déjà du bon et des vertus à imiter. Il est studieux, pieux, zélé. Son ardeur condamne la mollesse de nos jeunes gens. Sa conduite privée est parfaite.

Son père l'a confié à Gamaliel: confions nos jeunes gens aux meilleurs maîtres.

Mais comme il était d'un tempérament tout de feu, son grand zèle le rendit le plus violent persécuteur du nom de Jésus-Christ. Il encourage les bourreaux de saint Etienne. Il se charge de faire arrêter et emprison­ner à Jérusalem les chrétiens et les chrétiennes. Il applaudit aux tortures qu'on leur inflige. Il part ensuite pour Damas où il va remplir le même rôle, mais c'est là que la grâce l'attendait.

IIe POINT: Le converti. - Relisons le récit touchant de cette conver­sion.

Ils approchaient de Damas, lui et sa suite. Une lumière, un éclair plus brillant que le soleil les éblouit et les renversa. Saul entendit ces paroles:

Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu? Il répondit: Qui êtes-vous Sei­gneur? Et le Seigneur lui dit: Je suis Jésus que tu persécutes… Saul dit: Seigneur, que voulez-vous que je fasse? Jésus lui dit: Lève-toi, va dans la ville, on te dira ce qu'il faut que tu fasses. Je veux t'établir ministre et té­moin de ce que tu as vu. Je t'enverrai aux gentils pour leur ouvrir les yeux, pour les convertir des ténèbres à la lumière. Par la foi, ils obtien­dront la rémission de leurs péchés et ils auront part à l'héritage des saints.

Saul se leva sur le champ, il ne voyait plus, il se fit conduire à Damas pour y recevoir les ordres de Dieu. Il passa trois jours dans le jeûne et la prière. Le prêtre Ananie fut averti par Dieu d'aller le trouver.

Allez à lui, disait le Seigneur, c'est un homme que j'ai choisi pour porter mon nom devant les nations et les rois et devant les enfants d'Israël; et je lui montrerai combien il faudra qu'il souffre pour mon nom.

Ananie imposa les mains à Saul qui recouvra la vue et fut rempli du Saint-Esprit, puis il lui conféra le baptême.

Quels beaux exemples! quelle simplicité de Saul. Il était persécuteur, mais c'était de bonne foi. Il croyait bien faire. Le Seigneur l'arrête, il ré­pond: Seigneur, que voulez-vous que je fasse? Voilà la règle de toute conversion et de toute sainteté. Cherchons toujours ce que Dieu deman­de de nous. Tantôt il nous parle par un événement providentiel, tantôt il nous conduit par les voies ordinaires, par la direction du prêtre. C'est là qu'il faut toujours en revenir.

Saint Paul demande à Dieu ce qu'il faut faire, mais Dieu l'envoie au prêtre.

Va dans la ville, lui dit-il, on te dira là ce qu'il faut que tu fasses. Allons toujours avec confiance à notre confesseur et directeur, il a grâ­ce pour nous conduire. C'est l'organe de la volonté divine.

IIIe POINT: L'apôtre. - Saint Paul se recueille quelques jours, puis il commence à prêcher la divinité de Jésus-Christ. Il sera un des plus puis­sants apôtres par la parole et par la souffrance. «Je l'ai choisi, disait Notre-Seigneur, pour porter mon nom devant les nations et les rois et devant les enfants d'Israël, et je lui montrerai combien il faudra qu'il souffre pour mon nom».

Sa conversion et sa vocation sont dues à la miséricorde du Cœur de Jésus. Le Cœur de Jésus aime les âmes ardentes, zélées, dévouées. Mais la prière de saint Etienne a contribué à ces grandes grâces. Saint Etienne priait pour ses persécuteurs, parmi lesquels saint Paul était le plus ar­dent. Si nous savons prier ef souffrir pour les âmes, nous obtiendrons de grandes grâces, d'illustres conversions, des vocations puissantes.

Offrons nos prières, nos croix, nos souffrances au Cœur de Jésus pour qu'il envoie à son Eglise, dans ces temps difficiles, des apôtres puissants en paroles et en œuvres.

Résolutions. - Ne désespérons pas de la conversion des pécheurs; prions pour eux au lieu de les maudire.

Soyons confiants envers nos directeurs, envers ceux qui ont mission de nous conduire.

Demandons pour l'Eglise des vocations nombreuses et puissantes, afin que la foi se ranime dans les âmes, qu'elle s'étende aux pays de mis­sion, et que notre siècle voie s'étendre et s'affermir le règne du Cœur de Jésus.

Colloque avec saint Paul.

26 Janvier
Saint Polycarpe,
disciple de l'apôtre du Sacré-Cœur

Angelo Smyrnae Ecclesiae scribe: Scio tribulationem tuam, et paupertatem tuam sed dives es… Nihil horum timeas quas passurus es. Esto fidelis usque ad mortem et dabo tibi coronam vitae (Apoc., 2, 8).

Ecris à l'ange de l'Eglise de Smyrne: je connais tes tribulations et ta pauvreté, mais tu es riche… Ne crains pas ce que tu as à souffrir. Sois fidèle jusqu'à la mort et je te donnerai la couronne de vie (Apoc., 2,8).

1er Prélude. Saint Polycarpe était évêque de Smyrne. Notre-Seigneur l'encourage l'Apocalyse et lui promet la couronne croix parce qu'il aime la pauvreté, le zèle et la dans.

2e Prélude. Transmettez-nous, ô saint Pontife, ce que vous avez reçu de saint Jean, un amour du Cœur de Jésus qui nous fasse surmonter tous les obstacles.

Ier POINT: La sainteté. - Saint Polycarpe eut le bonheur de connaître et d'embrasser la religion chrétienne dès sa jeunesse. Il y fut instruit par les apôtres mêmes, et particulièrement par saint Jean l'Evangéliste, qui l'établit depuis évêque de Smyrne.

Il gouverna l'Eglise de Smyrne pendant soixante-dix ans. L'éclat de ses vertus le faisait regarder comme le chef et le premier des évêques d'Asie. Les fidèles le révéraient, ils s'empressaient à lui ôter ses chaussu­res au retour de ses courses apostoliques, tenant pour une grâce de lui rendre un petit service. Il forma plusieurs disciples, comme lui-même avait été formé par les apôtres.

Saint Irénée, évêque de Lyon, fut de ce nombre. «J'ai encore présent à l'esprit, dit ce saint, la gravité de sa démarche, la majesté de son visa­ge, la pureté de sa vie et les saintes exhortations dont il nourrissait son peuple. Il me semble que je lui entends encore dire de quelle sorte il avait conversé avec saint Jean, et avec plusieurs autres qui avaient vu Jésus­-Christ, les paroles qu'il avait entendues de leurs bouches et les particula­rités qu'il en avait apprises des miracles et de la doctrine de ce divin Sau­veur. Tout ce qu'il en disait était tout à fait conforme aux divines Ecritu­res, comme étant rapporté par ceux qui avaient été les témoins oculaires du Verbe, de la parole de vie».

Comme ces témoignages renversent les prétentions de la critique con­temporaine!

Quels exemples pour nous! Polycarpe, disciple de saint Jean, est si pur, si grave, si uni à Dieu, si dévoué aux âmes! Imitons-le.

IIe POINT: Les épreuves. - La vertu est toujours éprouvée. Notre-Seigneur lui-même, dans l'Apocalypse, décrit les épreuves de notre grand saint: «Je sais quelle est votre affliction et votre pauvreté, mais vous êtes riche (spirituellement); vous êtes noirci par les calomnies de gens qui se disent juifs et ne le sont pas véritablement, mais qui sont de la synagogue de Satan. Ne craignez rien de ce qu'on vous fera souffrir. On vous jettera en prison pour vous tenter. L'épreuve durera quelques jours. Soyez fidèle jusqu'à la mort et je vous donnerai la couronne de vie».

Le peuple trompé demanda sa mort, comme il avait fait pour le Christ. On chercha le saint dans sa modeste chambrette. Il aurait pu se sauver, il ne le voulut pas. «Que la volonté de Dieu soit faite!» dit-il. Ses gardes voulaient lui persuader d'offrir de l'encens aux idoles et à César pour sauver sa vie. «Je ne puis pas», leur dit-il simplement. Comme Jésus, il fut conduit au supplice brusquement et sans égards. Il tomba et se releva sur le chemin. A l'amphithéâtre, on entendit une voix du ciel qui disait: «Courage, Polycarpe, sois ferme!».

Le magistrat le pressa vainement de renoncer à Jésus-Christ. «Il y a quatre-vingt six ans que je le sers, dit le saint, et il ne m'a jamais fait de mal».

Le peuple criait: «C'est le chef des chrétiens, le destructeur de nos dieux; c'est lui qui a appris à tant de gens à ne plus les adorer». Ils au­raient voulu qu'on le livrât aux lions, mais le spectacle public était ter­miné. On le condamna au feu. Le peuple courut chercher du bois dans les boutiques et dans les bains et prépara un grand bûcher.

IIIe POINT: La victoire. - Il arriva à saint Polycarpe ce qui était arri­vé à son maître saint Jean, le feu de son cœur surpassa et éteignit le feu matériel dont on l'entourait.

Il s'était offert au supplice. Comme on voulait le clouer au poteau: «Laissez-moi, avait-il dit, celui qui me donne la force de souffrir le feu, me fera la grâce de demeurer ferme sur le bûcher, sans le secours de vos clous». On se contenta de le lier avec des cordes. ainsi attaché, il leva les yeux au ciel et dit: «Seigneur, Dieu tout-puissant, je vous rends grâces de ce que vous m'avez fait arriver à ce jour, pour être mis au nombre de vos martyrs et prendre part au calice de votre Christ, afin que je ressu­scite à la vie éternelle. Que je sois admis aujourd'hui avec eux en votre présence, comme une victime d'agréable odeur, ainsi que vous l'avez préparé, prédit et accompli, vous qui êtes le vrai Dieu; je vous bénis, je vous glorifie par le pontife éternel et céleste, Jésus-Christ votre fils, à qui gloire soit rendue, ainsi qu'à vous et au Saint-Esprit, maintenant et dans toute l'éternité. Amen».

Quand il eut dit amen, on alluma le feu, mais par un miracle surpre­nant, la flamme, au lieu de consumer le saint martyr, s'étendit autour de lui comme la voile d'un vaisseau gonflée par le vent. Les païens voyant que le feu se refusait à les servir, firent percer le saint d'un coup d'épée et son sang éteignit le bûcher.

On vénère encore, à l'amphithéâtre de Smyrne, le souvenir de ce drame.

Résolutions. - Grand saint, aidez-moi. Vous êtes un témoin de l'amour du Sacré-Cœur, allumé en votre âme par l'apôtre saint Jean. Aidez-moi, à aimer le Sacré-Cœur, à imiter ses vertus d'humilité, de douceur, de générosité, à souffrir avec lui et pour lui en attendant l'heu­re d'aller jouir de sa présence.

Colloque avec saint Polycarpe.

27 Janvier
Amour viril des Mages et des saints
pour le Sauveur

Intrantes domum invenerunt puerum cum Maria matre ejus et procidentes ado­raverunt cum: et apertis thesauris suis ob­tulerunt ei munera, aurum, thus et myrr­ham. Et responso accepto in somnis ne re­dirent ad Herodem. per aliam viam re­versi sunt in regionem suam (S. Mat., 2, 11).

En entrant dans la maison, ils trouvè­rent l'enfant avec Marie sa mère et se pro­sternant ils l'adorèrent: ouvrant leurs tré­sors, ils lui offrirent des dons, de l'or, de l'encens et de la myrrhe. Avertis en songe de ne pas revoir Hérode, ils s'en retournè­rent chez eux par une autre route (S. Mat., 2, 11).

1er Prélude. Les mages offrent leurs dons et s'en vont. Ils ne songent pas à rester là, à s'y fixer. Ils s'en retournent au devoir. Quel exemple d'amour viril!

2e Prélude. Seigneur Jésus, je goûte une grande consolation auprès de votre crèche, mais j'y veux surtout puiser des leçons d'humilité et de sacrifice.

Ier POINT: Sainte Françoise Romaine à l'école de l'amour viril. - Cette sainte avait une grande simplicité, une grande naïveté, une âme angéli­que; aussi son ange gardien se plaisait-il à converser souvent avec elle. Plusieurs fois, Jésus enfant lui apparut; il la caressait un moment, puis il s'en allait en lui donnant une leçon d'amour viril.

Une fois, c'était au temps de Noël. Elle fut transportée en esprit dans la grotte de Bethléem. Elle entendit les chants de la milice céleste, dont l'incomparable harmonie la ravit. Elle vit la très sainte Vierge prendre l'enfant dans ses mains, l'offrir au Père éternel, puis le serrer avec re­spect sur son cœur et le remettre dans la crèche. Les deux animaux qui sont là s'agenouillent devant leur Créateur. Marie voit alors l'enfant trembler de froid; elle veut détacher son voile pour le couvrir, mais Françoise la prévient, elle se dépouille du sien. La scène se passait dans l'église, l'aumônier et d'autres personnes en furent témoins. Ils obser­vaient les mouvements de la sainte. Elle élève la voix, elle supplie la sain­te Vierge de lui confier son enfant pour qu'elle puisse Femmaillotter. La Reine du ciel l'exauce et dépose l'enfant dans ses bras. Françoise, ivre de bonheur, manifeste sa tendresse et sa joie par ses larmes et ses baisers. Soutenant le nouveau-né d'une main, elle essaie de lui faire un lit avec son manteau. L'aumônier lui présente deux nappes d'autel. elle arrange tout avec soin…

Cependant Marie redemande son Fils.

La sainte lui demande, d'une voix douce et suppliante, de le lui laisser encore. Mais l'enfant s'échappe de ses bras et se réfugie dans ceux de sa Mère. Françoise verse des larmes et se plaint doucement, mais Jésus lui dit: «Je suis l'amour viril qui affermit les âmes». Elle sentit alors une joie et une douceur qui demeurèrent en son âme.

Puisons à la crèche l'amour viril, plutôt que des consolations et des ten­dresses passagères.

IIe POINT: Deuxième vision. - Dans une autre extase, Françoise voit l'enfant Jésus porté par la très sainte Vierge, assise sur un trône et cou­ronnée d'un diadème royal. A leurs côtés, deux jeunes gens vêtus de blanc, qui sont des archanges d'une grande beauté. Françoise agenouil­lée contemple les objets de son amour. Jésus, debout sur les genoux de sa mère, regarde sa fidèle servante avec une grâce toute divine et de ses yeux partent des rayons qui pénètrent le cœur de Françoise d'un amour de plus en plus ardent. Il lui tend ses petites mains et, tandis qu'elle ou­vre ses bras pour le recevoir, il se cache au milieu des flots de lumière qui émanent de lui. Il répète plusieurs fois ce jeu. La sainte vierge aussi pré­sente l'enfant à Françoise et le retire quand elle est prête à s'en emparer.

Enflammée par l'amour, elle éprouve une sainte impatience d'obtenir ce qu'elle désire avec tant d'ardeur, et elle se plaint doucement à Jésus et à Marie des tourments qu'elle endure et du plaisir qu'ils trouvent à l'af­fliger. Mais alors la sainte Vierge lui explique le sens mystérieux de cette vision et lui dit: «Jésus exerce ta patience afin que ton amour pour lui et ton désir de le posséder s'enflamme de plus en plus. Aime donc toujours celui qui t'a aimée le premier; et comme dans la vie mortelle tu ne peux pas le posséder avec la plénitude de la joie et de la consolation, aie dans ton cœur un amour viril et fort; il te rendra capable de supporter les croix et les misères de la vie, pour mériter le ciel». Françoise se résigne à ne point recevoir l'enfant Jésus, mais elle voudrait au moins le voir encore. Alors les anges la congédient en lui disant que le temps n'est pas venu pour elle de jouir du ciel.

Le sens de cette vision est qu'il faut vivre sur la terre dans le travail, l'abnégation et la souffrance. Sil y a des jours de consolation, ils ne peu­vent être la condition ordinaire de la vie spirituelle.

IIIe POINT: L'amour viril et fort. - Voilà ce que Jésus et Marie de­mandent de nous. Ne cherchons pas dans la dévotion les consolations sensibles. Si elles viennent, soit! soyons reconnaissants. Mais allons tou­jours à l'amour viril et fort comme les Mages et les saints.

C'est par la volonté que nous nous sanctifions et non par les impres­sions. Quelle a été la règle de conduite de Jésus? Il nous l'a dit dans le psaume trente-neuvième et saint Paul nous le répète dans l'épître aux Hébreux: «Le Christ, en entrant au monde a dit: Mon Père, vous ne voulez plus des victimes de l'Ancienne loi, me voici, Ecce venio, pour ac­complir votre volonté». Et souvent Notre-Seigneur répétera dans sa vie qu'il fait la volonté de son Père. C'est sa vie, c'est son programme, c'est la loi de son cœur, c'est sa résolution de tous les jours. - Accomplissons la volonté divine marquée par nos règles, par les préceptes divins, par les prescriptions de nos supérieurs. Acceptons les épreuves de la vie et toute la conduite de la Providence. C'est là ce qu'on appelle l'amour viril et fort.

Résolutions. - Je renouvelle ces dispositions, ô mon bon Maître. Je vous aime, mais c'est par des actes que je vous prouverai mon amour. Que voulez-vous que je fasse? C'est la devise de ma vie, comme c'était celle de votre divin Cœur vis à vis de votre Père.

Colloque avec Jésus.

28 Janvier
Sainte Paule, l'amante de Bethléem

Herodes rex sciscitabatur a scribis ubi Christus nasceretur. At illi dixerunt ei: In Béthleem Judae: sic enim scriptum est per prophetam: Et tu, Bethleem terra Juda nequaquam minima es in principibus Ju­da: ex te enim exiet dux qui regat popu­lum meum Israel (S. Mat., 2, 3).

Le roi Hérode demandait aux scribes où le Christ devait naître. Ils lui dirent: à Bethléem de Juda; il est écrit en effet dans Michée: Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n'es pas du tout petite entre les cités de Juda; car de toi sortira le chef qui doit ré­gner sur le peuple d'Israël (S. Mat., 2, 3).

1er Prélude. Les Scribes se rappellent la prophétie de Michée: c'est de Béthléem que sortira le Sau­veur (Mich., 5, 2).

2e Prélude. Faites-moi comprendre, Seigneur, les charmes de votre Bethléem. Ce nom recommande l'humilité, le sacrifice et la charité.

Ier POINT: De Rome à Bethléem. - La fête de sainte Paule est célébrée le 26 janvier. Elle est née en 347. Elle appartenait à l'une des plus illu­stres familles de Rome. Elle se maria et donna naissance à une fille nom­mée Eustochie. Paule vivait d'une manière irréprochable dans le maria­ge, mais sa vertu était tout humaine. Ne connaissant pas encore les voies de la perfection chrétienne, elle s'abandonnait à la mollesse et au luxe, qui étaient propres à la haute société romaine.

Mais après la mort de son mari, elle fut amenée par une autre veuve, sainte Marcelle, son amie, à étudier et à goûter la perfection chrétienne. Elle commença à vivre dans la retraite avec sa fidèle Eustochie. Elle quit­ta ses habits précieux et donna une part de ses grands biens aux pauvres. Bientôt elle renonça absolument au siècle et foulant aux pieds les joies du monde, elle s'adonna entièrement à la prière, au jeûne, à la lecture.

Le séjour que saint Jérôme fit à Rome et qui dura trois ans, donna lieu à sainte Paule de le connaître. La direction tout ardente de saint Jé­rôme lui plut et l'aida à progresser rapidement dans la piété.

A mesure qu'elle goûtait les choses de Dieu, la vie tumultueuse et dis­sipée de Rome lui devenait insupportable, et le départ de saint Jérôme pour la Palestine l'impressionna vivement. Il lui avait parlé avec tant de feu de l'Orient, des ascètes du désert, des lieux témoins de la vie de Notre-Seigneur; elle résolut de partir aussi avec sa fille Eustochie. Elle alla à Antioche, a Jérusalem, en Egypte, mais c'est Bethlém qui la sédui­sit. Elle s'y fixa, elle allait devenir la sainte de Bethléem. Elle avait im­plicitement une vraie dévotion au Cœur de Jésus.

IIe POINT: La vie monastique. - Sainte Paule fit bâtir à Bethléem un vaste monastère où affluèrent les jeunes filles désireuses d'honorer le mystère de la naissance de Jésus. Le travail des mains alternait avec l'of­fice divin. Ces pieuses filles avaient un habit uniforme et grossier. Leur vie était frugale, leurs jeûnes fréquents et leur pauvreté si parfaite qu'el­les ne pouvaient rien posséder que leur nourriture et leurs vêtements. El­les avaient aussi l'office de nuit.

Sainte Paule partageait avec elles, aussi bien que sa fille Eustochie, les plus bas offices du monastère. Elle qui avait étalé à Rome tant de luxe, elle avait remplacé ses vêtements de soie et ses bijoux d'or et de pierre­ries par une robe grossière. Elle couchait sur une natte et portait le cilice. Saint Jérôme lui-même l'engageait à modérer ses austérités. Elle s'était fatigué les yeux par ses larmes et par l'étude prolongée de l'Ecriture sainte.

«Il est juste, disait-elle, de défigurer ce visage que j'ai autrefois orné de fard; il faut affliger ce corps qui a vécu dans la mollesse; il faut expier par des pleurs les joies mondaines de ma jeunesse; il faut expier par le ci­lice le luxe des vêtements; après avoir tant cherché à plaire au monde, je n'ai plus d'autre désir que de plaire à Jésus-Christ».

C'est tout l'esprit de Bethléem, l'esprit d'humilité, de sacrifice et de réparation.

Oh! que Bethléem est séduisant! Voilà tout un mois que nous le médi­tons et nous n'en sommes pas rassasiés.

Quel sacrifice vais-je faire pour me conformer davantage à l'esprit de Bethléem?

IIIe POINT: Héroïsme et triomphe. - Elle est héroïque dans ses mortifi­cations. Elle surpasse par ses jeûnes tous ceux qui l'entourent. Pressée par les médecins de prendre un peu de vin dans sa maladie, elle ne s'y résigne pas. Engagée par saint Epiphane à le faire, elle le gagne lui-même à l'abstinence.

Elle est héroïque dans son amour de la sainte Ecriture. Elle a appris l'hébreu pour la mieux comprendre. Elle la savait presque toute par cœur. Elle l'étudiait tous les jours avec sa fille Eustochie et demandait à S. Jérôme l'explication des difficultés qu'elle rencontrait.

Elle passe dix-huit ans à Bethléem dans la méditation des saintes Ecri­tures, dans l'exercice de l'humilité, de la pénitence et de la charité. Devenue gravement malade, elle n'est pas troublée, c'est pour elle l'accomplissement de son désir d'aller auprès de Notre-Seigneur. elle ré­cite continuellement quelques versets des psaumes qui expriment son impatience d'aller au ciel: «Mon âme a soif de vous, Seigneur… Quand pourrai-je, Seigneur, aller auprès de vous et voir votre face: Quando ve­niam et apparebo ante faciem Dei?».

Après ce mois de méditations, ai-je bien pris l'esprit de Bethléem? Suis-je brûlant d'amour pour l'enfant Jésus? Suis-je disposé à le suivre dans l'esprit d'humilité, de sacrifice et de charité?

Résolutions. - Comme le dit la sainte liturgie: Qui n'aimerait pas ce divin enfant qui nous a tant aimés: sic nos amantem, qui s non redamaret? Mais si je l'aime, je dois l'imiter et reproduire son humilité et ses sacrifi­ces. Que ferai-je aujourd'hui pour plaire au Cœur de Jésus, pour m'unir à ses sentiments?

Colloque avec l'enfant Jésus.

29 Janvier
Saint François de Sales

Un saint du Sacré-Cœur

Venite ad me omnes qui laboratis et onerati estis et ego reficiam vos. Tollite jugum meum super vos et discite a me quia mitis sum et humilis corde (S. Mat., 11, 28).

Venez à moi vous qui travaillez et souf­frez et je vous soulagerai. Prenez mon joug sur vous et apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur (S. Mat., 11, 28).

1er Prélude. Cest par ses exemples et par ses paroles que Notre-Seigneur nous ensei­gne la douceur. Il est très bon pour tous.

2e Prélude. Saint François de Sales, aidez-moi à comprendre et à pratiquer la dou­ceur du Bon Maître.

Ier POINT: Saint François de Sales, modèle de piété. - Le cher saint est pieux dès son enfance. Il a une pieuse mère et il l'écoute.

Il fait ses études supérieures à Paris chez les Jésuites. Il copie saint Louis de Gonzague. Sa préférence est pour la lecture et la méditation de l'Ecriture sainte. Il ne connaît que l'église et le collège, il ne fait pas de concessions aux usages du monde.

Il recourait à la sainte Vierge dans toutes ses peines. Il allait au pied de sa statue à l'église de Notre-Dame des Grés, et elle le délivra de la ter­rible tentation du découragement et du désespoir.

Etudiant en droit à Padoue, il fuit les mauvais camarades. Il échappe à leurs pièges par son application au travail, sa ferveur dans la prière et ses austérités.

Avec quelle piété il se prépare aux ordinations! Il en sort tout brûlant de zèle pour les âmes, et par esprit de simplicité et d'humilité, il se con­sacre de préférence au ministère des campagnes et au catéchisme des en­fants.

C'est par obéissance seulement et après avoir longtemps prié qu'il ac­cepte l'épiscopat. Il se prépare à son sacré par vingt jours de retraite. Il garde ses habitudes simples, sa nourriture frugale. Il visite son dio­cèse à pied à travers les montagnes. Il se fait tout à tous.

Ses lettres, ses écrits spirituels en font le docteur de la piété. Son Intro­duction à la vie dévote est le chef-d'œuvre de la direction ascétique. Son traité de l'Amour de Dieu marque le courant ordinaire de ses pensées.

La grande œuvre de sa piété a été la fondation de la Visitation d'où est sortie la dévotion au Sacré-Cœur.

IIe POINT: Modèle de douceur. - C'est la caractéristique de sa vie. Il a été doux comme le bon Maître. Il ne l'était pas par nature, mais il le de­vint par ses efforts et par la grâce de Dieu.

Type accompli du Bon Pasteur, il va à travers toutes les fatigues cher­cher les brebis égarées. Il parle aux pauvres gens, aux bergers des mon­tagnes avec une bonté qui les attendrit. Il entre dans leurs besoins et leurs peines et les assiste de sa bourse et de ses effets. Sa réputation de douceur est connue au loin. Un pauvre religieux bien coupable fait un grand voyage pour aller s'ouvrir à lui parce qu'il comptait sur sa miséri­corde. Le saint le ramena à la vertu et le conserva dans la persévérance par ses lettres de direction.

Sa charité sans bornes mettait au désespoir son économe, mais le cher saint lui montrait le crucifix et lui disait: Comment hésiterions-nous à nous dépouiller, quand nous voyons ce qu'un Dieu a fait pour nous.

La douceur était sa vertu dominante. Il disait un jour qu'il avait été trois ans à l'étudier à l'école de Jésus-Christ et qu'il ne pouvait se con­tenter là-dessus.

Quelques personnes l'ayant un jour blâmé de son indulgence pour les pécheurs, il répondit: «S'il y avait quelque chose de meilleur que la dou­ceur, Dieu nous l'aurait appris. Mais il ne nous recommande que deux choses, d'être doux et humbles de cœur. Me voulez-vous empêcher d'observer le commandement de Dieu et d'imiter le plus que je pourrai la vertu dont il nous a donné l'exemple?». - Et nous, quelle est notre piété? notre douceur? Ne sommes-nous pas durs envers le prochain et froids envers Dieu? Examinons-nous bien sérieusement et par le détail.

IIIe POINT: Modèle de détachement et de sacrifice. - Quel détachement dans la vie de ce grand saint! Il fuit le monde pendant sa jeunesse. Il re­fuse une charge au sénat de Savoie. Il n'accepte que par obéissance la di­gnité épiscopale. Il prêche plus volontiers aux paysans, aux monta­gnards, aux enfants du peuple qu'à la société lettrée de la ville. Il renon­ce à tout le faste épiscopal, aux voitures, aux riches costumes. Il fait à pied ses visites pastorales et ne porte qu'un pauvre sac.

Il refuse les pensions que lui offre le roi de France et le titre de coadju­teur de Paris.

Il aime la discipline et les mortifications. Il prend sur lui les pénitences que les pécheurs devraient pratiquer pour leur conversion. Pour les en­courager, il leur dit: «Je ne vous demande qu'un chose, c'est de ne pas vous désespérer, je me charge de tout le reste». Il leur ouvrait sa bourse, son cœur et toute son âme. «Notre-Seigneur leur a donné tout son sang, disait-il, comment leur refuserais-je mes larmes!».

C'est pour procurer au Cœur de Jésus des âmes aimantes et répara­trices, qu'il a fondé l'Ordre de la Visitation.

Résolutions. - Aimable saint, vous êtes un des maîtres de la dévotion au Sacré-Cœur. Vous avez si bien formé l'Ordre de la Visitation, que Notre-Seigneur y a trouvé un champ tout prêt pour y semer cette belle dévotion. Préparez aussi nos cœurs. Par votre intercession, purifiez-­nous et formez-nous à l'apostolat du Cœur de Jésus.

Colloque avec saint François de Sales.

30 Janvier
La maternité divine de Marie

Et intrantes Domum invenerunt pue­rum cum Maria matre ejus, et prociden­tes adoraverunt eum et obtulerunt ei mu­nera (S. Mat., 2, 11).

En entrant dans la maison, les Mages trouvèrent l'enfant avec Marie, sa mère, et se prosternant ils l'adorèrent et lui offri­rent des présents (S. Mat., 2, 11).

1er Prélude. Les Mages adorent leur Dieu et leur Roi sur les genoux de sa mère.

2e Prélude. O Marie, vous êtes la Mère de Dieu, je vous vénère; vous êtes la Mère des hommes et la mienne, vous partagez toute la sollicitude du Sacré-Cœur envers moi, je veux vivre uni avec vous, docile et confiant.

Ier POINT: Marie, Mère de Dieu. - N'est-il pas juste que dans ce beau mois de la sainte Enfance de Jésus, nous méditions une fois spécialement sur la maternité de Marie, relativement à Jésus et par extension relative­ment à nous?

«Ayant arrêté le dessein de l'Incarnation, dit S. François de Sales, Dieu pouvait produire en plusieurs façons l'humanité de son Fils, com­me par exemple en le créant de rien, ou bien en formant son corps de la terre comme il fit pour celui d'Adam; mais il préféra lui donner une mè­re, pour manifester davantage sa bonté et son infinie sagesse».

Dieu nous montre sa bonté en élevant Marie, une simple créature pri­se parmi nous, à la dignité sublime de Mère de Dieu. Il nous manifeste sa sagesse en opposant à l'œuvre fatale de notre première mère, l'œuvre réparatrice de Marie.

«L'ouvrage de notre conception commence par Eve, dit Bossuet, l'ou­vrage de la réparation par Marie; la parole de mort est portée à Eve, la parole de vie à la sainte Vierge… L'ange de ténèbres veut élever Eve à une fausse grandeur; Vous serez comme des dieux. L'ange de lumière établit Marie dans la véritable grandeur par une société avec Dieu: Le Seigneur est avec vous… ».

Marie est la Mère de Dieu, et c'est ce privilège incomparable de la maternité divine, qui fait de Marie la Reine de toutes les créatures, et qui est la source et la cause de toutes ses grandeurs, de toutes ses grâces, de sa puissance et de sa gloire.

O Marie, quand je contemple en vous cette éminente dignité de Mère de Dieu, ma vénération, ma confiance et mon amour pour vous sont sans limites et je me sens impuissant à vous les exprimer.

IIe POINT: Marie, Mère des hommes. - Marie est Mère de Jésus par nature, elle est notre Mère par grâce. Elle a donné à Jésus sa vie corpo­relle et mortelle, elle nous a donné à nous la vie de la grâce et de la gloi­re, parce qu'elle nous a donné Jésus, l'auteur de la grâce; parce qu'elle a concouru avec Jésus à nous mériter la grâce; parce qu'elle nous a obtenu la grâce par son intercession.

Si saint Paul a pu dire aux Corinthiens: Je vous ai engendrés dans le Christ par l'Evangile (lre aux Cor. 4, 15), Marie ne peut-elle pas nous dire à plus juste titre: Je vous ai engendrés à la grâce en vous donnant Jésus, l'auteur de la Rédemption et de l'Evangile?

Saint Bernard et saint Anselme ont développé cette pensée. «C'est à bon droit, dit saint Bernard, que toutes les générations vous disent bien­heureuse, vous qui avez engendré la vie et la gloire de toutes les génera­tions, car les anges ont trouvé en vous la gloire pour jamais; les justes, la grâce; les pécheurs, le pardon».

Marie est notre mère à tous, c'est le langage quotidien de l'Eglise: Maria, mater gratiae. Elle est notre mère adoptive, notre mère spirituelle. Marie, la Mère du Christ, n'est pas seulement en elle-même un réser­voir, un trésor de grâce; Ave, gratta plena; elle est, relativement à nous, le canal et la dispensatrice de la grâce.

Personne n'a exprimé plus éloquemment cette maternité de Marie que saint Cyrille d'Alexandrie au Concile d'Ephèse.

Saint Bonaventure compare la très sainte Vierge à la fontaine jaillis­sante qui arrosait tout le paradis terrestre. Marie est la source de la grâce et de la vie spirituelle.

Marie est mère de grâce pour toutes les âmes du ciel, de la terre et du purgatoire.

IIIe POINT: Marie est Mère de miséricorde pour nos temps malheureux. - La bonté maternelle de Marie n'a jamais fait défaut à l'Eglise et aux âmes, mais il semble que depuis un siècle la sollicitude maternelle de Marie s'est montrée plus empressée encore et plus dévouée que jamais. Elle est unie au Sacré-Cœur dans sa compassion pour nos misères.

Dans quel siècle est-elle intervenue, pour le salut des âmes et des so­ciétés, comme elle l'a fait à Lourdes, à La Salette, à Paris, à Pontmain, à Pompéi?

Dans quel siècle s'est-elle montrée si présente et si bienfaisante dans une infinité de sanctuaires où la reconnaissance des fidèles s'est manife­stée par des milliers d'ex-voto? Dans quel siècle s'est-elle autant multi­pliée sous la forme de milliers et milliers de religieuses, qui sont comme son ombre et sa main pour donner des soins maternels à toutes les fai­blesses et à toutes les misères!

Elle est la mère de ceux qui n'en ont pas, la sœur de tous les affligés, la gardienne des malades, l'éducatrice des pauvres.

O Marie, quand aurez-vous été plus mère que dans ce siècle?

Plus zélée et plus dévouée que saint Paul, vous pouvez dire: «Je me suis faite tout à tous pour vous sauver tous».

(Voir notre mois de Marie).

Résolution. - Je dirai avec saint Liguori: Marie, ma mère bien-aimée, et vous aussi, ô mon bien-aimé Jésus, que vos très doux noms vivent toujours dans mon cœur, et dans le cœur de tous les hommes!… Et quand viendra le moment de ma mort, accordez-moi cette grâce que ma bouche s'ouvre une fois encore pour dire et redire: Je vous aime, Jésus, Marie! Jésus, Marie, je vous donne mon cœur et mon âme. Amen.

Colloque avec Marie, notre mère.

31 Janvier
La bienheureuse Marguerite-Marie
et Jésus-enfant

Sic Deus dilexit mundum ut Filium suum unigenitum daret: ut omnis qui cre­dit in eum, non pereat, sed habeat vitam aeternam (S. Joan, 3, 16).

Dieu a tant aimé le monde qu'il a don­né son Fils unique, pour que ceux qui croient en lui ne périssent pas mais qu'ils aient la vie éternelle (S. Jean, 3, 16).

1er Prélude. Comme saint Jean, Marguerite-Marie en contemplant l'enfant Jésus s'extasiait devant l'amour de Dieu qui nous a donné son Fils pour nous sauver.

2e Prélude. Oui, Seigneur, vous voulez nous sauver, mais à la condition que nous marchions sur vos traces dans l'humilité et la charité. Aidez-nous à le comprendre et à le vouloir.

Ier POINT: Une première vision et ses fruits. - Marguerite-Marie médi­tait de préférence la passion du Sauveur et l'Eucharistie. Cependant la vie cachée de Notre-Seigneur avait aussi pour elle de grands attraits. Elle aimait à considérer les anéantissements, l'humilité, le silence et les im­molations de Jésus-enfant.

Plusieurs fois, il lui fut donné de voir Jésus sous la forme d'un enfant, notamment le 1er juillet 1673. Elle en a laissé ce gracieux récit:

«Après avoir demeuré longtemps sans pouvoir chanter à l'office, à cause d'une extinction de voix, ce qui ne m'était pas une petite peine, la veille de la Visitation, à Matines, ayant fait plusieurs efforts inutiles pour chanter à l'invitatoire et pour suivre le chœur dans la psalmodie, quand vint le Te Deum je me sentis toute pénétrée d'une puissance à la­quelle toutes mes facultés s'appliquèrent en esprit d'hommage et d'ado­ration. Ayant mes bras croisés dans mes manches, une divine lumière vint s'y poser en la figure d'un petit enfant, ou plutôt d'un soleil écla­tant, ce qui me fit dire en moi-même: Mon Seigneur et mon Dieu, par quel excès d'amour abaissez-vous ainsi votre grandeur infinie?

- Je viens, ma fille, te demander pourquoi tu me dis si souvent de ne pas m'approcher de toi.

- Vous savez, ô mon Souverain, que c'est parce que je ne suis pas di­gne de m'approcher de vous et bien moins de vous toucher.

- Apprends que plus tu te retires dans ton néant et plus ma grandeur s'abaisse pour te trouver.

«Mais craignant que ce ne fût un ange de Satan, je lui fis cette deman­de: Si c'est vous, ô mon Dieu, faites donc que je chante vos louanges. - A l'heure même, je sentis ma voix libre et plus forte que jamais. Le reste de l'office se passa ainsi, sans que toutes les caresses dont sa bonté m'ho­nora me rendissent moins attentive à l'office.

A la fin, il me dit: «J'ai voulu éprouver le motif pour lequel tu récitais mes louanges; car si tu te fusses tenue un moment moins attentive à les dire, je me serais retiré»».

Quelle leçon pour nous inviter à bien prier!

IIe POINT: Deuxième vision et ses fruits. - Une autre fois, Notre­Seigneur voulant faire comprendre à son humble servante tout l'amour dont son divin Cœur brûlait pour les hommes pendant son enfance, se montra de nouveau à elle sous la figure d'un enfant. Cette fois, ce fut la sainte Vierge qui lui confia son divin Fils. Ce fut encore à la fin d'une re­traite.

Dans ma solitude de l'année 1684, dit-elle, ma sainte libératrice m'ho­nora de sa visite; elle tenait son divin Fils entre ses bras, et elle le mit en­tre les miens. Je me sentis, pour lors, pénétrée d'une joie très sensible et pressée d'un grand désir de le bien caresser, ce qu'il me laissa faire tant que je voulus; et m'étant lassée à n'en pouvoir plus, il me dit: «Es-tu contente maintenant? Que ceci te serve pour toujours, car je veux que tu sois abandonnée à ma puissance, comme tu as vu que j'ai fait».

Marguerite-Marie comprit la leçon. Notre-Seigneur s'était abandon­née à elle, elle s'abandonna à lui. Souvent elle insista sur la nécessité de cette disposition d'abandon. «Pour honorer, disait-elle, l'anéantisse­ment et l'abandon de Jésus dans le sein de sa mère et dans son enfance, nous tiendrons les trois puissances de notre âme anéanties et abandon­nées dans celles du Verbe.

Notre entendement s'occupera à le connaître, et nous retrancherons les connaissances vaines et inutiles.

Notre mémoire s'occupera de lui ou de ce qui porte à l'abjection ou à l'anéantissement de nous-mêmes.

Nous tiendrons notre volonté et toutes nos affections anéanties dans les siennes. Nous lui abandonnerons tout le soin de nous-mêmes, en lui laissant vouloir pour nous, soit par l'ordre de l'obéissance, soit par le mouvement de ses saintes inspirations».

IIIe POINT: Autres fruits de la vie cachée du Sauveur. - La Bienheureuse propose encore à notre imitation la vie d'humilité et de silence de Jé enfant, sa vie d'immolation, de sacrifice et d'amour.

Comme lui nous ne désirerons que de vivre inconnus et oubliés sans que rien paraisse que ce qui peut nous humilier, et en retranchant toute réflexion d'amour-propre.

Pour nous conformer à lui, nous ferons des pratiques de silence inté­rieur et extérieur, en rejetant les pensées inutiles et les paroles super­flues.

A son exemple, nous nous tiendrons immolés sur l'autel du Cœur de sa sainte Mère, et nous lui ferons le sacrifice des puissances de notre âme, soit en renonçant à ce qui nous contente, soit en faisant ce qui nous mortifie.

C'est l'amour qui fut le principe des anéantissements et des immola­tions de Jésus-enfant. Vivons aussi de l'esprit d'amour. Renouvelons-­nous dans cet amour principalement trois fois le jour, et plus souvent par des oraisons jaculatoires.

La Bienheureuse nous suggérait celle-ci: «O divin Cœur de Jésus, vi­vant dans le cœur de Marie, je vous conjure de vivre et de régner dans tous les cœurs et de les consumer dans votre pur amour».

Résolutions. - O divin Enfant, je ne vois en vous qu'anéantissement, humilité, silence, immolation et amour. Tel doit être le programme de ma vie. Je détermine quelques moments de ma journée pour me remet­tre dans ces dispositions. Consumez mon cœur de votre pur amour, afin que je ne vive plus que pour vous et en vous.

Colloque avec l'enfant Jésus.

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